Message du Président de la République à l'occasion de Yaoum El Ilm

(Alger,  dimanche 16 avril 2017)

 

Au nom d'Allah clément et miséricordieux,

Que les prières et la paix d'Allah soient sur son Messager,

 

Mesdames, messieurs,

C'est pour nous un grand honneur de célébrer Yaoum el Ilm qui coïncide avec l'anniversaire de la disparition, en 1940, de l'érudit Cheikh Abdelhamid Ben Badis dont l'œuvre nous inspire les valeurs du savoir et de   la foi, lui l'éducateur et le formateur de bien des générations, le   réformateur et le redresseur de la morale, le conservateur de   l'authenticité tout en étant ouvert sur son époque, le tenant des lumières   du savoir et de la connaissance et le défenseur de l'identité nationale et   de la patrie.

Je saisis cette heureuse occasion pour m'incliner à la mémoire des   martyrs de la glorieuse guerre de libération, dont les intellectuels, les   oulémas, les médecins et les érudits, victimes du colonisateur français. Je   tiens également à rendre hommage aux éminentes personnalités   intellectuelles, scientifiques et culturelles qui nous ont quittés ces   dernières années en laissant aux Algériens un legs infini.

Mesdames, messieurs,

Ben Badis (qu'Allah Lui accorde Sa Sainte Miséricorde) avait conscience que le plus grand fléau menaçant une nation et susceptible même d'anéantir   ses fondements  est la division et la "Fitna" entre les enfants du même   peuple.  Mû par cette conscience nationale, Ben Badis a pu, à travers sa doctrine   réformatrice et avec le concours de ses compagnons, de ses disciples et   autres loyaux enfants de l'Algérie, contrecarrer les menées coloniales   d'aliénation visant le peuple algérien dans son unité nationale et   territoriale par la négation de l'identité, de la religion, de la culture   et de la langue de la nation. Ces valeureux ont ainsi axé leurs efforts sur   le champ de l'éducation et de l'enseignement, sur la presse et   l'information, mais aussi sur la vie publique et les affaires sociales.

C'est aux chercheurs spécialisés qu'il appartient de se pencher sur   la vie, les qualités et l'apport de l'imam Ben Badis et d'analyser ses   idées.

Pour ma part, je souhaite mettre en avant son immense connaissance   des questions de la religion et de la vie, son ouverture sur la culture de   l'époque, son approche égalitaire entre fille et garçon, sa défense   énergique de l'identité nationale en termes de religion, de langue et   d'appartenance civilisationnelle, et sa lutte sans merci contre les bid'ah   (innovations blâmables), la bigoterie, le fanatisme, la superstition et   autres fléaux sociaux. Autant de qualités qui lui ont valu son statut   d'homme universel et de réformateur par excellence.

Mesdames, messieurs,

La pensée du Cheikh Abdelhamid Ben Badis a forgé l’esprit patriotique des   générations qui ont déclenché la victorieuse révolution de novembre et   façonné les rangs de nos braves Moudjahidine et glorieux Chouhada. Dès lors, il était logique que l’Algérie indépendante continue à préserver et à œuvrer à la concrétisation des idées de notre auguste savant, Cheikh   Abdelhamid Ben Badis.  Elle a veillé, dès sa première Constitution, à valoriser l’Islam en le proclamant religion de l’Etat. La même Constitution a déclaré l'arabe langue nationale et officielle consacrant ainsi l'attachement à la célèbre   citation du Cheikh Abdelhamid Ben Badis: "Musulman est le peuple algérien   et à l'arabité il appartient". En outre, la promotion de Tamazight en langue nationale et officielle,   cinq décennies après l'indépendance, s'inscrit en droite ligne dans   l’analyse avisée et clairvoyante de notre illustre Cheikh qui affirma que   "Le peuple algérien est Amazigh, arabisé par l’Islam".  Dans le même élan, l'Algérie s'est attelée à la généralisation  de   l’enseignement  et du savoir en consécration des efforts d’Abdelhamid Ben Badis et ses compagnons, qui ont déployé un réseau d’écoles malgré la tyrannie du colonisateur. Cet attachement de l’Algérie indépendante à   généraliser l’enseignement constitue une revanche sur les privations,   l’obscurantisme et  la marginalisation qui ont empreint la spoliation de   notre liberté.  Aujourd’hui, l’Algérie peut s'enorgueillir que le quart de sa population   fréquente les écoles, les lycées, les universités et les centres de   formation.  Le peuple algérien est en droit de s'enorgueillir de l'existence   d'établissements du savoir et de la connaissance, notamment des   universités, sur l'ensemble du territoire national et à travers toutes les   wilaya. Notre peuple peut être fier que le taux de scolarité de ses enfants   avoisine les 100%.

