LA
CHARTE D’ALGER
ENSEMBLE DES
TEXTES
ADOPTES PAR LE
1ER CONGRES DU PARTI
DU FRONT DE
LIBERATION NATIONALE
(DU 16 AU 21 AVRIL 1964)
COMMISSION
CENTRALE D’ORIENTATION
POUR UNE REVOLUTION
SOCIALISTE
Chapitre 1.
Le mouvement national
jusqu’en 1954
Chapitre 2.
La guerre de libération
nationale
Chapitre 3. Fondements idéologiques de la Révolution Algérienne
Les caractéristiques de la société algérienne
PROBLEMES DE LA TRANSITION
ET TACHES D’EDIFICATION
Chapitre 1.
Du capitalisme au
socialisme
Chapitre 2.
Les tâches économiques de
l’édification socialiste
Chapitre 3.
La réalisation
des aspirations des masses Populaires
Annexe.
La situation économique et sociale au
lendemain
de l’indépendance
LES INSTRUMENTS DE LA
REALISATION
Chapitre 1.
Le Parti et les
organisations de masses
Chapitre 2.
L’État
Annexe.
Les Statuts du Parti
RAPPORT DU SECRETAIRE
GENERAL ET RESOLUTIONS FINALES
Le Rapport du Secrétaire Général
La Résolution de
politique Générale
La Résolution
économique et Sociale
Pour une révolution socialiste
Une
révolution ne constitue jamais une rupture brutale et totale avec le passé. Les
hommes agissent sous l’influence des conditions diverses héritées du passé qui
leur montrent impérieusement la voies. Pour cette raison, l’histoire seule peut
donner un sens à ce qui est advenu. La connaissance objective de l’histoire de
l’Algérie constitue pour tout militant une obligation fondamentale. La force de
la révolution, les succès de la lutte anti-impérialistes et de l’édification
socialiste ne dépendent pas seulement de la conscience des forces dirigeantes
mais aussi des facteurs positifs qui existent dans la structure de la société.
La falsification de l’histoire de
notre pays et sa simplification par des historiens et des publicistes liés
politiquement et idéologiquement au colonialisme ont souvent constitué un frein
à idéologiquement au colonialisme ont souvent constitué un frein à l’influence
du mouvement de libération nationale. Se placer dans la perspective du développement national de
l’Algérie, partir des intérêts des couches les
plus déshéritées du peuple algérien constituent une condition absolue à
l’étude impartiale de la réalité nationale algérienne.
Le peuple algérien est un peuple arabo-musulman. En
effet, à partir du VIIIe siècle, l’islamisation et l’arabisation ont
donné à notre pays le visage qu’il a sauvegardé jusqu’à présent.
Mais
c’est plus loin qu’il faut remonter pour voir apparaître les premières
manifestations de la contribution du Maghreb Central à la civilisation. Cette
contribution, vieille en fait de plus de trois millénaires, s’épanouit tout
particulièrement dans le puissant royaume numide des IIIe
siècle avant Jésus-Christ, autour de
Massinissa.
Du
siècle IIe avant J.C. au VIIIe siècle après J.C., ce
furent essentiellement des luttes contre la domination étrangère romaine,
vandale et byzantine. A cette résistance populaire acharnée s’attachent des
noms tels que celui du véritable héros que fut Jugurtha. L’opposition à
l’oppression se traduisit, sur le plan idéologique, par le boycottage systématique
de la religion des oppresseurs.
L’imbrication
de la résistance à l’agression et des luttes sociales culminait dans
d’imposantes révolte rurales à caractère égalitariste.
Au
VIIe siècle, la rapidité et la profondeur du processus d’islamisation et
d’arabisation qui commence ne peut s’expliquer que par le rôle libérateur de
cette religion et de cette civilisation nouvelle qu’un peuple aussi combatif
n’aurait pas acceptée si elles ne lui
apportaient libération, promotion
sociales, enrichissement culturel, prospérité et tolérance. Le caractère
arabo-musulman demeure ainsi, le fondement de la personnalité algérienne.
Pendant
des siècles notre pays évolua dans le cadre arabe et plus particulièrement dans
le cadre maghrébin.
Au
XVIme siècle, la formation progressive du territoire algérien est
presque achevée. Ainsi apparaît le second élément de la réalité nationale
algérienne qui vient s’ajouter à la langue arabe. Le combat est engagé par les
frères Arroudj et Khair-eddine contre la menace extérieure espagnole et le
morcellement du pays favorise la prise en main du pouvoir central par une caste
militaire d’origine turque, l’odjak qui institue l’Etat des deys. La
souveraineté du khalife de Constantinople sur cet Etat est purement nominale.
La
décentralisation extrême de l’Etat , la multiplication des statuts
compliquaient la hiérarchie sociale. Les Kouloughlis, les Janissaires, les
tribus Deiras et Makhzen constituaient avec l’odjak les principaux
bénéficiaires de l’impôt prélevé sur les tribus raïa.
La
caste militaire turque n’était pas implantée directement dans le pays.
Renouvelée périodiquement par des apports extérieurs, elle ne constituait pas
une couche sociale stable assurant une fonction régulière dans les rapports
sociaux.
La caste dirigeante ne possédait pas
de façon privée les moyens de production. Cependant les représentants en
avaient la disposition. De ce fait, l’exploitation des tribus raïa se faisait
sous la forme d’impôts en travail et en nature (prélèvement sur les produits du
travail). Le parasitisme de la caste dirigeante s’exprimait surtout à travers
la pression fiscale sur les populations algériennes.
Au XIXme siècle, autrement dit trois
siècles après l’instauration de l’Etat des deys la société rurale algérienne
n’avait pas perdu sa physionomie d’antan. Le contrôle du pouvoir central sur
les tribus qui peuplent l’intérieur du
pays demeure limité.
Cependant, des représentants de
l’Etat se constituent en féodalités (processeurs d’azel) et s’approprient à
titre privé des moyens de production. Certains chefs familiaux en font de même
(propriétaire melk). Mais le domaine « arch » » forme
d’appropriation collective de la terre
et des troupeaux couvre l’essentiel du pays.
A la veille de l’agression
française, les difficultés du commerce extérieur occasionnées par la rupture
des courants d’échanges traditionnels, les manœuvres des compagnies de traite
européennes, les spéculations des hommes d’affaires étrangers créent des
problèmes financiers à l’Etat algérien qui aggrave sa pression fiscale sur les
populations. Cette situation renforce l’hostilité contre la caste militaire
turque et les instruments répressifs sur lesquels elle s’appuie et nourrit par
voie de conséquence des conflits intérieurs. L’affaiblissement de la puissance intérieure
et extérieure de l’Etat des deys renforce les colonialistes et alimente les
projets de conquête.
Les intérêts égoïste de la caste
militaire d’origine turque, leur absence de liaison réelle avec les populations
du pays ont joué un rôle déterminant dans la décadence de l’Etat algérien et
l’ont ainsi rendu vulnérable face aux menées colonialistes et aux tentatives de
mainmise capitaliste. .Malgré ses aspects contradictoires, l’Algérie
constituait déjà un Etat différencié. La culture islamique, une hiérarchisation
sociale identique, une organisation juridique commune constituaient un lien
entre tous les membres de la communauté algérienne, Lien renforcé par
l’hostilité de caractère social manifestée à une caste militaire d’origine
étrangère mais déjà partiellement enracinée, accusée de frapper les croyants
d’impôts non coraniques et de pactiser avec les infidèles.
Contrairement donc à ce qu’affirment
les historiens de la conquête, l’Etat algérien disposait d’une armée et d’un
appareil administratif et judiciaire et entretenait des rapports diplomatiques
avec les puissances étrangères. Les dissertations sur le caractère nécessaire
de la colonisation, sur la « colonisabilité » du peuple algérien,
constituent une mystification grossière, car l’Algérie, au même titre que
d’autres pays européens de l’époque ayant son niveau de développement,
possédait les aptitudes lui permettant de s’engager par une autre voie dans la
direction du progrès. La colonisation a mis un terme aux possibilités de
développement propre du peuple
algérien. Loin de précipiter son évolution, elle l’a au contraire retardée et
rendue plus douloureuse.
La résistance
armée à
l’agression
La volatilisation
rapide de la bureaucratie d’origine turque devant l’agression française laisse
apparaître à travers le territoire national des forces authentiquement
algériennes qui prennent la direction de la résistance armée contre l’invasion
étrangère. C’est ainsi qu’émerge et s’affirme l’autorité de l’Emir Abd El
Kader.
Par la suppression de la différence
entre tribus makhzen et tribus raïa, Abd El Kader détruit les anciens rapports
d’exploitation établis au détriment des masses paysannes et aspire à unifier dans l’action contre
l’ennemi au profit d’une autorité centrale unique du pays en posant les
fondements d’une économie moderne se heurte aux tendances anti-nationales des
féodaux et aux préjugés des chefs locaux comme le bey Ahmed de Constantine, qui
malgré une résistance acharnée à l’invasion n’accède pas à la conscience de la nécessité d’une action unifiée contre
l’envahisseur.
Au
bout de dix-sept années de lutte opiniâtre, de flux, les forces
françaises d’agression et de pillage viennent à bout de l’Emir Abd El Kader.
Mais la résistance armée ne prend pas fin pour autant. Des noms glorieux comme
ceux de Boumaza, de Selman El Djellabi, de Bou Baghla, de Cheikh El Haddad et
de Mokrani témoignent de leur aspiration sans cesse renaissante à s’unir pour
mettre en échec l’effort militaire français et ses méthodes d’extermination
ainsi que les facteurs de régression et de division incarnés par les féodaux.
L’extermination des populations, le
pillage de leurs ressources, la violence inhumaine qui se déchaîne contre la
paysannerie algérienne, donnent un coup d’arrêt au développement de l’économie
algérienne dans les villes et dans les campagnes provoquent d’énormes pertes en
hommes. Les forces obscurantistes représentées
par d’anciens féodaux ou une nouvelle féodalité administrative joignent leurs efforts à l’oppresseur pour sauver
leurs privilèges ou en acquérir de nouveaux. Jusqu’au lendemain de la première
guerre mondiale des révoltes sporadiques soutenues par la paysannerie éclatent
à travers le pays. La lutte contre le code de l’indigénat, le refus de la
conscription, le refus de payer
l’impôt, de coopérer et même d’accepter l’enseignement en français expriment
une forme passive de la résistance à l’oppression coloniale. Faute de pouvoir
mettre en place une organisation capable de mettre en échec l’appareil
répressif, faute de perspectives d’avenir, le peuple algérien se tourne alors
vers le passé entretenu par la tradition orale et associé aux heures de gloire
de la civilisation arabo-musulmane.
L’échec de la résistance militaire à
l’agression française constitue pour notre peuple une source de leçons
précieuse. Comme l’a prouvé l’insurrection de 1954, ce n’est pas l’efficacité
du dispositif militaire français, mais l’absence d’une véritable direction
centrale, les faiblesses et les contractions internes de la résistance de cette
époque, les particularismes régionaux et la trahison des féodaux qui sont à
l’origine de l’échec du peuple algérien.
Pour faire face à toute agression
extérieure, la révolution doit créer toutes les conditions nécessaires à
l’unité du peuple et démasquer ceux que des intérêts sordides poussent à trahir
leur pays.
Le fonctionnement économique du
système colonial et l’implantation d’une minorité européenne créent un
véritable goulot d’étranglement à l’évolution du peuple algérien. Le vol des
terres réalisé grâce à un arsenal juridique exceptionnel donne naissance à une
situation sans issue. Les petits commerçants se trouvent confinés au commerce
intérieur, nécessairement faible en raison de la misère paysanne. Les artisans
perdent leur clientèle traditionnelle et ne résistent pas à la barrière raciale
et trouvent difficilement des débouchés dans l’appareil administratif colonial
et sont condamnés de ce fait aux carrières libérales. Ces données auxquelles
s’ajoutent l’interdiction de l’enseignement arabe et les tentatives de
desislamisation suscitent une opposition de plus en plus forte chez toutes les
couches de la national. Aussi le mouvement de résistance de type ancien
va-t-il être relevé par le mouvement
national de type nouveau où les éléments populaires ne constitueront plus une
force d’appoint mais joueront, eux aussi, un rôle décisif.
En Tunisie et au Maroc
l’impérialisme français s’est appuyé les sur les classes dirigeantes lors de la
pénétration. C’est cela qui explique le maintien de l’Etat et de la langue
nationale, autrement dit un système de domination indirecte.
Contrairement à une idée assez
largement répandue dans des milieux prétendument éclairés la forme du système
de domination n’est pas déterminée librement par le pays oppresseur. Elle est
liée directement à la capacité de résistance d’un peuple, à la volonté de lutte
de ses dirigeants.
En Algérie, l’administration directe
est une conséquence de la prolongation de la résistance armée. Cette résistance
a entretenu la flamme patriotique de générations entières d’Algériens et a joué
un rôle déterminant dans la croyance à la libération du pays la voie des armes
dans les méthodes et les formes d’action radicales adoptées en 1954.
Le mouvement
national
sous la forme
moderne
Au
lendemain de la première guerre mondiale, se dessine en Algérie une tendance à
l’organisation de mouvements politique ayant recours à des moyens d’expression
nouveaux.
Par
la dénonciation énergique des procédés policiers de l’administration
colonialiste, des pratiques féodales des caïds et des expropriations foncières,
l’Emir Khaled, petit-fils d’Abd El Kader ouvre la voie à d’autres mouvements
algériens. Cette orientation nouvelle rencontre des échos chez les lettrés et
les notables mais ne touche pas les larges masses paysannes dont les anciens
dirigeants des insurrections armées étaient restés si proches
La première organisation
nationaliste à base populaire prend l’indépendance de l’Algérie en 1933. Sa
participation aux campagnes politiques en faveur du front populaire ne
l’empêche pas d’être dissoute en 1937 par le gouvernement Blum. Le Parti
du Peuple Algérien (P.P.A.) fondé la
même année reprend ses mots d’ordre et son orientation et pénètre en Algérie où
il trouve un écho immédiat chez les couches sociales les plus opprimées.
Pendant des années, la propagande de certains milieux français a voulu faire
accréditer l’idée que ce sont les positions étroitement nationalistes de
l’Etoile Nord-Africaine et de Parti du Peuple Algérien qui les ont isolés du
mouvement ouvrier international et de la classe ouvrière française. Cette
campagne est mensongère et vise à cachez aux masses les positions colonialistes
du front populaire sur la question coloniale, sa tendance à subordonner
l’action du Mouvement de Libération Algérien à une coalition entre partis
français et imposer en Algérie l’aile réformiste, associationniste révélant
clairement de quel côté se trouvaient les défenseurs véritables des intérêts du
peuple algérien. Le nationalisme, dans les pays colonisés, est la réponse que
la population finit par donner à l’oppression coloniale. Il s’oppose au
chauvinisme qui est plutôt le propre des pays impérialistes oppresseurs.
La tendance réformiste du mouvement
de libération comprenait association des Oulémas, le Parti Communiste Algérien
qui n’était alors qu’une section du PCF et la Fédération des élus.
L’association des Oulémas a mené un
combat acharné pou libérer le peuple des superstitions religieuses et du
maraboutisme et a déployé des efforts méritoires pour aider à la renaissance
culturelle et à la propagation de l’enseignement de l’arabe.
Son leader : Cheikh Abdelhamid
Ben Badis, contribua efficacement à l’affermissement de l’idée nationale.
Ses dirigeants se retrouvèrent
cependant au sein du Congrès Musulman En 1936, aux côtés du P.C.A et de la Fédération des élus qui
étendait arbitrairement la dépersonnalisation des lettrés de culture française
au peuple algérien), pur défendre la politique d’assimilation.
L’échec du projet Blum-Violette
entraîne la dislocation du Congrès Musulman et de la Fédération des élus. Sous
la pression des faits, une lente évolution se dessine chez certains dirigeants
et aboutit particulièrement à une scission au sein de la Fédération des élus.
A la veille de la seconde guerre mondiale
s’ouvre, malgré l’interdiction du P. C.A. et du P.P.A., une nouvelle période.
La guerre accéléra la prise de
conscience du peuple algérien et renforça le mouvement national. Les élus
comprirent enfin la possibilité de dépasser le cadre des revendications de la
veille et de lui substituer une plate-forme fondamentale qui poserait le
problème du statut futur de l’Algérie.
Quand le manifeste du peuple
algérien (février 1943) qui était
l’œuvre des élus fut présenté, l’opinion publique algérienne était prête à y
souscrire avec enthousiasme.
L’exigence de la condamnation et de
l’abolition du colonialisme la revendication du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes et de l’élaboration d’une Constitution garantissant la liberté et
l’égalité à tous les Algériens, la réclamation de la suppression de la
propriété féodale par une réforme agraire, de l’officialisation de la langue
arabe, de la liberté du culte et de l’application à la religion musulmane de la
loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat tous ces principes contenus dans le Manifeste répondaient aux
aspirations populaires. Les militants du P.P.A. aussi les trouvèrent dans
l’ensemble, conformes à leur programme, bien que la clandestinité à laquelle
ils étaient réduits depuis septembre 1939
les eût persuadés que le salut des Algériens résidait dans l’usage
exclusif de la violence en raison de la foncière inaptitude du régime colonial
renoncer pacifiquement à son système d’exploitation des peuples opprimés.
Le Manifeste du peuple algérien
marque un tournant historique dans la prise de conscience nationale de la
bourgeoisie et des lettrés. A partir de cette date, le courant réformiste
réalisa sa fonction avec les thèses nationalistes du P.P.A., sans renoncer aux
méthodes légales.
Or, c’était là un leurre, car
l’ordonnance du è mars 1944 prise par les autorités du comité français de la
libération nationale reprit, en les élargissant à peine les dispositions
assimilationnistes du projet Blum-Violette.
La réplique à l’ordonnance du 7 mars
se matérialisa dans la création des Amis du Manifeste et la liberté (début
1945) qui fut un véritable front nationaliste, groupant les lettrés, les
oulémas et le P.P.A.
L’alliance de toutes les formations
algériennes, acquises désormais à l’idée d’indépendance, procura aux A.M.L. une
assise largement populaire, et amplifia leur audience politique. Les étudiants, les scouts et la jeunesse en
général se lancèrent dans la mêlée. Une grande effervescence s’empara du pays.
Un travail de sabotage systématique de la politique intégrationniste de la
France fut entrepris pour dissuader les bénéficiaires de l’ordonnance du 7 mars
à s’inscrire sur les listes électorales du premier collège.
Lors du Congrès des A.L.L. réunis du
2 au 4 mars 1945, le courant nationaliste populaire mit en minorité la tendance
des élus favorables à l’instauration d’une République algérienne fédérée en
France et fit adopter une motion réclamant un parlement et un gouvernement
algérien dégagés de tout lien avec la France.
Les tueries sanglantes du 8 mai 1945
qui affectèrent essentiellement les régions de Guelma et de Sétif n’aboutirent
pas au résultat escompté par les colonialistes, car le peuple demeure mobilisé
pour faire triompher ses aspirations nationales. Loin de refluer le mouvement
repart sur de nouvelles bases. L’éclatement des Amis du Manifeste et de la
Liberté fait reposer de nouveau tous les problèmes de la stratégie
anti-impérialiste et des moyens les plus appropriés pour débarrasser l’Algérie
du fléau colonial.
Les débats qui eurent lieu entre
l’Union Démocratique du Manifeste Algérien fondée en 1946, le Mouvement pour le
Triomphe des Libertés Démocratiques, continuateur du P.P.A. l’Association des
Oulémas et le Parti Communiste Algérien gagnèrent les larges masses des villes
et des campagnes confrontées quotidiennement à l’exploitation colonialiste, au
mépris raciste et à la répression policière.
De toutes les composantes du
Mouvement de Libération, le M.T.L.D. «était le plus influent et le mieux
enraciné dans les masses populaires urbaines et rurales comme dans l’émigration
algérienne en France. En lui les masses algériennes reconnaissaient le
continuateur du P.P.A. partisan de la violence révolutionnaire.
L’intuition du peuple était
justifiée. La conviction des militants du M.T..L.D. que la perspective
politique légale était obstruée présida à la création d’une organisation
illégale. Mais alors que la crise de l’impérialisme français enlisé dans la
guerre du Vietnam l’exaspération des masses devant les parodies électorales, la
brutalité de la répression policière subie par les Algériens militaient en
faveur d’une attitude offensive, l’immobilisme devait lui être fatal puisqu’il
aboutit à sa découverte par les autorités colonialistes et à l’arrestation de
ses principaux animateurs. L’épreuve de force était seulement retardée. Sa
nécessité demeurait. Cependant les limites de la direction du M.T.L.D sur le
plan révolutionnaire, apparaissaient au grand jour.
La dislocation de précipita l’orientation légaliste du
M.T.L.D. par la mise à l’écart des
éléments illégaux et l’accession aux responsabilités de cadres moins sensibles
aux pulsations du mouvement populaire. L’échec de l’électoralisme et de l’unité
avec les autres mouvements algériens au sein du Front Algérien pour la défense et
le respect des libertés était un indice sérieux de l’impossibilité d’agir dans
le cadre d’un système institutionnel fondé sur la suppression de toute
initiative algérienne. Loin de s’arrêter à une telle conclusion, le Congrès du
M.T.L.D. de 1953 officialisa le cours légaliste au moment même où la Tunisie et
le Maroc entamaient la lutte ouverte pour l’indépendance nationale et où un
pays colonisé, l’Indochine infligeait une grave défaite à l’impérialisme
français. Rongé par la stagnation politique,
le M.T.L.D. vit ses contradictions internes passer au premier plan.
Moins d’un an après le Congrès de 1953, le mouvement se désintégra à la suite
d’une crise qui affectait ses organismes dirigeant, libérant ainsi d’immenses
énergies.
Les problèmes soulevés au cours des
luttes entre dirigeants pour le contrôle du parti ne correspondaient pas aux
préoccupations des militants qui déploraient l’abandon de fait du principe de
la lutte armée. Créé pour refaire l’unité du Parti et l’engager dans l’action,
le C.R.U.A. se heurta rapidement à l’hostilité des deux protagonistes qui
cherchaient seulement à utiliser son audience auprès des militants. Aussi ses
animateurs ont-ils acquis la conviction que seule la destruction des
organisations politiques légalistes pouvaient permettre le regroupement de tous
les Algériens désireux de participer effectivement à la lutte armée contre
l’oppresseur colonialiste. C’est cette conviction qui a présidé à la naissance
du Front de Libération Nationale.
Conclusion
Le développement du mouvement de libération ne s’est pas
accompli en vase clos. Les doctrines de rénovation musulmane de Djamel Eddine
El Afghani et de Cheikh Abbou, les idées pan arabes de Chekib Arslan, les idées
socialistes ont eu des répercussions en Algérie. Ces courants de pensée de même
que les luttes pour la liberté le progrès à travers le monde et les conditions
économiques et sociales de l’Algérie, ont aidé à l’affirmation de l’idéologie
nationale.
La tendance erronée à subordonner
l’existence d’une nation algérienne à l’intégration d’une minorité étrangère
qui (malgré certaines exceptions) se comportait comme occupant le pays, et à
faire de la renonciation à la lutte armée une condition de l’unité du Mouvement
de Libération Nationale, a obscurci les méthodes d’action et visé à
l’alignement politique des masses populaires sur les positions des couches
privilégiées.
Seule la puissance de la volonté
populaire, sa conviction dans l’impossibilité de déboucher sur une solution par
la voie pacifique a permis de secréter progressivement des dirigeants nouveaux
et de remettre le Mouvement de Libération sur une voie nouvelle.
La guerre de
Libération nationale
A la veille de l’insurrection, la
routine et l’hypnose de la légalité des partis politiques algériens
constituaient le principal obstacle à l’engagement du peuple dans la voie des
luttes révolutionnaires ouvertes. Le passage à la lutte armée a été déterminé
par l’impasse que connaissait l’ensemble du Mouvement de Libération nationale.
L’impréparation dans tous les domaines ne permettait pas d’envisager la guerre
de libération nationale dans toutes ses implications.
C’est ainsi que la question
fondamentale de l’exploitation de la victoire et de l’organisation sociale de
l’Algérie indépendante dont dépendaient le style de guerre, les alliances et la
nature de la direction, n’ont pas été clairement posés au départ.
Cette déficience originelle n’a pas
empêché l’insurrection décidée par une minorité de militants de s’étendre, de
se consolider et de déboucher sur la victoire. Dans son unanimité, le peuple
algérien avait ressenti que la lutte était placée sur le bon terrain :
celui de la critique du système colonial par les armes. Sa détermination de se
débarrasser du colonialisme en appuyant fermement la lutte armée, a apporté un
démenti cinglant aux dirigeants qui ne croyaient pas dans ses potentialités
révolutionnaires, exagéraient la puissance de l’ennemi et mettaient en relief
les faiblesses sociales et culturelles de la Nation pour se refuser à affronter
les difficultés de la lutte. L’histoire a fait justice des arguments opposés
aux militants qui préconisaient l’utilisation de la violence révolutionnaire
pour détruire le colonialisme.
Pour justifier leur défaitisme les
anciennes directions nationalistes expliquaient leur refus de la lutte armée
par l’apathie du peuple et la désorganisation de son encadrement politique. Une
des constantes des directions opportunistes dans l’histoire du nationalisme
algérien est de se réclamer de l’apathie du peuple et de son « manque de
conscience » pour faire prévaloir une orientation sans principe. Elles
oubliaient d’ajouter que chaque fois que les masses cherchaient à se frayer une
voie révolutionnaire, leur politique rendait à les démobiliser.
Ce qui désorganise un mouvement,
c’est d’abord et avant tout le manque de confiance des dirigeants dans l’effort
créateur du peuple leur crainte de la voir intervenir directement pour régler
ses affaires, leur incapacité d’orienter positivement son action. Toute forme
d’action nouvelle crée des flottements dans les rangs des militants et dans les
masses. Il ne faut jamais en déduire qu’il ne faut pas se battre mais apprendre
à se battre. Pour permettre l’éducation révolutionnaire du peuple, il faut
dénoncer systématiquement la faut devant les difficultés que charrient toujours
avec elles les couches sociales privilégiées.
Les faits sont probants. Ni la guerre
d’extermination menée par l’impérialisme, ni les destructions massives et les
regroupements de population, ni les prisons et les camps, ni les erreurs des
dirigeants n’ont entamé la volonté du peuple algérien de soutenir et de nourrir
le combat libérateur.
Pendant
des années, il a suppléé par ses initiatives propres à l’absence de directives
des dirigeants, fait face à l’ennemi, surmonté les difficultés et porté un coup
mortel à ceux qui fondaient leur politique sur l’effondrement de lutte armée.
L’action
du peuple, sa participation à la lutte sous toutes ses formes (liaisons,
renseignements, sabotage, ravitaillement, etc…) a été le facteur décisif de la
victoire sur l’ennemi. Sa persévérance dans le combat a imposé l’indépendance
comme seule alternative possible à la guerre de reconquête.
De
toutes les composantes sociales du pays, la paysannerie pauvre des montagnes,
expression la plus claire de l’expropriation des Algériens a été celle dont le
rôle s’est avéré le plus décisif dans la conduite de la guerre de libération
nationale.
C’est grâce à elle surtout que se sont développées les guérillas, son éducation dans un sens socialiste, sa liaison avec les classes populaires urbaines feront d’elle une des forces principales dans l’édification d’une société nouvelle.
La résistance militaire
La proximité avec le pays oppresseur
l’implantation d’une minorité étrangère en Algérie, le décalage énorme entre
les forces de l’ennemi et les forces armées algériennes ont pesé lourdement sur
l’évolution de la situation militaire.
L’absence de stratégie qualifiée,
l’incompréhension des rôles respectifs de la ville et de la campagne dans la
guerre de guérilla et du poids de la minorité européenne dans la vie politique
française n’ont pas permis une analyse claire du rapport des forces et une
appréciation juste des moyens de le faire
évoluer en notre faveur sans gaspillage inutile de l’énergie révolutionnaire du
peuple.
En méconnaissant le rôle de la
violence, en préconisant les concessions à tout prix et en agissant comme si un
effort de guerre accru compromettait les possibilités de solution, les
partisans de la politique pure n’ont pas aidé à comprendre que la conduite de
la Révolution n’était pas une question exclusivement militaire mais une
question politique de programme et de perspectives.
L’esprit de combativité des
djounoud, leur efficacité au niveau de l’exécution, l’initiative des cadres
moyens ont su compenser ces faiblesses et limiter les conséquences de l’absence
de stratégie et de commandement militaire unifié. Grâce à leur héroïsme et à
leurs sacrifices, les Aurès, la presqu’île de Collo la Kabylie, l’Ouarsenis et
les régions frontalières sont devenus des bastions de la Révolution et ont
condamné le commandement français à en faire des « Zones
interdites ».
Les succès militaires remportés au
cours des années 1956 –1957, entraînent le Comité de Coordination et
d’exécution issue du Congrès de la Soummam (1956) à demander aux commandements
régionaux de s’organiser et d’agir dans la perspective d’une décision rapide
grâce à une action massive. C’est dans ce contexte que furent mis sur pied des
bataillons auxquels succédèrent aussitôt de petites unités légères
ultra-mobiles tirant davantage de profit de leurs rapports avec la population,
du terrain et de leur armement.
La construction des barrages
électrifiés aux frontières isolées d’Algérie, perturbe l’acheminement des armes
et entraîne l’installation en Tunisie et au Maroc de forts contingents armés en
provenance des wilayas. Cette situation nouvelle aggrave les conditions de
résistance militaire et imprime une évolution particulière aux wilayas sont
abandonnées, manquent d’armes et font face aux manœuvres des services d’action
psychologique qui tentent d’accroître leurs difficultés. A l’extérieur, toutes
les unités arrivent après une longue lutte, à se regrouper et à imposer à la
Direction, la création d’un état-major général. Les combats qu’elles ont menés
ont constitué un appoint sérieux pour la résistance intérieure et obligée
l’ennemi à fixer de nombreuses troupes aux frontières et à éparpiller ses
forces.
La lutte
politique
à l’intérieur
de l’Algérie
La révolution a été jalonnée d’évènements qui constituent
de riches expériences pour les militants et le peuple.
Ces événements n’ont pas eu seulement
l’Algérie pour théâtre. Ils ont affecté également la France où l’émigration
algérienne a constitué un barrage efficace contre toutes les tentatives de la
contre-révolution et apporté une contribution précieuse sur le plan notre
peuple. Tirer les leçons de ces batailles est une nécessité absolue pour la
préparation des luttes futures.
Les événements du 20 août 1955.
L’insurrection du 1er
Novembre 1954 avait barré la route à la voie légale et tuée toute indécision en
posant brutalement devant les partis politiques algériens les questions
fondamentales de la lutte révolutionnaire. Cela n’empêcha pas certains
dirigeants d’alors de déployer des efforts intenses et soutenus pour confisquer
à leur profit le mouvement en jouant les intermédiaires entre les masses et
l’impérialisme français. Le courant messaliste, quant à lui glissa rapidement
sur des positions contre-révolutionnaires. Seules la collusion avec l’ennemi,
l’absence d’une clarification politique sérieuse lui assurèrent par endroits la
survie.