Toutes ces réalisations constituent en effet une source de fierté pour   l'Etat et le peuple algériens. Cependant, nous devons  rester attachés à   l'esprit réformateur et à la voie médiane, legs de notre auguste Cheikh   Abdelhamid Ben Badis.    La modération est un bouclier à même de préserver notre peuple musulman   contre les idées qui lui sont étrangères et contre  les idées extrémistes   qui se propagent aujourd'hui dans certaines contrées du monde y compris dans   des pays arabes et musulmans. Des idées porteuses de mort et de   destruction.. Des idées contre lesquelles notre cher peuple a payé, hier   encore, un lourd tribut.

Grâce à l'aide d'Allah, notre peuple s'est résolument orienté vers la voie   de la concorde et de la réconciliation qui nous ont permis de renouer avec   la paix et la stabilité et de poursuivre le processus de construction du   pays.  Aujourd'hui, j'exhorte nos Oulémas, nos Hommes de lettres et nos Imams à   œuvrer à la diffusion de la culture de la modération dont le flambeau a été   hissé par Cheikh Abdelhamid Ben Badis. La modération qui est la   caractéristique de l'Islam, religion de fraternité de paix et d'humanisme.  La réforme voulue par notre Cheikh Ben Badis est le propre de l'humanité   dans sa quête de développement et de redressement.  Aussi, le peuple algérien doit-il veiller au quotidien à corriger et à   perfectionner les rapports sociaux car le développement est inéluctablement   porteur d'enjeux et de défis.

La culture civilisée semée par Cheikh Ben Badis et ses compagnons doit   être ressuscitée aujourd'hui pour permettre à notre société de se prémunir   contre les nombreux fléaux qui menacent nos enfants, notamment la violence   et la drogue. Des fléaux qui entament en plus le progrès, la civilité et la   sérénité tant en milieu urbain que rural.  Je saisis cette occasion pour exhorter les hommes de science et de   religion et l'ensemble des intellectuels à œuvrer à la promotion de la   culture réformatrice au sein de notre société.

Mesdames, messieurs,

En cette difficile conjoncture financière que nous traversons du fait de   la chute des prix du pétrole sur les marchés internationaux, nous gagnerons   à mettre à profit la vision réformatrice de notre auguste Cheikh Abdelhamid   Ben Badis qui a permis à nos ainés de libérer l'Algérie, pour mobiliser les   volontés en vue d'une sortie de la dépendance excessive aux hydrocarbures,   quand bien même ces dernières sont une bénédiction pour notre pays.  Faisons de cette  Journée de célébration du savoir, un nouveau départ pour   la concrétisation de nos programmes de réformes dans les domaines de   l'économie, de la gouvernance et de la gestion des affaires de notre pays.

Telle est la voie à entreprendre pour témoigner notre fidélité à nous   glorieux Chouhada et à nos vaillants Moudjahidine, artisans de la victoire   et de la liberté de l'Algérie, victoire que nous avons célébrée depuis peu.    C'est là, également, la voie à suivre pour demeurer fidèles à la lutte du   Cheikh Abdelhamid Ben Badis pour la défense de notre liberté et de notre   identité. Une lutte qui a favorisé le rétablissement de l'Etat algérien   indépendant dont la construction nous incombe aujourd'hui pour garantir la   prospérité et l'essor de son peuple.