Les événements du 20 août
1955 ? Donnèrent le coup d’arrêt à toutes les tentatives de diversion en
sonnant le glas des institutions de démocratie formelle et en provoquant grâce
à la pression populaire le ralliement de nombreuses personnalités. Ces ralliements
renoncement à une action parallèle à celle du FLN. Les forces obscures avaient
compris l’impossibilité pour elles de peser sur la vie politique du pays en
dehors du FLN. Elles s’y infiltrèrent pour faire prévaloir leurs vues. L’erreur
des responsables d’alors est de n’avoir pas pris en considération leurs
tendances politiques réelles en leur confiant la direction d’une lutte qui
s’était imposée à eux.
La
grève du 5 juillet 1956.
La
grève de juillet 1956 a mis en évidence
l’unité du peuple algérien autour du FLN. La participation massive des petits
commerçants et de travailleurs met en relief la pénétration du FLN dans les
couches citadines et constitue un test de l’efficacité de l’UGTA et de l’UGEMA.
L’organisation
des couches sociales selon leurs objectifs propres est une nécessité pour un
mouvement révolutionnaire d’avant-garde. Seuls l’impulsion, la coordination et
contrôle de l’action de chacune d’elles permettent leur mobilisation pour la
réalisation des objectifs à atteindre.
La grève scolaire et la grève des
huit jours ont été déclenchées dans la perspective d’une guerre de courte
durée. L’engagement total du peuple et de l’émigration algérienne en France et
ailleurs, la combativité des militants en ont fait aux yeux de l’opinion
mondiale une démonstration éclatante de la représentativité du FLN.
Politiquement la grève des huit jours a été inspirée par la croyance erronée à
la possibilité d’une insurrection généralisée. Elle traduisait un excès de
confiance dans les possibilités de victoire rapide. Organisée en prévision de
la session de l’ONU, elle a reflété les illusions de ceux qui attendaient la
solution du problème algérien d’une intervention de l’ONU ou des USA.
Un mouvement révolutionnaire doit
compter d’abord sur les masses qu’il dirige. C’est en elles qu’il trouvera les
ressources qui lui permettront d’aller de l’avant. L’aide extérieure quant elle
est possible ne doit être envisagée que comme une force d’appoint.
Le 13 mai 1958.
Certains
milieux du capitalisme français et l’armée que ces milieux orientaient selon
leurs intérêts propres milieux orientaient selon leurs intérêts propres
constituaient un obstacle sérieux à une solution pacifique du problème
algérien. L’arrivée de De Gaule au pouvoir exprimait à la fois l’impasse où la
guerre d’Algérie avait fourvoyé l’impérialisme français et l’aspiration des
milieux dirigeant français à se débarrasser des contradictions internes qui
entravaient leur approche des problèmes.
La
politique du pouvoir gaulliste en Algérie avait un double but : affaiblir
les forces militaires de la Révolution par l’intensification de la guerre et
dégager à travers des réformes économiques et sociales une couche
petites-bourgeoises, politiquement intermédiaire, susceptible de faire
contrepoids à l’aile révolutionnaire du Front de Libération Nationale.
L’autodétermination
du peuple algérien.
Depuis
l’arrivée au pouvoir du général De Gaule, les dirigeants français n’ont pas
cessé de vouloir réintégrer par des moyens divers l’Algérie dans le giron de
l’impérialisme français. L a recherche d’une troisième force consistait à
accentuer par des initiatives habiles la différenciation à l’intérieur du FLN à
forger en son sein partage des richesses et du pouvoir avec l’impérialisme
français. Les manifestations populaires de décembre 1960 ont obligé la négocié.
Leur puissance a mis au jour les potentialités révolutionnaires immenses du
peuple algérien et démontré que l’indépendance du FL N. est de n’avoir pas
compris à temps que la troisième force était un phénomène social qui avait ses
prolongements à l’intérieur des organismes dirigeants de la Révolution et que
cette force aspirait à organiser l’Algérie au profit des couches exploiteuses
et de mettre le pays à la remorque de l’impérialisme.
Dans
son développement, la Révolution algérienne a bénéficié de concours nombreux.
Le poids de l’aide financière matérielle et morale était un élément important
d’appréciation du rapport des forces avec l’impérialisme français et ses alliés
atlantiques.
L’insurrection
du 1er novembre était antérieure à l’indépendance de la Tunisie et
du Maroc. Aussi de toutes les forces qui eurent à se ranger du côté du peuple
algérien, les pays arabes se sont avéré les alliés les plus stables et les plus
sûrs et ce malgré l’hostilité du monde impérialiste et la diversité des régimes
sociaux. L’aide des pays arabes à l’Algérie dans le cadre de sa lutte pour la
consolidation de l’indépendance nationale est un atout à la préservation duquel
le Parti doit veiller avec vigilance.
Pour
isoler l’Algérie, l’impérialisme français a procédé à des solutions séparées
aux problèmes de l’Afrique du Nord et brisé l’unité de la lutte réalisée au
prix de nombreuses difficultés.
La
direction de la Révolution a tablé sur une guerre de courte durée et n’a pas
accédé à une appréciation juste des rapports inter-maghrébins que seule l’unité
dans l’action permettait.
L’installation sur les territoires
tunisien et Marocain de fortes colonies algériennes composées essentiellement
de victimes de la guerre, l’utilisation des deux pays voisins comme bases de
l’A.L.N. ont fait craindre que la révolution algérienne ne repose le problème
des rapports avec l’impérialisme et la nature du pouvoir au Maghreb arabe. La
recherche constante d’une médiation entre le nationalisme algérien et le
colonialisme français, le contrôle étroit exercé sur l’aide militaire
étrangère, les faveurs accordées aux dirigeants algériens qui voulaient un
compromis à n’importe quel prix trouvent leur origine dans cette crainte.
La guerre d’Algérie, a démontré que
dans la situation internationale présente la convergence entre mouvements
révolutionnaires et entre peuples ayant un ennemi commun n’était pas
automatique.
Loin d’éclairer la nature de la
résistance algérienne et le sens révolutionnaire de la revendication de
l’indépendance, les partis de gauche français ont prétexté des insuffisances du
FLN et l’existence de la minorité européenne pour masquer leur refus de
soutenir inconditionnellement la lutte du peuple algérien. Le vote des pouvoirs
spéciaux qui constitue un moment de l’intensification de la guerre contre
l’Algérie, témoigne de leur tendance à subordonner la lutte du Mouvement de
Libération Nationale Algérien aux jeux politiques français.
En présence de l’hostilité de la
SFIO et l’absence de soutien pratique et idéologique des autres courants de
gauche des réseaux de soutien en liaison avec le FLN se sont constitués en
France. Ces réseaux dont la formation a succédé aux manifestations des rappelés
attestent des possibilités de résistance du peuple français à la guerre
d’Algérie.
Dans ses rapports avec les
mouvements anticolonialistes en France, le Parti ne doit pas laisser place au
ressentiment. Les nécessités de la lutte anti-impérialiste, la recherche
d’alliés conséquents doivent primer sur toute autre considération.
Pour des motifs d’ordre
diplomatique, l’attitude des pays socialistes à l’égard de la révolution
algérienne ne s’est pas toujours exprimée clairement. La naissance du GPRA voit
les pays socialistes d’Asie s’engager dans la voie d’un appui inconditionnel à
l’Algérie. Les pays socialistes d’Europe les suivirent plus tard bien que sur
le plan humanitaire leur aide ait été constante. Sous prétexte de ne pas
mécontenter l’Occident, la direction de la Révolution n’a pas mis les pays socialistes
devant leurs responsabilités car sa politique reposait sur des illusions à
l’Ouest.
La politique de bascule qui
consistait à menacer l’Occident d’une alliance avec les pays socialistes
favorisait le développement des tendances conciliaires et servait d’alibi à
l’égard des masses.
La révolution algérienne, par sa
pression sur l’impérialisme français a permis l’accélération du rythme des
événements en Afrique. L’accession de nouveaux Etats à l’indépendance a permis
à l’Algérie de jouer aux côtés de la RAU, du Maroc, du Mali et de la Guinée un
rôle appréciable et d’apporter sa contribution
à l’édification d’une Afrique nouvelle orientée vers le progrès.
Pendant toute la guerre et surtout jusqu ‘en 1958, les pays occidentaux se sont rangés aux côtés de la France et ont participé dans le cadre de L’OTAN à son effort de guerre. Surestimant leurs rivalités, la direction de la Révolution n’a pas pris conscience du caractère secondaire de leurs oppositions face à la montée de la Révolution algérienne.
La Révolution
et sa direction
Le Front de Libération Nationale
s’est développé en tant qu’organisation politico-militaire front unique de tous
les éléments luttant pour l’indépendance nationale. Jusqu’en 1956, la direction
du mouvement qui n’était pas basée sur des conceptions politiques homogènes a
été exercée par les initiateurs du mouvement. Les contacts épistolaires et les
liaisons par l’intermédiaire d’émissaires manifestent plus l’existence d’une
unité d’intention que d’une unité d’action.
Le congrès de la Soummam en août
1956 dote le FLN. ALN de structures, d’une plate-forme et d’une
direction : le Comité d’exécution et de coordination et d’une instance
suprême : le CNRA.
Le congrès de la Soummam se tient en
l’absence des représentants de l’Aurès, de l’ouest algérien et des porte-parole
du FLN à l’extérieur du pays.
La plate-forme affirmait la primauté
du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur : elle
développait l’idéologie nationale sans référence aux forces sociales qui déterminaient
le caractère de la Révolution et prônait la théorie erronée de l’insurrection
générale. La nature sociale de la direction est cependant tranchée car on
assiste au retour sur la scène de dirigeants qui ne croient pas à l’efficacité
de la lutte armée et qui vont être chargés de la diriger.
Malgré ses insuffisances, le congrès
de la Soummam constitue la première tentative d’une conception cohérente de la
Révolution mais les aspects positifs qu’il recelait en lui restent sans suite
car le CCE quitte l’Algérie à la suite de la bataille d’Alger.
La sortie du CCE à l’extérieur va
porter à leur paroxysme les déficiences originelles du FLN. Le CCE apparaît
comme un ensemble de courants porté par
la lutte des masses et des groupes armés plus que comme une direction.
Les wilayas, dans le cadre de leurs
limites territoriales développent chacune une politique autonome en continuant
à se réclamer d’une autorité unique qui s’avère dans la pratique plus
symbolique que réelle.
L’installation à l’extérieur de la
direction élargie et remaniée périodiquement pour permettre l’intégration par
cooptation des éléments qui la remettaient en cause entraîne la formation d’un
appareil pléthorique. Avec la création du G.P.R.A., cet appareil va croître en
importance et en pouvoir indépendamment de la lutte armée et des problèmes
politico-militaires qu’elle posait.
Un embryon de bureaucratie politique
et militaire dont les membres proviennent de diverses couches sociales se
constitue et accusent tous les traits acquis dans les conditions particulières
de la lutte clandestine et de la guerre : conscience de sa fonction
dirigeante, de ses privilèges hiérarchiques, d’une autorité fondée sur
l’obéissance aveugle des exécutants.
Certains cadres issus de cette
bureaucratie constituaient de véritables féodalités souvent en relation avec
les unités dont ils avaient assuré le commandement et se rapprochaient
lentement des conceptions politiques et sociales des éléments bourgeois ou à
idéologie bourgeoise qui avaient accédé à la direction du FLN à partir de
1956 : alors que leur lutte était commune avec celle du peuple, leurs perspectives lui devenaient
étrangères.
La structure de la direction
favorisait politiquement les éléments sensibles à la pression et aux manœuvres
de l’ennemi. Les formes d’organisation cantonnaient les militants et les
combattants dans un rôle de secteurs, les excluaient de la participation à
l’élaboration de la ligne politique.
La marge de manœuvre de la Direction
était due au cloisonnement entre les forces composant la Révolution, à
l’exclusivité des contacts avec la direction des wilayas à l’intérieur, à la
dispersion des unités aux frontières.
Mais peu à peu, une prise de
conscience se dessine et apparaît à travers deux manifestations
capitales : la réunion des chefs de wilaya à l’intérieur en octobre 1958
qui reposent le problème de la direction et de son orientation, celle des
dirigeants politico-militaires à l’extérieur en 1959 qui aboutit à la création
d’une direction unique pour les forces de l’ALN stationnées aux frontières.
L’apparition d’un interlocuteur face
au GPRA va permettre de poser de nouveau tous les problèmes de la Révolution et
de dépasser le cadre initial de l’opposition de l’état-major à la politique du
GPRA.
Le débat que les efforts dispersés
de nombreux militants n’ont pas réussi à imposer va s’ouvrir à la veille du
cessez-le-feu et déboucher sur une crise qui verra venir à la surface un
courant contre-révolutionnaire.
C’est ce courant qui en refusant
tour à tour la convocation d’un CNRA, la rédaction d’un programme politique, la
désignation d’une direction prendra la responsabilité d’engager la course au
pouvoir pour faire obstacle à l’avance de la Révolution utilisant pour
atteindre ses fins le manque d’information de la résistance intérieure et son
isolement ainsi que l’appareil bureaucratique forgé au cours de la guerre.
La crise du FLN ouverte en 1957 a
abouti progressivement à une dégénérescence des organismes dirigeants. Le refus
d’aborder le problème du contenu social de l’Algérie indépendante à influé
directement sur les Accords d’Evian négociés et conclu dans la précipitation.
La fuite en avant n’a pas permis pour autant l’escamotage des problèmes
fondamentaux : elle a seulement rendu la crise plus violente et plus
dramatique. L’adoption à l’unanimité du programme de Tripoli n’est pas un
critère de démarcation entre les forces révolutionnaires et celles qui
voulaient faire des Accords d’Evian une stratégie. La pratique de la direction
consistait à retarder le moment où seraient pris les engagements irréversibles
touchant la nature de la société après l’indépendance. Entre temps,
l’opportunisme et le refus de se définir clairement s’imposaient.
L’accession de l’Algérie à
l’indépendance a coïncide avec une crise interne violente. Le sabotage de
l’administration et de l’économie du pays par l’OAS, l’absence d’un instrument
en mesure de gérer le pays, la transformation des unités de l’ALN sous l’afflux
des résistants de la dernière heure, les manœuvres politiques de l’Exécutif provisoire, le jeu des forces obscures
sont autant de facteurs qui ont interféré sur la crise interne du FLN et ont
porté la confusion à son paroxysme. C’est dans u tel contexte que le Bureau Politique du FLN désigné au CNRA de
Tripoli émerge comme le noyau du nouveau pouvoir prend en main la direction du
pays, désigne les représentants à l’Assemblée Nationale et fait procéder aux
élections.
Les conditions dans lesquelles s’est
déroulée la crise n’ont pas permis une décantation claire entre les forces
révolutionnaires et les forces obscures.
Travailler sans relâche au
rétablissement de l’Unité entre les combattants et les militants, rassembler
les partisans du socialisme qui n’ont pas su se déterminer clairement est une
tâche impérieuse du Parti et de ses dirigeants.
La Révolution a souffert dans son
évolution de l’absence d’une direction révolutionnaire et d’un programme
reflétant les intérêts des masses les plus opprimées.
Sur le plan de la direction, elle a
abouti à l’émergence progressive des éléments les moins liés aux problèmes du
pays, aux questions de conduite de la guerre.
L’évolution du FLN ALN a été
conditionnée sur le plan structurel par les forces qui étaient militairement
organisées.
La crise entre la direction et l’ALN
éclate à partir du moment où celle-ci s’est organisée en force homogène s’est
organisée en force homogène.
En remettant en cause la direction,
elle remettait objectivement lesquelles elle comptait s’appuyer.
Elle aboutissait ainsi au besoin
d’une définition plus claire des forces qui devaient déterminer le caractère de
la Révolution et de l’idéologie qui devait animer leur lutte.
De la Révolution Algérienne
De
la société algérienne
1-
La
compréhension de l’état présent de notre pays, des luttes qui s’y déroulent,
des contradictions à surmonter, implique une juste appréciation de ses
caractéristiques.
L’Algérie est un pays
arabo-musulman. Cependant cette définition exclut toute référence à des
critères ethniques et s’oppose à toute sous-estimation de l’apport antérieur à
la pénétration arabe. La division du monde arabe en unités géographiques ou
économiques individualisées n’a pu reléguer à l’arrière-plan les facteurs
d’unité forgés par l’histoire, la culture islamique et u ne langue commune.
Profondément croyantes, les masses
algériennes ont lutté vigoureusement pour débarrasser l’Islam de toutes les
excroissances et superstitions qui l’ont étouffé ou altéré. Elles ont toujours
réagi contre les charlatans qui voulaient en faire une doctrine de la
résignation et l’ont associé à leur volonté de mettre fin à l’exploitation de l’homme
par l’homme.
La révolution algérienne se doit de
redonner à l’Islam son vrai visage, visage de progrès.
L’essence arabo-musulmane de la
nation algérienne a constitué un rempart solide contre sa destruction par le
colonialisme. La suppression brutale des institutions, l’appropriation directe
des terres, des moyens d’échanges et de l’appareil étatique par une minorité
étrangère implantée à la faveur de la conquête n’ont pas empêché le peuple
algérien de reconstruire une vie sociale nouvelle. Elle a seulement donné un
cachet spécifique aux problèmes agraire et culturel et aux questions de
l’encadrement administratif et technique.
2 –
La
lutte pour le triomphe des principes
démocratiques a pénétré les masses, impulsé leur action et déterminé leur comportement
et leurs perspectives. A travers la résistance armée à l’impérialisme français,
elles ont pris conscience de leur force et de leur capacité de résoudre
elles-mêmes.
3 –
L’Algérie sort à peine de l’emprise coloniale. La pais de
compromis conclue à Evian aboutirait à un blocage de la révolution si les
dispositions de ces accords ne sont pas réaménagées dans le sens de l’intérêt
national.
Les accords d’Evian constituent le
mole à partir duquel s’est exprimée la renaissance de la nation et de l’Etat algérien.
Cependant,
la présence de l’armée française et plus encore la nature de nos relations
financières et économiques avec la France limitent notre souveraineté et
donnent un poids particulier aux phénomènes négatifs et aux agissements des couches
exploiteuses nationales.
Les
tâches de caractère national fixées par le Programme de Tripoli demeurent.
L’impérialisme constitue encore l’ennemi principal de notre pays. Le parti doit
réagir énergiquement contre la tendance de ceux qui veulent assoupir
insensiblement notre volonté quotidienne, endormir la vigilance populaire et
aggraver les liens de dépendance du pays. La lutte pour la consolidation de
l’indépendance et la lutte pour le triomphe de l’option socialiste sont
indissolublement liées. Les séparer c’est favoriser la croissance et la
pression des forces hostiles au socialisme et diluer le rôle dirigeant des
masses laborieuses ouvrières et paysanne dans des blocs sans principes.
4 –
L’Algérie est caractérisée par
l’inégalité de développement entre les différentes régions. Cette situation
héritée du passé confère une portée réelle aux phénomènes régionalistes, aux
survivances féodales et à d’autres forces d’inertie. L’égalité des droits entre
tous les Algériens serait un principe sans contenu si elle faisait fi
développement de la base matérielle. Seule l’augmentation des richesses
générales du pays et le développement des forces productives à l’intérieur des
régions retardataires permettront de supprimer les obstacles à leur intégration
nationale et établiront l’harmonie nécessaire à une évolution normale du pays.
5 –
La résistance nationale au
colonialisme et à l’impérialisme a trouvé son appui essentiellement, dans les
montagnes. Or les avantages de l’indépendance se sont d’abord manifestés dans
les villes et les plaines. Il y a là une contradiction. S’attacher à la
solution de cette contradiction c’est travailler à unir la paysannerie pauvre
aux ouvriers des viles et des campagnes et réaliser une des conditions les plus
impérieuses de la victoire du socialisme. L’accomplissement de cette tâche est
d’autant plus vitale que les milieux les plus ouverts à l’idée d’une révolution
sociale (ouvriers, intellectuels, etc…) furent parfois moins lucides sur les
questions de la lutte nationale que d’autres couches plus traditionalistes. Le
risque que connaît le pays est que des idéologues au service des couches
exploiteuses se réclament de leur lucidité relative sur des questions
nationalistes pour empêcher toute approche scientifique de problèmes qui sont
aujourd’hui de nature révolutionnaire.
6 –
Le colonialisme a développé parmi
les Algériens des habitudes de consommations sans commune mesure avec les
possibilités réelles du pays. Ces habitudes aggravées par la guerre,
constituent un facteur de corruption extraordinaire. Le Parti ne peut accepter,
sans se couper des masses, la disparité des revenus actuellement existante. Il
doit combattre avec vigueur les conceptions parasitaires nées dans les
conditions d’une exploitation forcée des masses laborieuses. Le succès de cette
lutte est lié à l’élimination des couches privilégiées du devant de la scène et
à l’exercice des responsabilités politiques et de gestion par les masses
laborieuses elles-mêmes. C’est là le moyen le plus juste et le plus efficace
pour éviter de tomber dans le piège d’un pseudo-égalitarisme.
7 – Structure
et tendance de la société algérienne
Dans
notre pays, la structure sociale fut déterminée par le caractère qu’elle a
acquis sous la domination impérialiste. Ce fait a énormément atrophié le
développement des couches nationales privilégiées, tandis qu’il favorisait la
prolétarisation et la paupérisation de l’immense majorité de la population.
8 –
Au
bout de 130 ans de colonisation de peuplement, l’Algérie possédait à peine quelques
industriels d’une certaine importance et quelques cadres supérieurs et
intellectuels. Des noyaux bourgeois plus importants étaient formés par les gros
commerçants et surtout par les moyens et riches propriétaires terriens. Au
total, les couches bourgeoises proprement dites excédaient pas les 5°.000, soit
moins de 1/40 de la population active.
9 –
La petite bourgeoisie, source
potentielle d’éléments à l’idéologie antisocialiste, bourgeoise, occupait une
place beaucoup plus importante dans l’agriculture, dans le petit commerce, dans
l’artisanat, dans les emplois techniques et intellectuels subalternes, de
bureau etc… Au total, le 1/8ème environ de la population active.
10 –
Toutefois, pour déterminer la force
effective de ces couches bourgeoises et petites bourgeoises dans la dynamique
de la lutte sociale, il convient de tenir compte non seulement de leur poids
économique mais également de leur influence idéologique, culturelle et
politique, dans un milieu paysan et ouvrier très défavorisé à cet égard.
11 –
Depuis l’indépendance, une nouvelle
couche sociale en formation accélérée risque d’intervenir du côté de la poussée
instinctive anti-socialiste de la bourgeoisie bureaucratique qui se forme dans
les appareils de l’administration, de l’Etat et de l’économie, grâce au
sentiment de puissance que lui accorde l’exercice du pouvoir.
12 –
Cette force, par sa position dans la
machine de l’Etat et de l’économie peut s’avérer considérablement plus
dangereuse pour l’évolution socialiste et démocratique de la Révolution que
n’importe quelle autre force sociale actuelle du pays. Cela est dû au fait que
l’Etat algérien a maintenu les structures administratives établies par le
colonialisme, alors qu’il était appelé par le développement historique de la Révolution
à assumer un rôle économique auquel les structures administratives ne
convenaient pas. En effet, les structures établies par le colonialisme avaient
pour but d’encadrer une économie libérale dans laquelle la fonction économique
était laissée aux propriétaires des moyens de production, aux entrepreneurs et
aux intellectuels de professions libérales.
13 –
C’est parce qu’elle a été amenée à
assumer un rôle économique dans le cadre de structures administratives
coloniales que la bureaucratie administrative et économique peut s’avérer
considérablement plus dangereuse pour l’évolution socialiste et démocratique de
la révolution que n’importe quelle autre force sociale actuelle dans le pays.
C’est à travers elle que peut se transmettre aussi bien l’influence de
l’impérialisme que celle des couches bourgeoises nationales visant à
contrecarrer la politique socialiste et à la faire dévier, la saboter.
14 –
La révolution socialiste
La dynamique globale de la lutte
sociale telle qu’elle s’est manifestée au lendemain de la libération agit en
faveur d’une ouverture socialiste de la Révolution. La majorité écrasante de la
population paysanne et ouvrière vivant dans des conditions de paupérisation
extrême pouvoir vers la transformation radicale de la société adopte en ce
sens. Ces mesures, d’autre part, ont été accélérées par le fait de la
disparition brusque de la véritable classe possédante du pays représentée par
la population européenne.
15 –
C’est dans l’interaction de ces
conditions objectives qu’il faut chercher l’origine du décret sur l’annulation
des transactions qui a exprimé la décision du pouvoir de donner un coup d’arrêt
à la croissance des forces hostiles au socialisme, en les empêchant d’accaparer
le patrimoine national récupéré grâce aux sacrifices des paysans et ouvriers au
cours de la guerre de libération nationale.
16 –
C’est également dans cette
interaction des conditions objectives qu’il faut chercher l’origine du
mouvement des « comités de gestion « constituant une continuité de la
Révolution à travers les mesures des autorités politico-militaires
d’après-guerre. Le mouvement encouragé, institutionnalisé par le pouvoir, a
abouti à l’actuel système de l’autogestion, caractéristique principale en
Algérie de l’ouverture vers le socialisme.
17 -
L’autogestion exprime la volonté des
couches laborieuses du pays d’émerger sur la scène politico-économique et de se
constituer en force dirigeante. Sur le plan économique, l’autogestion a posé la
nécessité de l’extension de la réforme agraire et des nationalisations, tant
dans l’agriculture que dans l’industrie et de la réorganisation du commerce
extérieur et intérieur ainsi que celle du système bancaire. Sur le plan
politique, elle pose les rapports réciproques de l’Etat, du parti, des
syndicats et des masses dans une optique nouvelle qui implique le développement
constant du caractère démocratique de toutes ces institutions dans leurs
relations avec les masses. La démocratie socialiste indispensable doit se
manifester et se concrétiser par l’existence à la base de véritables organismes
démocratiques de gestions de l’économie, de véritables organismes populaires
d’administration démocratiques des communes, de véritables syndicats
démocratiques et d’une administration efficace contrôlée par les masses.
18 –
C’est dans l’autogestion que s’est
manifesté et se manifestera le développement interrompu de la révolution
nationale populaire en révolution socialiste, posant tous les problèmes
économiques et politiques résultant de la transition en cours du colonialisme à
l’émergence d’un état ouvrant la voie au socialisme. Dans ce processus, le rôle
des travailleurs urbains à côté des
travailleurs agricoles du secteur autogéré va devenir de plus en plus
décisif, car les assises sociales du pouvoir révolutionnaire ne peuvent être
que les masses laborieuses alliées aux paysans pauvres du secteur traditionnel
et aux éléments intellectuels révolutionnaires.
19 –
La nature du pouvoir révolutionnaire
est d’être le défenseur des intérêts des couches laborieuses qui constituent
ses assises sociales, c’est pourquoi il ne peut manquer de se heurter aux
couches privilégiées qui comprennent d’une part tous ceux qui , à quelque degré
que ce soit, détiennent la propriété des moyens de production, et d’autre part,
la bourgeoisie bureaucratique.
20 –
Vis-à-vis
de ces couches privilégiées le pouvoir révolutionnaire doit adopter une
politique fondée sur une distinction entre la propriété privée exploiteuse et
la propriété privée non exploiteuse.
21 –
Le pouvoir révolutionnaire ne peut
se permettre aucune pause dans la lutte contre la propriété privée exploiteuse,
tant à la campagne que dans la ville. La sous-estimation de la base sociale des
éléments capitalistes qui trouvent des alliés à l’extérieur du pays constitue un
écueil pour l’affirmation d’une politique révolutionnaire. Les masses
laborieuses à la ville comme à la campagne sont à même de vaincre les
difficultés nées de la résistance et du sabotage des forces antisocialistes. Le
devoir du parti et du pouvoir révolutionnaire est de leur montrer le danger de
ces forces et de les mobiliser contre elles.
22 –
Envers les couches
petites-bourgeoises du secteur tertiaire et la paysannerie moyenne, la
politique du pouvoir révolutionnaire doit être celle de la neutralisation par
la prise de toute une série de mesures qui, tout en contenant le développement
bourgeois potentiel de ces couches, ne portent pas, dans l’immédiat, atteinte à
leur situation et ne la dégradent pas. Au contraire, le devoir du parti sera
d’expliquer à ces couches que la politique du pouvoir révolutionnaire tend à
faire cesser leur exploitation par le gros capital commercial, bancaire et
industriel, apportant des améliorations notables à leur situation.
23 –
La transformation socialiste des
campagnes pose des problèmes
particuliers, Elle doit être liée à la consolidation et au dynamisme du secteur
socialiste agricole, à l’adhésion volontaire des petits propriétaires à la
gestion socialiste. La petite propriété privée non-exploiteuse doit être respectée.
24 –
La lutte pour le triomphe du socialisme ne se déroule pas
d’une manière harmonieuse. Seule l’action consciente des forces sociales
dirigeantes, la propagation des idées socialistes peuvent permettre de
surmonter les contradictions économiques, sociales et politiques qui découlent
du bas niveau des forces productives, de l’arriération de la conscience sociale
des travailleurs, des déformations bureaucratiques de l’appareil d’Etat, de la
faiblesse de l’implantation des syndicats et du parti. Ces données objectives
nécessitent une lutte constante pour le resserrement des liens avec les masses
laborieuses et le déracinement des mentalités rétrogrades forgées dans les
conditions de l’exploitation de l’homme par l’homme. Le parasitisme, la recherche
du profit illicite et des avantages, doivent être dénoncés et combattus, leurs
conséquences exposées franchement aux masses.
25 –
La nécessité de créer une pensée
politique et sociale puisée dans nos valeurs propres nourrie de principes
scientifiques et prémunis contre les attitudes d’esprit erronées nous fait
saisir l’importance d’une conception nouvelle de la culture.
26 –
La culture algérienne sera
nationale, révolutionnaire et scientifique.
1)
Son rôle de culture nationale consistera, en premier lieu à rendre à la langue
arabe, expression même des valeurs culturelles de notre pays, sa dignité et son
efficacité en tant que langue de civilisation. Pour cela, elle s’appliquera à
reconstituer, à revaloriser et à faire connaître le patrimoine national et son
double humanisme classique et moderne afin de les réintroduire dans la vie
intellectuelle et d’éducation de la sensibilité populaire. Elle combatte ainsi
le cosmopolitisme culturel et l’imprégnation occidentale qui ont contribué à
inculquer à beaucoup d’Algériens le mépris de leur langue, de leurs valeurs
nationales.
2)
En tant que culture révolutionnaire elle contribuera à l’œuvre d’émancipation
du peuple qui consiste à liquider les séquelles du féodalisme, les mythes
antisociaux et les habitudes d’esprit rétrogrades et conformistes. Elle ne sera
ni une culture de caste fermée au progrès ni un luxe de l’esprit. Populaire et
militante elle éclairera la lutte des masses dans le combat politique et social
sous toutes ses formes. Par sa conception de culture active au service de la
société, elle aidera au développement de la conscience révolutionnaire en
reflétant sans cesse les peuple, ses réalités et ses conquêtes nouvelles, ainsi
que toutes les formes de ses traditions artistiques.
3) Culture scientifique dans ses
moyens et sa portée, la culture algérienne devra se définir en fonction de son
caractère rationnel, de son équipement technique, de l’esprit de recherche qui
l’anime et de sa diffusion méthodique et généralisée à tous les échelons de la
société.
27 –
De là découle la nécessité de
renoncer aux conceptions routinières qui pourraient entraver l’effort créateur
et paralyser l’enseignement en aggravant l’obscurantisme hérité de la
domination coloniale. Cette nécessité s’impose, d’autant plus que la langue a
subi un tel retard comme instrument de culture scientifique moderne qu’il
faudra la promouvoir, dans son rôle futur, par des moyens rigoureusement
concrets et perfectionnés.
d’une
pensée socialiste
28 –
Loin de dépendre seulement des professions de fois
socialiste, le socialisme résulte avant tout de l’affermissement irréversible
de structures sociales, économiques et politiques socialistes, c’est-à-dire
excluant toute forme d’exploitation de l’homme par l’homme. Car par-dessus
tout, les hommes sont ce qu’ils sont et non ce qu’ils disent être.
29 –
Mais le socialisme ainsi inscrit
dans la réalité objective doit avoir à la fois comme indice et comme catalyseur
une conscience socialiste claire, largement répandue et sans cesse radicalisée.
C’est une erreur mortelle que de sous-estimer le rôle du facteur politique dans
la marche au socialisme.
30 –
Par conséquent, pour assurer la
socialisation et pour l’approfondir, il faut veiller à ce que l’élaboration et
la diffusion de nos idées socialistes soient développées sous toutes les formes
possibles.
31 –
Il faut, avant tout, imprégner la
vie nationale des idées forces qui constituent les piliers de notre option
socialiste et qui tournent autour des luttes anti-impérialistes
anticapitalistes et anti-bureaucratiques. Par des campagnes incessantes, par
des mots d’ordre appropriés il faut remplir concrètement le paysage politique
algérien de slogans qui marquent les étapes de notre révolution en faisant
assimiler au peuple les acquis et en l’aidant à prendre conscience des dangers
et des obstacles à vaincre.
32 –
Il faut ensuite qu’au niveau de
toute l’activité intellectuelle du
pays (lettres, arts, etc…) le contenu du socialisme soit popularisé de
façon à modeler définitivement notre mentalité. A cet égard, il convient
d’insister tout particulièrement sur l’importance de l’enseignement à tous les
niveaux comme instrument de formation idéologique, ce qui implique notamment
une refonte révolutionnaire des programmes légués par le colonialisme et le
capitalisme. Il faut encore, par un vaste réseau d’uni visités populaires par
exemplaire, un effort systématique d’éducation socialiste des travailleurs soit
entrepris et poursuivi à travers tout le pays.
33 –
Il faut qu’au niveau de
l’encadrement politique du pays, une importance primordiale soit attachée à
l’étude approfondie et institutionnalisée des problèmes du socialisme et son
application en Algérie comme arme devant permettre aux militants de mener à
bien la lutte révolutionnaire à travers laquelle émergera notre société
socialiste.
Extérieure
indépendante
1 –
Deux données dominent les relations
internationales : le progrès des forces socialistes et démocratiques
symbolisées par l’accentuation des luttes anti-impérialistes, l’accession de
nouveaux Etats à l’indépendance, le développement économique des pays
socialistes et le renforcement de la lutte des mouvements démocratiques, d’une
part, la réduction constante de la sphère d’influence impérialiste d’autre
part.
2 –
Mai cette constatation ne doit pas
nous faire sou-estimer la complexité des problèmes économiques et les
ressources d’adaptation et retarder les échéances. L’arriération économique et
culturelle, le décalage existant entre les possibilités révolutionnaires des
pays nouvellement indépendants et la conscience politique ont permis le
maintien sous des formes nouvelles de l’hégémonie des pays impérialistes. La
lutte pour le dégagement structurel vis-à-vis de l’impérialisme est une condition
absolue de la consolidation de l’indépendance nationale et de l’émancipation
réelle des pays opprimés.
3 –
Les progrès des forces
anti-impérialistes à l’échelle mondiale poussent l’impérialisme à rechercher
des solutions de force pour stabiliser son hégémonie. Là est l’origine de la
course aux armements et de la fabrication d’armes atomiques de destruction
massive dont l’existence fait courir à l’humanité les plus graves dangers. La
lutte pour l’élimination de la menace atomique, l’arrêt définitif des
expériences, y compris celles qui sont souterraines donnerait tout son sens au
Traité de Moscou. La sauvegarde la paix et la désarmement, nécessaires à
l’élargissement de la collaboration entre les peuples créerait des conditions
favorables au règlement des questions litigieuses.
Dans les pays encore dépendants, le
recours à la lutte armée peut s’avérer décisif pour l’accession de ces pays à
la souveraineté nationale. Pour tout mouvement révolutionnaire, l’appui à cette
lutte est sacré et ne saurait faire l’objet d’aucun marchandage. La lutte
révolutionnaire des peuples est l’une des garanties les plus efficaces et les
plus sûres contre la tentation de l’impérialisme de se livrer à un holocauste
nucléaire.
5 –
L’extension
de la lutte anti-impérialiste nourrit le dynamisme des forces politiques et
sociales qui, allant dans le même sens, œuvrent pour la réalisation de l’unité
au Maghreb, dans le monde arabe et en Afrique.
Les aspirations à l’unité se situent
dans une perspective historique juste. Elles traduisent le besoin de libération
des masses, leur désir de mettre le maximum de forces en mouvement pour briser
tous les obstacles à leur promotion. Pour faire avancer le mouvement vers
l’unité, il ne suffit plus aujourd’hui de se référer seulement à des facteurs subjectifs.
L’unité entre des pays distincts est
une œuvre gigantesque qui doit se poser dans le cadre d’options idéologiques,
politiques et économiques communes correspondant aux intérêts des masses
populaires.
Au Maghreb, dans le monde arabe,
comme en Afrique les manœuvres de division de l’impérialisme, les intérêts et
les particularismes constituent les principaux freins à la réalisation de
l’unité qu’elles réduisent souvent à un slogan démagogique.
La tâche principale de notre parti
est d’aider au Maghreb, dans le monde arabe et en Afrique à une
appréciation juste des exigences
formidables de la réalisation de l’unité. Ce travail doit se faire à l’échelon
des mouvements d’avant-garde et des organisations de masses pour que soient situés
d’une manière concrète les obstacles à vaincre.
Au niveau des Etats, le
développement des échanges, la mise en œuvre
de projets économiques communs, une politique étrangère concertée, une
solidarité totale dans la lutte contre l’impérialisme sont des objectifs qui
allant dans le sens des intérêts des peuples, aideront à avancer d’un pas sûr
dans la voie de l’unité.
C’est dans cette perspective que la
conférence d’Addis-Abeba et la
conférence au sommet des Etats arabes s’avéreront positives pour la libération
des peuples africains comme pour la libération du peuple de Palestine.
6 –
Le décalage entre pays
sous-développés et pays industrialisés constitue un obstacle sérieux à
l’affermissement de pais. La formation de blocs économiques, loin de faciliter
la collaboration entre les nations sur un pied d’égalité, mène à l’hégémonie
des grandes puissances sur les petits pays. Le parti doit lutter fermement
contre toute tentative d’imposer à notre pays l’aggravation des rapports entre
les prix à l’exportation et les prix à l’importation. Il doit s’opposer
énergiquement aux manifestations égoïstes dans les rapports entre nations et
combattre les tendances à se servir de l’aide économique comme d’un instrument
pour atteindre des objectifs politiques.
7 –
La coexistence entre Etats aux
systèmes économiques et sociaux différents est souhaitable. Le respect de
l’indépendance, de la souveraineté, de l’égalité en droits, de l’intégrité
territoriale et de la non-immixtion dans les affaires intérieures des autres
pays est un facteur de progrès et d’intensification des échanges à tous les
niveaux entre les peuples.
8 –
Le développement du socialisme en Algérie est lié aux luttes des autres
peuples dans le monde. Aussi, la diplomatie de l’Etat doit-elle s’inspirer des
principes de politique extérieure définis par le parti.
Problèmes de la transition
et tâches d’édification
au socialisme
1 –
Le capitalisme industriel, dans sa phase primitive, se
définit comme l’organisation de la société dans laquelle une clase est
détentrice des moyens de production et dispose à son profit de la plus-value,
fruit de l’exploitation des travailleurs.
2 –
Cette structure de classes, dans
laquelle une minorité est propriétaire et l’immense majorité dépossédée, crée
un monde où tous les rapports sont des rapports de marché. L’expression la plus
parfaite de cet état de fait est l’institution du salariat. Le travailleur vend
sa force de travail comme il le ferait d’un quelconque produit, et devient une
marchandise soumisse aux lois de l’offre et de la demande. L’homme est ainsi
dépossédé de sa substance et devient l’objet passif de l’économie.
3 –
Le capitalisme est miné par un
certain nombre de contradictions. Le marché laissé à l’anarchie individuelle,
soumis à la loi de la recherche du profit maximum, est rapidement désaxé. La
surproduction qui résulte de l’impossibilité pour le travailleur de consommer
l’ensemble de ce qu’il produit, étant donné son pouvoir d’achat, entraîne crises
économiques, chômage, guerres impérialistes.
4 –
Le capitalisme moderne doit
cependant être analysé à partir de catégories nouvelles. Il est impensable
qu’une réalité historique soit soumise éternellement à une même analyse. A
l’analyse. A l’anarchie du début s’est substitué une apparence illusoire de
rationalité. Tant que les groupes concernés ne mettent pas en question un
système économique et social celui-ci se suivit, inventant des solutions plus
ou moins efficaces ses problèmes. Le capitalisme n’est pas condamné mort parce
que ses rouages sont appelés à se bloquer un jour. Sa fin ne peut venir que de
l’initiative et du combat des exploités. On ne doit pas croire que les
contradictions sont des impossibilités absolues.
5 –
La tendance profonde du capitalisme
mondial contemporain le conduits, à travers une concentration de plus en plus
grande des forces productives, à ne plus faire de la propriété privée l’unique
et fondamentale contradiction économique. Le capitalisme libéral a vécu et
laisse la place à un capitalisme où l’Etat est de plus en plus partie prenante.
6 –
Les crises de surproduction
classiques correspondent à une phase passée du capitalisme, non à sa phase
actuelle; de même que la tendance à l’accroissement de la paupérisation et à
l’extension du chômage. Le capitalisme moderne est un capitalisme d’expansion
qui voit dans qui voit dans l’élévation de la consommation de masse (conçue non
selon le modèle harmonieux des besoins humains mais selon le modèle de
l’intérêt capitaliste) une condition de sa survie.
7 –
Cependant la société capitaliste reste une société
déchirée qui fonctionne contre l’immense majorité des travailleurs qui la
composent. Si la contradiction entre exploiteurs et exploités prend une forme nouvelle, elle
n'en persiste pas moins, et avec elle persiste I'inégalité et I'irrationalité
de la production.
8 –
La société capitalisée moderne
surajoute à l’expropriation des travailleurs une structure bureaucratique qui
appelle de nouvelles approches théoriques. Bâtie Selon une pyramide
hiérarchisée elle laisse se développer entre le sommet (exploiteurs purs) et la
base (exploités purs) toute une série
d’intermédiaires nécessaires à sa marche.
9 –
Cette séparation entre ceux qui dirigent et ceux qui
exécutent, entre ceux qui organisent de l’extérieur les plans économiques et
ceux qui sont chargés de les réaliser, entraîne une prolifération parasitaire
en même temps qu’une immense gabegie.
10 –
L'inhumanité a changé d’aspect. Elle était dans la période de
l’accumulation primitive – exploitation physique, réduction du prolétaire à un
état animal. Elle est – aujourd’hui – plus subtile enveloppée dans l’apparence
d’un certain confort matériel. La société est bâtie sur le modèle d’une
« machine » aux rouages infinis. Le travailleur est un fragment
anonyme de l’appareil productif. Il est un exécutant à qui échappe la
signification de son activité parce qu’il n’a pas accès à une vision totale de
la société et qu’il est exclu de l’organisation de la gestion.
11-
Poser le problème du
capitalisme en termes purement économiques et ne pas voir la contradiction
entre dirigeants et exécutants, c’est se condamner à faire du socialisme une
recette de l’accumulation primitive et à perdre ainsi sa signification humaine.
Le socialisme n’est pas seulement une
certaine organisation de la production c’est la récupération de la société par
les individus qui la composent et leur libre épanouissement.
Le socialisme ne se définit pas
uniquement par la nationalisation de moyens de production. II se définit aussi
et surtout par I'autogestion, solution véritable à la double contradiction de
la propriété privée et de la séparation maîtrise-exécution.
12 -
Au capitalisme primitif correspondait la nécessité de
l'expansion coloniale ouverte. Celle-ci
se caractérisait par le besoin de sources de manière premières par la recherche
de nouveaux marchés et par 1'élargissement do la masse travailleuse à
exploiter, afin d'entraîner une diminution du prix de la force de travail.
13 -
Au capitalisme moderne correspond le néo-colonialisme. La
décolonisation a perturbé le capitalisme mais elle ne l'a pas condamné. Le développement des techniques rend moins
nécessaire le contrôle des sources de matières premières. La lutte des peuples opprimés augmenta la
difficulté et le coût du maintien de la domination directe. L'exploitation coloniale - d'autre part - on
maintenant un état endémique de pauvreté faisait de la colonie un marché vite
saturé.
An contraire le néo-colonialisme, on créant une apparence d'indépendance
et un essor limité mais réel de 1'économie au profit des classes exploiteuses
du pays dépendant élargit le marché. Il permet par le jeu de contrôler
1'économie des pays dépendants afin qu’elle soit complémentaire et non
concurrentielle.
14 -
Une nouvelle contradiction surgit à
1'échelle mondiale, qui accroît la complexité des contradictions entre
exploiteurs et exploités. C'est la contradiction qui surgit de I'accroissement
de plus on plus grand des richesses à un pôle du monde, tandis que les 2/3 de
la planète sont en état de
sous-développement. Ce décalage entre les sociétés industrielles et les
sociétés on voie de développement appelle une nouvelle formulation de la
revendication révolutionnaire de l’égalité.
II s'agit de poser le principe de la « récupération des
richesses », perdues par le fait du brigandage et do développer le mot
d'ordre « à travail égal, bien-être égal dans le monde ».
15 -
Le capitalisme on Algérie a revêtu deux formes. Une qui a correspondu à la phase coloniale
et qui a vu I'accaparement des moyens de production et d'échange par
1'étranger, ainsi que I'organisation d'une véritable économie qui sous une
apparence de complexité était fondamentalement une économie de comptoirs. Une
autre qui correspond à la phase actuelle.
16 –
Le
capitalisme national algérien se situe essentiellement dans deux secteurs de
1'économie :
- les grandes propriétés agricoles
privées.
- les grandes entreprises commerciales.
La possibilité d'action politique de ce capitalisme national assez
limité s'il est réduit à sa seule force et si est évitée sa conjonction avec
des forces antisocialistes étrangères, résultat inévitable en cas
d'affaiblissement de la dynamique socialiste.
17 –
A côté de ce capitalisme algérien,
il y a une présence beaucoup plus menaçante, celle du capitalisme
étranger. Celui-ci pose certains
problème car l'indispensable rupture avec lui ne peut être résolue d'une
manière linéaire et doit tenir compte des possibilités compatibles avec une
politique socialiste. Ce qui est nécessaire, en premier lieu, c'est de
neutraliser toutes ses tentatives de captation de la vie politique nationale,
et de penser avec clarté la relation que I'Etat peut avoir avec les capitaux
étrangers investis, en fonction de son objectif fondamental.
18 -
La période de transition est celle où I'organisation politique de la
société prépare au socialisme à partir de l'abolition de l'exploitation de
l'homme par l'homme, de 1'établissement des bases matérielles et sociales pour
un développement rapide des forces productives et d'une libération de
l'activité créatrice des travailleurs. Aucun de ces aspects ne peut être
privilégié aux dépens des autres car il s'agit d'un tout indissoluble.
19 -
La suppression de l'exploitation
économique et l'abolition du rapport colonial et néo-colonial, I'expropriation
du capital étranger dominant, la révolution agraire, la socialisation des
moyens de production, qui permet d'en finir avec l'anarchie économique et rend
possible une planification efficace et harmonieuse en fonction des intérêts
réels de la communauté.
20 –
Ces conditions générales impliquent
la construction d'un Etat populaire qui exprime la volonté des masses de
construire le socialisme et qui organise la défense des conquêtes
révolutionnaires en même temps qu’il anime une politique dynamique dans les
relations avec les autres pays et les autres peuples.
21 -
Un tel Etat a pour tâche première de préserver les
expériences socialistes en cours, de les aider à triompher des difficultés
inévitables, d'intervenir dans le secteur privé pour en hâter la socialisation,
de pallier I'absence de gestion directs quand celle-ci n'est pas encore possible,
sans jamais perdre de vue que ce rôle gestionnaire - exceptionnel – qu’il est
amené à assurer n'est qu’une étape provisoire
qui prépare I'organisation autogestionnaire.
22 –
Ces conditions préalables préparent
l’industrialisation maos ne résolvent pas, à elles seules, le problème. Il y a
dans les pays à structure essentiellement agraire, une exigence des paysans à
structure essentiellement agraire, une exigence des paysans à voir leur sort
amélioré par rapport à l’ancien état de choses. Cette exigence qui se traduit
par un accroissement de la consommation entraîne donc une diminution du surproduit social. Une contradiction
apparaît dont la solution doit être abordée en toute clarté.
23 -
Pallier
la diminution du surproduit social par la recherche d'une aide étrangère sans
principe, compromet jusqu’à I'indépendance nationale elle-même. Organiser la
société selon la contrainte pour obtenir de façon autoritaire un abaissement du
niveau de vie c'est ouvrir la voie à une bureaucratisation qui est la négation
même du socialisme.
24 –
On ne saurait confondre sans entraîner de graves crises, le taux
optimum et le taux maximum de I'accumulation. Un taux optimum (qui doit être le
but recherché) ne peut résulter de la contrainte subie par les travailleurs.
Celle-ci entraînerait une dépolitisation, une tendance à déserter villages, villes, usines, un esprit
d'irresponsabilité sociale généralisée.
25 –
Même sur le seul plan économique la recherche forcée du taux maximum
n'est pas payante et se transforme en son contraire. En effet le taux de
production n’est pas indépendant du niveau de consommation et le travailleur
sous-alimenté n'est pas un travailleur efficient. Plus, la résistance ouverte ou larvée des travailleurs oblige à
développer un appareil coercitif et une administration parasitaire qui
accroissent la consommation improductive.
26 -
Un des causes qui limite I'accumulation est dans le sous-emploi qui
fait qu'une importante traction de la population consomme sans produire. L'entrée de cette « armée de
réserve » dans le cycle de la production économique augmentera certes le
niveau de consommation, mais dans une
mesure moindre que l'augmentation de la production. Le résultat, sera donc un
accroissement de l'accumulation qui peut être très important.
27 -
L'ouverture des grands chantiers, la mise au travail des
chômeurs du village n'est cependant pas une panacée à l’industrialisation mais
un moyen économique de donner l'impulsion initiale. La solidarité, basée sur
les intérêts réciproques entre nations à niveaux de développements différents
mode a perspectives communes ne saurait être - non plus négligée.
28 –
On
ne peut séparer le problème de la construction des structures économique du
socialisme du problème des cadres techniques nécessaires. Ceux-ci sont en nombre insuffisant dans des
pays que l’asservissement étranger a fait stagner. Aussi doivent-ils être
préservés soigneusement en même temps qu’est promue une politique de formation
intellectuelle et professionnelle accélérée.
29 –
Ce problème des cadres ne peut être isolé du contexte
mondial et de l’attrait que peut exercer sur certains d’entre eux les
situations qui leur sont offertes à l’extérieur ou dans le secteur privé.
Certes, l’inégalité de la rémunération en faveur des cadres pose un problème
non seulement par rapport à une politique d’austérité mais aussi par rapport au
principe de l’égalité. Mais il faut savoir tenir compte de certaines réalités
qui sont transitoires, certes, mais contraignantes.
30 –
Par
contre, ce qui doit être évité c’est que le privilège technique se transforme
en privilège politique et que les cadres, organisés en couche particulière
organisent la société selon un modèle technocratique. Là aussi, la solution
réside surtout dans l’application de l’autogestion.
31 –
Le principe essentiel de la période de transition est que
les mêmes moyens ne peuvent être mis indifféremment au service de n’importe
quelle fin. Il y a un rapport intrinsèque entre les instruments qu’on utilise
et le résultat qu’on obtient. On ne peut développer une société nouvelle à
partir de méthodes et de structures qui font partie du développement
capitaliste. Or le principe de la scission de la société en sphères dirigeantes
qui encadrent et les masses qui exécutent est le principe même de la société
capitaliste.
32 –
Les
questions de la société nouvelle sont celles-ci : « Qui contrôle et
sanctionne l’obligation de travailler ? Qui établit les normes ? Qui
gère la production ? ». Si les réponses organisent une séparation
entre la catégorie sociale chargée de gérer le travail des autres et les
producteurs, le socialisme est compromis. Seule la collectivité organisée des
travailleurs peut assumer une telle tâche. Seule elle peut établir des plans
qui soient autre chose que des schémas artificiels réalisables seulement sur le
papier, seule, elle peut, à un problème collectif, donner une solution
collective. C’est le sens de l’autogestion.
33 –
Le
programme de transition est l’étape nécessaire de la réalisation des conditions
matérielles et humaines du socialisme. La pénurie économique justifie la
répartition selon le travail. Elle ne saurait justifier la persistance de
l’exploitation sous quelque forme que ce soit.
34 –
Durant
cette période il n’est nullement possible de créer immédiatement une situation
générale meilleure que celle dont le pays a hérité. Il est illusoire de croire
à l’abondance par enchantement. Mais la vraie difficulté n’est pas là. Elle est
dans la justice et l’égalité.
35 -
Dans une
telle période le problème de la rémunération et des avantages sociaux consentis
aux couches dirigeantes et aux appareils de l’Etat est très important. Il
serait illégitime que soit instaurée une caste privilégiée tant par les
satisfactions de prestige que par le statut financier. D’autre part, les
dépenses somptuaires non seulement aggraveraient les difficultés de
l’accumulation mais créeraient une base à un mécontentement et à une
contestation explicable.
36 –
La connaissance des perspectives du socialisme est
nécessaire non seulement pour une vision globale du mouvement et une
justification de l’effort mais encore parce qu’elle sert de pierre de touche
dans le présent pour déceler ce qui va dans le sens du progrès et ce qui, au
contraire, est dégénérescence. Chacune des caractéristiques de la société
future doit être préparée dans les combats présents.
37 –
L’autogestion
est le principe même de cette société. En elle se noue la fin de
l’exploitation, la compréhension par chaque travailleur de son activité car la
fonction économique et la fonction politique deviennent inséparables ;
l’intéressement direct du producteur à sa production, c’est-à-dire le contraire
même du salariat. En elle se réalise le début du règne de la liberté.
de l’édification socialiste
1 –
L’examen des problèmes soulevés
conduit à penser que l’ensemble doit être étudié à la lumière des trois thèses
suivantes :
a)
Unité de la politique et de
l’instrument de socialisation ;
b)
Nécessité d’améliorer
l’utilisation des possibilités existantes et d’élargir en même temps le potentiel productif du
pays ;
c)
Choix des modes de
financement du développement et de l’entretien compatible avec l’option
socialiste.
En
conséquence, les points traités à la suite de ces trois thèses fondamentales
seront examinés dans les perspectives définies par les principes généraux ainsi
énoncés.
2 –
La situation actuelle de l’Algérie
est caractérisée par l’existence dans le domaine industriel et commercial d’un
secteur de production socialiste et d’un secteur de production de type
capitaliste.
Dans le domaine agricole, elle est
caractérisée par l’existence d’un secteur moderne autogéré, d’une minorité de
gros et moyens possédants et d’une grande masse de petits fellahs.
En dehors du déséquilibre existant
entre le secteur socialiste et la paysannerie pauvre, il existe un autre
déséquilibre entre le secteur socialiste et le secteur capitaliste du fait que
ce dernier dispose de tous les éléments nécessaires à son bon fonctionnement
(système bancaire, transports, approvisionnement, commercialisation, cadres,
etc…) alors que le secteur socialiste réduit le plus souvent aux simples unités
de production, est obligé de faire appel au secteur capitaliste pour assurer sa
survie.
Cette contradiction est renforcée
par le fait que le secteur capitaliste trouve parfois des appuis auprès de
certains fonctionnaires chargés officiellement d’apporter leur aide au secteur
socialiste.
Pour remédier à cette situation il
est indispensable de donner au plutôt au secteur socialiste les moyens qui lui
font défaut pour se développer harmonieusement.
Cela signifie qu’il faut doter entre
autres le secteur socialiste de son propre système bancaire et de ses
organismes d’approvisionnement et de commercialisation. La création de tels
organismes n’est pas en elle-même suffisante. Il faut que soient institués aux
côtés des directions techniques des conseils d’administration composés de
représentants politiquement qualifiés des entreprises en autogestion.
L’ensemble de ces mesures devrait
permettre de faire du secteur socialiste le véritable moteur de la vie
politique et économique du pays et d’amoindrir progressivement le rôle et
l’influence du secteur privé.
Dans une seconde étape il doit
devenir possible au secteur socialiste de prendre totalement en main les
principaux leviers de la vie les plus brefs délais. Alors seulement ce que nous
avons appelé unité de la politique et de l’instrument de socialisation ne
s’appliquera plus au seul secteur socialiste en butte aux attaques d’un secteur
capitaliste, mais à la totalité de la vie économique et politique du pays.
Nécessité d’améliorer l’utilisation
Des possibilités existantes en même
temps
qu’on élargit le potentiel productif du
pays
3 –
Partout le développement économique
dépend davantage de la formation d’hommes qualifiés que de l’accumulation de
richesses matérielles. En Algérie, cette loi se trouve renforcée par le fait
que le pays a hérité d’une masse de richesses matérielles adaptées aux besoins
et aux possibilités du groupe social privilégie que représentait la minorité
européenne.
Il s’agit de mettre le peuple
algérien en mesure d’entretenir et d’utiliser pleinement ce potentiel en
fonction de besoins actuels du pays. Faute de parvenir à ce but, tout effort
d’équipement pourrait être partiellement ou totalement neutralisé par un
déséquipement qui résulterait soit de la destruction ou de la non-utilisation
des possibilités existantes, soit de l’utilisation partielle des installations
nouvelles.
La lutte contre toutes les formes de
gaspillage, pour l’augmentation de la productivité à partir des moyens
existants et donc pour l’investissement intellectuel sous toutes ses formes,
représente une des tâches fondamentales du parti et de l’Etat ; il s’agit
en effet, d’un des plus sûrs moyens d’assurer un développement rapide.
4 – Choix des modes de financement du
développement et de l’entretien
compatibles avec l’option socialiste
L’option socialiste de développement
implique que l’ensemble des investissements doit être, aussi rapidement que
possible, financé par des ressources internes, c’est-à-dire par un prélèvement
sur le revenu national. Ce prélèvement ne pourra assurer un rythme de
développement suffisant que si le travail fourni par chaque Algérien dépasse
largement sa consommation.
L’aide étrangère doit être
considérée comme un palliatif, un simple appoint venant s’ajouter à l’effort
national. Une acceptation aveugle de celle-ci compromettrait l’indépendance
économique et politique du pays. Ceci sans parler des effets monétaires qui
tendent à annihiler partiellement l’effort d’équipement que développement les
circuits engendrés par l’aide étrangère.
5 – Agriculture et réforme agraires
La mise en autogestion des terres de colonisation a permis de fêter les bases de la construction d’un pays socialiste et de relancer la production agricole au lendemain de l’indépendance, mais n’a pas permis de résoudre le problème des terres détenues par les grands propriétaires algériens.
LES TACHES ECONOMIQUES
La réforme agraire, pour tenir compte de ses aspects politiques, économiques et
sociaux est une opération dynamique, qui doit être généralisable dans le cadre de
la modification profonde des rapports entre l’homme et le sol et des structures
sociales.
A
ce titre, il s’agit davantage d’une révolution agraire à réaliser par la
conjonction des moyens matériels et humains, notamment par la mobilisation des
masses.
La réforme agraire se doit de tenir
compte de l’aspiration des fellahs à la propriété des terres dont ils ont été
trop longtemps frustrés. Cependant, un simple redistribution apparaîtrait comme
une entreprise antiéconomique, si elle n’était complétée par des mesures
débouchant sur un dépassement de cette forme d’appropriation. Dans un premier
stade l’organisation d’un système coopératif semble le meilleur moyen de
déposer cette forme d’appropriation et de permettre un renforcement de la
productivité générale; d’autant qu’une tradition communautaire séculaire
favorise une telle évolution.
Ce système coopératif doit être
ouvert à tous les petits paysans qui y trouveront les moyens de jouer un rôle
de plus en plus important dans la vie et le développement économique du pays.
Il s’agit en effet d’intégrer progressivement cette masse extrêmement
importante que constitue la petite paysannerie à l’ensemble des activités
nationales.
Il est évident que l’amélioration
des conditions d’existence des masses rurales est tout à la fois l’objectif
essentiel et une condition importante du développement économique et social du
pays.
Néanmoins, il ne faut pas perdre de
vue que ce système coopératif représente, en tout état de cause, une forme
d’organisation plus rudimentaire par rapport à l’organisation socialiste qu’est
l’autogestion. Le but visé doit être la transformation progressive de ces
coopératives en organismes d’autogestion. Pendant la période de coexistence des
deux systèmes, le parti et le gouvernement doivent veiller à ce que le passage
à l’autogestion qui exclut la contrainte, soit pour le paysan une promotion.
6 – L’industrialisation
Les structures industrielles léguées
en Algérie par la colonisation sont très peu développées. Il s’agit
essentiellement d’ateliers, de petites industries alimentaires et quelques
complexes de moyenne importance (verreries d’Afrique du Nord, Acilor, etc…)
voués, pour leur approvisionnement, au bon vouloir du marché français.
Contrairement à ce qui s’est produit dans le secteur agricole, seule une petite
partie de cette faible implantation industrielle a été placée en autogestion.
Cette situation d’infériorité, jointe aux moyens d’action dont dispose un
capital étranger particulièrement intéressé par l’industrie, rend le secteur
autogéré particulièrement vulnérable. Ce secteur a en effet à se défendre
contre des forces beaucoup plus puissantes
que celles qui s’opposent au développement du secteur autogéré agricole.
Il apparaît donc que la défense, la
consolidation et le développement du secteur autogéré industriel suivant les
thèses développées aux paragraphes 2 et 3 du présent chapitre, doivent occuper
au premier chef le parti et le gouvernement.
Or, le développement du secteur
industriel autogéré suppose non seulement l’orientation et la transformation
progressive du secteur industriel privé mais la création par l’Etat
d’entreprises industrielles nouvelles.
Il
faut donc définir les critères qui doivent inspirer l’action du planificateur
dans le choix des entreprises industrielles nouvelles qui sont à créer.
Il
s’agit essentiellement de :
-
Créer autant d’emplois
nouveaux que la rentabilité générale des entreprises le permet ;
-
Alimenter la consommation
intérieure, ce qui signifie diminuer les importations de biens de consommation
et éventuellement augmenter les exportations de ces mêmes biens. Ceci doit
avoir également pour conséquence d’offrir à la production agricole des
débouchés nouveaux et donc une base de développement ;
-
Mettre en place les
complexes susceptibles de jeter les bases de l’implantation d’une industrie
lourde en Algérie. Cependant la réalisation de tels complexes commande la
recherche d’un marché suffisamment vaste pour que la rentabilité soit assurée.
Une telle implantation doit donc être envisagée non dans le simple contexte
algérien mais dans un contexte géographique plus vaste dans lequel l’Algérie
aurait la possibilité de s’intégrer sans renoncer pour autant à ses
perspectives socialistes.
Ce
problème de la rentabilité doit également occuper l’esprit du planificateur
lorsqu’il envisage de créer des entreprises destinées à alimenter le marché
national : la réalisation d’unités de production trop étroites et donc
destinées à traîner un insurmontable handicap est à proscrire.
Il reste maintenant à envisager deux
formes particulières de création d’entreprises : les sociétés d’économie
mixte et les sociétés nationales.
Une société d’économie mixte doit
être analysée en fonction des intérêts réels qui se trouvent associés en son
sein.
Si l’Etat représente les intérêts
d’une bourgeoisie nationale, la société d’économie mixte servira de point
d’articulation entre les intérêts de cette bourgeoisie et les intérêts
impérialistes. Si par contre, l’Etat représente les intérêts réels du peuple
dont il a la charge, l’association avec les groupes privés étranger ne se fasse
qu’à l’occasion d’investissements dépassant dans tous les cas les possibilités
de l’accumulation nationale.
Il faudra tout d’abord que la zone
d’activité de la société d’économie mixte se situe en un secteur non vital pour
l’ensemble de l’économie nationale, c’est-à-dire en un secteur qui ne se situe
pas au point de départ d’activités
essentielles.
De leur côté, les sociétés
nationales, s’il s’avère utile d’en créer, doivent obéir aux lois et aux
principes de la société socialiste et non aux lois du marché capitaliste. La
constitution de sociétés anonymes des pays capitalistes pourrait ouvrir la voie
à l’extension du capital privé à
l’intérieur de ces sociétés. Seuls des établissements publics dotés de
l’autonomie de gestion peuvent offrir toutes les garanties nécessaires.
7 – Distribution et commercialisation
Les réseaux de distribution et de commercialisation
indispensable à la commercialisation et au développement du secteur socialiste restent
à créer en Algérie, l’expérience des Magasins Pilote Socialistes n’ayant eu
d’autre but que le lutter contre la spéculation.
Ainsi que nous l’avons expliqué à la
thèse 2 du présent chapitre, la mise en place de ces réseaux doit être
effectuée dans les p lus brefs délais ; afin de rendre plus efficace la
lutte à poursuivre contre la spéculation et afin de donner au secteur
socialiste tous les moyens nécessaires à son approvisionnement et à
l’écoulement de ses produits.
Dans
un premier temps, la mise en place de coopératives de commercialisation et de
consommation peut constituer un moyen efficace de pallier les insuffisances du
système administratif. Mais on ne doit pas perdre de vue que les coopératives,
de même que les sociétés d’économie mixte, les sociétés nationales ou le
capitalisme d’Etat lui-même est dominé par les forces socialistes ou par les
forces de la réaction.
En fait, les formules techniques
d’organisation ne peuvent jamais être considérées comme des solutions portant
en elles-mêmes l’idéal socialiste. Il peut s’agir soit d’une étape, soit d’un
moyen de bloquer l’évolution vers le socialisme ; tout dépend de la pensée
politique qui préside à l’adoption de ces formules.
Il est même des cas où des solutions, qui peuvent apparaître
techniquement satisfaisantes, ne peuvent jouer en fait qu’un rôle négatif,
ainsi en va-t-il pour le commerce extérieur.
La prise en main de ce secteur
essentiel par l’Etat socialiste doit intervenir aussi rapidement que possible.
Si la nationalisation du commerce
extérieur doit être effectuée par étapes, une des premières étapes doit
consister en la prise en main de cette forme d’activité par le secteur
socialiste pour les produits qu’il exporte ou qu’il a besoin d’importer. Mais
la réorganisation et la diversification des échanges constituent un but
immédiat.
A partir de là, la nationalisation
totale du commerce extérieur apparaîtra comme la résultante du renforcement et
du développement du secteur socialiste.
8 – Le système Bancaire
Les banques privées, qui furent un des principaux moyens
d’action de l’économie coloniale, subsistent encore dans leur quasi-totalité
dans l’Algérie indépendante. Ces banques contrôlent encore, directement ou
indirectement, la totalité de l’économie du pays et exercent des pressions
menaçantes sur l’ensemble du secteur socialiste.
L’absorption
par le secteur socialiste de l’ensemble des établissements de dépôts et de
crédit et donc la mise à sa disposition de l’épargne nationale doit représenter
un des buts fondamentaux de l’action du parti et du gouvernement.
En attendant que ce but soit
atteint, il est indispensable de créer au plutôt des établissements
susceptibles d’assurer aux entreprises du secteur socialiste, tant agricoles
qu’industrielles, les facilités financières qui leur sont nécessaires sans que
la mise à leur disposition de ces facilités représente des chargés de
trésorerie insupportables.
9 – Développement de l’infrastructure
L’infrastructure recoupe le dualisme de l’économie et le
déséquilibre régional. L’action du parti et du gouvernement doit tendre, par la
multiplication des voies de pénétration en direction des régions déshéritées, à
aider à les sortir de leur isolement et à assurer de ce fait leur participation
à toutes les transformations en cours. Elle doit également dans des délais
assez rapides aboutir à la nationalisation des moyens de transport.
10 – Développement du tourisme
Le développement de l’infrastructure conditionne, par
ailleurs, le développement du tourisme. L’Algérie possède de grandes
potentialités et une grande variété en matière touristique qu’il convient
d’exploiter pour les besoins du tourisme interne et de celui en provenance de
l’extérieur.
Il convient de souligner
l’importance du tourisme en tant que secteur économique productif de par ses
effets sur la balance des paiements et sur le problème de l’emploi.
D’autre part, le développement de
l’artisanat national, source de revenus au profit des régions rurales et de
relèvement possible de la technique de production, reste conditionné par le
développement du tourisme.
11 – Nationalisation des richesses
minérales et énergétiques
C’est là un but à long terme. Dans les conditions
actuelles, l’utilisation prioritaire pour les besoins du pays des ressources
minérales et énergétiques déterminera dans une large mesure son développement.
C’est dans ce secteur principalement que l’exploitation en économie mixte avec
participation majoritaire de l’Etat peut permettre la formation de cadres
techniques et la création de conditions favorables à une prise en charge
future.
12 – La planification
Le développement économique du pays est tributaire de la
planification. Celle-ci est appelée à combler le retard accumulé. Mais elle
n’est pas une panacée. Mal conçu, non fondée
sur
des bases structurelles et économiques réelles, elle aggrave le retard par
rapport au pays industrialisé.
La planification implique trois
sortes de conditions qui sont inséparables : les conditions techniques,
les conditions économiques et les conditions politiques.
-
Sur le plan technique, la
planification est liée à la connaissance exacte de l’état du pays, des
nécessités régionales, des besoins prioritaires et à la vérification permanente
du fonctionnement du Plan pou qu’en soient corrigés les défauts. L’exactitude
de l’information est un problème fondamental car les bureaux ont une tendance à
l’autosatisfaction et à la croyance qu e l’élaboration théorique équivaut à la
réalisation concrète. Cette circulation de l’information ne peut se faire sans
la participation directe des travailleurs intéressés au plan.
-
Sur le plan économique,
la planification exige la mobilisation
et la centralisation du surplus économique, c’est-à-dire de ce qui dans la
valeur de la production dépasse ce qui est nécessaire à la consommation des
travailleurs. Cette mobilisation et cette centralisation peuvent prendre deux
formes complémentaires : entre les mains de l’Etat pour les entreprises
qui relèvent directement de sa gestion d’une part ? Entre les mains du
secteur autogéré et des coopératives de production d’autre part.
Elle
exige un contrôle de la fiscalité et une politique d’austérité afin que soient
limitées les dépenses en consommation de certaines couches sociales
déterminées, influencées par des habitudes de vie étrangère.
Elle exige une utilisation des
surplus de façon que les travailleurs voient très rapidement les effets de la
planification faute de quoi celle-ci restera un but extérieur qui n’appellera
pas leur effort.
Sur
le plan politique, la planification implique :
-
L’indépendance réelle faute
de quoi la détermination des priorités reste abstraite ? l’économie du
pays restant tributaire des planifications étrangères ;
-
Une politique socialiste,
qui fasse du plan quelque chose dans l’intérêt général et non dans l’intérêt de
groupes sociaux limités.
-
Une politique démocratique.
Il n’y a pas de Plan possible sans la participation consciente et le concours
actif des travailleurs. Ceci est d’autant plus vrai dans les pays
sous-développés où les moyens étant réduits, chaque effort de la population est
d’une importance décisive. Cette participation doit se faire non seulement pour
la défense de la planification contre ses adversaires, non seulement pour le
contrôle de l’exécution, mais aussi et surtout pour l’élaboration du plan.
C’est pourquoi, on ne peut séparer les organismes de planification et les
organismes d’autogestion.
Le
contrôle par en haut des élaborations lointaines, l’absence d’intéressement des
travailleurs sont la condamnation à mort de la planification socialiste et
l’acte de naissance de la prolifération bureaucratique.
Cependant,
il n’est pas nécessaire d’attendre l’élaboration d’un plan parfait. Il est
possible en partant de données actuellement connues de fixer des buts chiffrés
aux différents secteurs de l’économie en attendant de réaliser les conditions
d’une planification à long terme.
Dans
ce cadre, le parti, les syndicats, les conseils communaux de l’autogestion, les
coopératives de production peuvent jouer un rôle décisif.
La réalisation
Des aspirations
Des masses populaires
1 – L’amélioration du niveau de vie et
la formation professionnelle
Comme le fait bien ressortir la formule « de chacun
selon ses capacités à chacun selon son travail » les problèmes de l’emploi
et du niveau de vie occupent une place centrale dans l’organisation de la
société socialiste.
Le socialisme implique :
Que chacun contribue par son travail
au développement du pays et a l’édification d’une société plus humaine. Il
implique également que le travail soit la seule source de revenus et que ces
revenus tendent le plus rapidement possible à se rapprocher de façon à réaliser
progressivement l’égalité sans laquelle le socialisme perd son sens.
Le plein emploi est donc à la fois
une nécessité sociale et un facteur de développement économique. Il doit être
envisagé sous l’angle de la production et de l’épanouissement des hommes.
Sources de gaspillage des forces
productives autant que de misère sociale, le chômage est à combattre avec la
plus grande énergie.
Cette tâche ne peut être menée à
bien par le seul moyen de la réforme agraire ou de grands projets industriels.
Pour faire face à la fois au chômage considérable légué par la colonisation et
la guerre qu’aggrave une forte démographie, seule est efficace la méthode qui
dans le cadre général de la planification, s’appuie sur l’initiative créatrice
des masses. Convenablement mobilisé dans une lutte contre la nature, le peuple
trouvera lui-même le moyen de multiplier les travaux utiles.
Cela suppose :
-
Une décentralisation qui
permet le développement de l’initiative populaire au niveau communal.
-
Une aide suffisante du
parti et de l’Etat aux organisations politiques et économiques de bases dans
leur lutte pour la réalisation du plein emploi.
Sur
ces bases peut se déployer une campagne permanente d’investissement travail
sous diverses formes :
-
Travaux de sauvegarde des
multiples éléments du patrimoine national qui dépérissent faute d’entretien.
-
Petites industries rurales
se développant à partir de l’agriculture et de l’artisanat local.
Il
est nécessaire que soient mis en œuvre les moyens propres à arrêter un
mouvement d’émigration qui constitue une anomalie singulière pour un pays
engagé dans la voie de la révolution et qui par conséquent à besoin d’utiliser
sa main-d’œuvre qualifiée, facteur essentiel du développement économique.
Pour
ouvrir aux possibilités d’emploi, de développement et de promotion humaine, de
larges perspectives, il est indispensable de faire de la formation
professionnelle, une des pierres angulaires de notre politique socialiste.
Il
faut d’abord rompre totalement avec la conception classique de la formation
professionnelle qui faisait de celle-ci une solution réservée à ceux qui se
voyaient interdire l’enseignement général réservé aux privilégiés. Il n’y
a de solutions sérieuses que dans la
généralisation réelle d’un enseignement de base, au moins primaire, auquel
viendrait faire suite la formation professionnelle proprement dite. Celle-ci
aurait alors lieu dans toutes les branches d’activité et se ferait sous la
forme d’une éducation permanente effectuée dans le métier ou dans les instituts
spécialisés et les universités du travail. Ainsi, le citoyen commencerait très
tôt une activité productive, et pourrait se perfectionner continuellement.
Le
plein-emploi et l’investissement intellectuel qui visent à
l’épanouissement d’une société de
travailleurs libres et conscients n’atteindront leur but que si dans la
répartition du produit de ce travail on s’achemine vers une égalité réelle.
Dans
la pratique, c’est l’écrasement progressif de l’échelle des salaires qui
concrétisera notre option socialiste.
Mais les inégalités étant au départ
trop criardes, il faut ajouter à cela une législation sociale protégeant
l’ouvrier et le paysan pauvre dans tous les domaines.
Dans l’immédiat, il faut unifier les
régions de sécurité sociale et étendre cette protection au secteur agricole
autogéré et coopératif ainsi qu’aux petits paysans, petit commerçant et
artisans. Il faut appliquer aux travailleurs et aux fonctionnaires le même
régime d’allocations familiales unique pour l’ensemble des salaires qu’ils
soient ouvriers ou fonctionnaires.
2 – La santé publique
Les structures sanitaires héritées
du colonialisme ont été conçues en fonction des besoins de la classe dominante,
c’est-à-dire principalement du colonisateur. L’implantation du corps médical
correspondait à celle de la minorité dominante, ce qui créait un déséquilibre
entre les villes et les campagnes d’une part, entre les régions côtières et
l’intérieur du pays d’autre part. Le départ du personnel européen a encore
aggravé ce déséquilibre.
Dans
le cadre d’une planification sanitaire, il convient :
-
De centraliser tous les
services de santé existants afin d’assumer le nécessaire gratuité des soins que
doit précéder une réforme de la sécurité sociale.
-
D’élargir aux représentants
du personnel hospitalier, médical et paramédical les commissions
administratives et de les associer ainsi à la gestion des hôpitaux.
-
D’éliminer les barrières
qui existent entre l’assistance médico-sociale et les hôpitaux, ce qui
permettra l’installation de structures hospitalières.
-
D’arrêter l’afflux des
consultants et des malades vers les centres hospitaliers urbains :
.
En portant l’action sanitaire à domicile.
. En
insérant l’unité sanitaire dans le douar même.
.
En multipliant les équipes sanitaires mobiles.
.
En développant l’infrastructure dans le monde rural.
L’instauration d’un carnet sanitaire
obligatoire permettrait de suivre et de contrôler le malade.
La
prévention de la maladie doit conduire à organiser de vastes campagnes de
prophylaxie, exigeant ainsi la mobilisation de tout le personnel disponible
(médecins, étudiants, techniciens sanitaires). Les programmes d’enseignement
doivent être orientés en fonction de cette nécessité.
L’application du service civil
médical est une étape préliminaire à la nationalisation totale de la médecine.
Elle devra s’accompagner d’un travail d’explication pour amener les médecins à
souscrire à cette exigence d’intérêt national.
Corrélativement, la nationalisation
du commerce pharmaceutique s’impose. Cette nationalisation débutera par la
suppression des organismes parasitaires pour aboutir à l’installation des
agences pharmaceutiques d’Etat.
L’ensemble de ce programme impose
une formation intensive des cadres. Si la formation classique doit tendre à
algérianiser rapidement la médecine et à donner au pays les milliers de
médecins, les enseignants et le personnel paramédical et gestionnaire dont il a
besoin, un cycle de formation accélérée pour les différentes disciplines
médicales sera organisé. Tout en veillant au maintien du niveau supérieur des
études, on pourra ainsi par un système de stages de perfectionnement, améliorer
le niveau de cycle accéléré et permettre au
plus doués d’accéder à l’enseignement supérieur.
3 – L’enseignement et la lutte contre
l’analphabétisme
Pour
assurer la promotion sociale et culturelle du peuple et pour donner au pays les
cadres dont il a besoin dans tous les domaines, la liquidation de
l’analphabétisme et le développement de l’enseignement constituent des impératifs absolus.
Les établissements scolaires à tous
les degrés doivent être ouverts à tous les citoyens et en premier lieu aux
enfants des travailleurs des campagnes et des villes. La scolarisation totale
est un objectif immédiat.
Sans scolarisation massive, sans la
formation de cadres moyens et supérieurs suffisants, il sera difficile de
prendre rapidement en main les rouages de l’économies nationale.
Les étudiants qui accéderaient à
l’enseignement primaire est une réalisation de l’indépendance. L’arabisation de
l’enseignement demeure cependant une œuvre de très longue haleine et une tâche
des plus délicates car elle requiert des moyens culturels modernes et ne peut
s’accomplir dans la précipitation.
L’extension des méthodes d’éducation
de masses et la mobilisation de toutes les énergies pour lutter contre
l’analphabétisme permettra a tous les Algériens d’apprendre à lire et à écrire
dans les délais les plus rapides.
La lutte contre l’ignorance
intéresse tout le pas. Elle exige la participation de larges masses populaires.
Le parti est l’animateur de cette action qui sera « le premier devoir
national » Du nord au sud, de l’est à l’ouest chaque maison chaque
quartier chaque douar ou mechta chaque village chaque ferme chaque usine chaque
chantier sera un lieu de travail où l’on apprend collectivement ou
individuellement pendant toute l’année. L’alphabétisation se fera sur place.
Tous les moyens devront être utilisés pour garantir le succès de cette vaste
entreprise.
4 – L’habitat la reconstruction
Une politique de l’habitat est
soumise à trois impératifs essentiels ;
a)
La nécessité que les travaux
demandent à la population soient directement productifs, non seulement par la
distribution des salaires qu’ils entraient, mais aussi par la création de biens
et services collectifs.
b)
L’impossibilité de fournir
à assez brève échéance des logements acceptables à tous les ménages, car une
telle initiative épuiserait les ressources nationales.
c)
La nécessité de ne pas
sacrifier l’avenir au présent et d’insérer les travaux d’urgence dans un plan
de telle manière que l’expansion urbaine soit canalisée, organisée, prévue et
non anarchique.
La
construction est une tâche ardue. Les efforts doivent être portés sur
l’établissement d’un plan économique utilisant toutes les potentialités y
compris les initiatives individuelles et collectives de construction de logements,
mais veillant à éviter les implantations anarchiques, parasitaires, faciliter
l’accession à la propriété pour les besoins personnels et familiaux de
logements notamment par la formule de la location-vente.
5 – Le reclassement des anciens
Moudjahidine
Le problème des anciens moudjahidine constitue un des
problèmes les plus s »rieux et les plus difficiles à résoudre dans des
délais rapides.
Les conditions qui ont caractérisé
l’accession du pays à l’indépendance et les crises politiques n’ont pas permis
que s’effectue harmonieusement, la
reconversion.
Faute d’avoir été appliqué, les lois
régissant l’assistance aux anciens moudjahidine et invalides n’ont pu avoir les
effets escomptés.
Les droits de l’ancien moudjahed ne
peuvent être acquis qu’à travers une politique cohérente de reconversion. Sa
rééducation, son alphabétisation, sa formation professionnelle et son
reclassement constituent des moyens puissants pour donner à ce problème une solution satisfaisante.
Cependant, l’invalide reclassé gardera dans tous les cas sa pension.
L’assistance médicale aux pensionnés
et invalides doit être gratuite. Les emplois que lui réservent des textes de
loi, en attendant la révision de la fonction publique, doivent être dégagés
dans toutes les administrations.
6 – Les orphelins
La politique qui doit être menée
pour régler le problème de l’enfance assistée (300.000 orphelins dont 30.000
complets) doit relever non d’intentions louables, mais de méthodes à mettre au
point et à uniformiser.
Il faut planifier les moyens et
coordonner tous les organismes s’occupant de l’enfance. Cette coordination se
fera à travers la création d’un conseil national de l’enfance sous l’égide du
parti.
7 – Les veuves de guerre
La pension ne suffit pas à répondre aux véritables
besoins de la veuve de guerre.
La formation professionnelle et la
promotion sociale pour la veuve sont des
moyens susceptibles d’amener son insertion dans le circuit productif.
La veuve de guerre doit bénéficier
de la priorité dans l’aide accordée à la campagne dans le cadre de la
reconstruction en ville, dans la répartition des logements. Elle a droit à
l’assistance médicale gratuite.
8 – Le rôle de la femme algérienne
Pendant des siècles la femme
algérienne a été maintenue dans un état d’infériorité que tendaient à justifier
des conceptions rétrogrades ou des interprétations erronées de l’Islam. Le
colonialisme a aggravé cette situation de notre société en provoquant un repli
sur soi qui était une réaction normale d’autodéfense. La guerre de libération a
permis à la femme algérienne de s’affirmer et de prendre aux côtés de l’homme
des responsabilités et une part active à la lutte.
A la veille de l’indépendance, le
programme de Tripoli proclamait : « La participation de la femme
algérienne à la lutte de libération a créé des conditions favorables pour
briser le joug séculaire qui pesait sur elle et l’associer d’une manière pleine
et entière à la gestion des affaires publiques et au développement du pays. Le
parti doit supprimer tous les freins à l’évolution de la femme et à son épanouissement et appuyer
l’action des organisations féminines. Il existe dans notre société une
mentalité négative quant au rôle de la femme, sous des formes diverses tout
contribue à répandre l’idée de son infériorité.
« Les femmes elles-mêmes sont
imprégnées de cette mentalité séculaire. Le parti ne peut aller de l’avant sans
soutenir une lutte permanente contre les préjugés sociaux et les conceptions
rétrogrades. Dans ce domaine le parti ne peut se limiter à de simples
affirmations mais doit rendre irréversible une évolution inscrite dans les
faits en donnant aux femmes des responsabilités en son sein » Mais
aujourd’hui encore le poids du passé risque de freiner l’évolution dans ce
sens. Il faut réaffirmer ces principes essentiels qui guideront l’action du
parti dans ce domaine cette action devant nécessairement être longue, étant
donné le niveau actuel de la société algérienne.
L’égalité de la femme et de l’homme
doit s’inscrire dans les faits. La femme algérienne doit pouvoir participer
effectivement à l’action politique et à la construction du socialisme en
militant dans les rangs du parti et des organisations nationales et en y
assumant des responsabilités. Elle doit pouvoir mettre de même son énergie au
service du pays en participant à l’activité économique, assurant ainsi par le
travail, sa véritable promotion.
9 – La jeunesse
C’est un des problèmes les plus
urgents et les plus importants de l’heure. L’Algérie est un pays jeune en sa
jeunesse à connu le brassage, les déplacement, l’effondrement des valeurs
traditionnelles, qui résultent de la guerre et de la Révolution. Une telle
jeunesse bien organisée serait un véritable ferment qui, utilisé à bon escient,
intégré à la construction du pays, imprégné de l’idéal socialiste, peut d’un
incalculable apport. Mais livrée à elles-même elle soulèvera à des degrés
imprévisibles de nombreuses difficultés.
Pour donner à cette jeunesse tous
les moyens de s’épanouir et de se préparer à jouer son rôle, il est
nécessaire :
-
De former rapidement des
cadres : responsables de colonies de vacances, directeurs de centres et de
foyers, moniteurs, instructeurs responsables de brigades de travail… qui
permettront de canaliser et d’orienter des énergies créatrices.
-
De développer l’équipement
sportif et culturel, particulièrement en milieu rural, et de multiplier l es
centres de loisirs dirigés.
-
D’unifier les mouvements
dans un ensemble cohérent de sorte que les spécialisations n’aboutissent pas à
des formations disparates et soient complémentaires dans un cadre commun.
L’importance
des problèmes soulevés par la protection de l’enfance, la formation et
l’encadrement des jeunes, nécessite la création sous l’égide du parti d’un
Conseil national de la jeunesse avec ses prolongements dans les départements.
Ces conseils auront pour rôle de coordonner les efforts, de répartir les moyens
disponibles en fonction des urgences, de recenser les besoins de concevoir et
de faire réaliser des programmes d’action et d’équipement.
10 – L’émigration algérienne
Les causes de l’émigration
algérienne en Europe, et plus particulièrement en France, sont étroitement
liées au niveau de développement de notre pays. L ‘émigration peut être
atténuée ou freinée mais cessera qu’avec la disparition de ses causes principales.
L’histoire du mouvement national et
de la guerre de libération a montré le rôle dynamique joué par l’émigration
algérienne en Europe. Organisée, elle a de tout temps, constitué une force
politique importante et a été d’un appoint non moins important dans la lutte
anticolonialiste et anti-impérialiste du peuple algérien.
Il s’agit aujourd’hui pour le parti
et le gouvernement d’accroître les moyens de faire jouer pleinement son rôle à
l’émigration algérienne. De ce fait l’organisation, l’encadrement et la
formation politique suivant notre option socialiste des Algériens en Europe
sont autant d’impératifs. C’est dans la mesure où tous les Algériens en Europe
vivent intensément la révolution socialiste réalisée en Algérie qu’ils peuvent
demeurer en état de mobilisation constante et participer aux tâches
d’édification.
C’est ainsi qu’ils peuvent mettre en
échec toutes les tentatives de la contre-révolution qui voudrait faire d’eux
une masse de manœuvres et un tremplin.
En
matière économique et technique les Algériens émigrés peuvent également
apporter beaucoup, et leur volonté de contribuer au développement économique du
pays doit être encouragée. Leur épargne et leur qualification technique doivent
être un facteur important d’industrialisation. Le parti doit utiliser toutes
les possibilités qui lui sont offertes et trouver lui-même les moyens d’aider
tous les Algériens à acquérir la formation professionnelle et technique
souhaitable.
La situation économique et sociale au lendemain de
l’indépendance
L'Algérie
subit le poids de deux séries de problèmes : ceux nés de la colonisation et
ceux nés de la guerre et de l’indépendance, Ces problèmes expliquent la
situation actuelle et commandent dans une large mesure I'action nécessaire
qu'il conviendra de mener dans tous les domaines pour réaliser I'option
socialiste. Leur concomitance constitue
en même temps un facteur de complications et un élément d'accélération de
l'éclatement des structures héritées de l'époque coloniale. Le véritable problème réside dès lors dans
la rapidité avec laquelle les structures nouvelles seront mises sur pied en
substitution des anciennes pour éviter les déséquilibres dont les risques les
plus grands sont représentés par la perte de le substance économique et la mise
on relief démesurée des aspects sociaux.
1- Problèmes nés de la colonisation
Le
Colonialisme à, au cours de la domination sécuritaire, façonné l’économie
algérienne on fonction d'une part de l’économie française et, d’autre part, de privilèges propres à la
colonisation.
En raison
de ce système et d'un arsenal de moyens de répression politico-économique le
peuple algérien fut contenu dans un cadre de sous-développement général.
Quatre grandes caractéristiques
de l'économie algérienne découlent directement de la colonisation :
Un sous-développement non résolu
Ce sous-développement se
traduit par la combinaison des données suivantes: le poids de l'agriculture
dans l’économie nationale, la faiblesse de l'industrialisation, le sous-emploi
et la faiblesse du revenu individuel des populations surtout rurales et la
diffusion restreinte des techniques modernes.
a) Le secteur agricole emploie 65 à 70 pour cent de la
population active tout en ne fournissant que 40 pour cent de la production
nationale et 22 pour cent du revenu national.
Ceci traduit la faible productivité de ce secteur où la masse la plus
importante de la population n'a pas dépassé le stade des rapports inférieurs de
production de I'homme avec le sol.
b) En dépit de ses possibilités naturelles, I'Algérie est
faiblement industrialisée - Avant I'indépendance, elle possédait 200 000
emplois industriels pour 11 000 000
d'habitants (soit moins de deux emplois pour 100 habitants, alors que la
moyenne des pays industriels européens est d'un emploi industries pour 8 à 9
habitants).
c) La faiblesse du revenu
national par habitant est la conséquence directe du sous-emploi. Le sous-emploi
est permanent. Dans les campagnes, le
fellah ne donne à la terre qu'une moyenne de 100 journées par an, alors qu'il
pourrait en donner environ 250. Dans
les villes, le taux de chômage représentait avant les bouleversements de
I'indépendance 45 pour cent.
Cette situation fait apparaître
le chômage comme le problème national le plus important à résoudre. De plus, le sous-emploi entraîne deux
mouvements spontanés de correction: le gonflement parasitaire du secteur des
services et l’émigration professionnelle notamment vers la France.
d) Le développement économique suppose l'utilisation
rapide et optimum des techniques modernes.
L'obstacle à la diffusion de ces techniques est constitué par la
faiblesse du revenu et par l'analphabétisme.
L'analphabétisme sévissant dans les campagnes comme dans
les villes, ne permet pas I'accession de la part la plus importante de la population
aux professions modernes. De ce fait,
cette population ne fournit pas non plus un nombre suffisant d'élèves
d'enseignement supérieur, et l'Algérie manque de cadres administratifs et
économiques.. Elle constitue donc une masse non préparée à la diffusion de techniques modernes.
L'utilisation des techniques modernes nécessite des biens
d'équipement industriel et un niveau d'instruction suffisant.
Un dualisme
économique exacerbé
C'est La conséquence structurelle la plus marquante du
régime colonial qu'a connu I'Algérie. En effet, ce dualisme caractérisé par la
coexistence de deux systèmes économiques: l'un évolué, l'autre retardataire
sans relation entre eux, présente un triple aspect. Il est intersectoriel sectoriel et territorial.
L'industrie et l'agriculture
algériennes sont isolées l'une de l'autre comme en témoignent les chiffres
ci-après. L’industrie en Algérie ne
consomme que 25 pour cent de la production agricole (53 pour cent dans les pays
industriels européens) - Par contre la
consommation de biens industriels par l'agriculture ne représentait que 8 pour
cent de la valeur de la production agricole (14 pour cent dans les pays
industriels européens).
Cette non-intégration s’explique par la situation
actuelle de l’agriculture retardataire où les dépenses d'investissement et
d'exploitation sont très faibles et où l'autoconsommation absorbe la plus
grande partie de la production. Le
fellah n'ayant rien à offrir, n’ayant pas d'argent pour acheter, ne peut être
ni fournisseur ni client des autres
secteurs de l’économie.
Le dualisme sectoriel le plus apparent se trouve dans le
domaine agricole en raison de l'existence du secteur moderne, fournissant 60
pour cent du produit agricole et tourné vers une économie de marché et du
secteur retardataire tourné vers une économie de subsistance.
Il s’ensuit que l'agriculture
moderne située sur les terres les plus riches, est capable par l'accumulation
du capital, d'investir, d'utiliser les techniques modernes, de profiter de plus
values alors que l’économie retardataire, n'apporte qu'une faible contribution
au revenu national et reste incapable d'investir par elle-même.
Il faut donc tenant compte de cette situation, agir de
telle sorte qu’en maintenant le niveau de rentabilité du secteur moderne en
attendant de l’élever assurer la promotion du secteur retardataire et viser
enfin de compte à l’homogénéisation de l'agriculture.
Enfin, l’Algérie souffre d'un dualisme économique
territorial caractérisé essentiellement par l'existence sur le littoral des
zones économiques développées qui constituent de véritables enclaves
contrastant avec Le sous-développement du reste du territoire. Ces enclaves ne
trouvant pas des débouchés intérieurs suffisants, ont tendance à établir leurs
liaisons avec le pays industrialisé, et on particulier avec la France. Les
entrepreneurs y ont volontairement ou non, un comportement étranger.
Les zones, situées au nord, dans les conditions les plus
favorables à l'implantation européenne et ouvertes vers la France, constituent
des pôle d'appel et d'attraction des populations et des richesses au détriment
de l'intérieur du pays.
Ces déséquilibres - mesurés en revenu moyen par habitant
- ont actuellement déjà graves. On peut
estimer qu'en prenant pour base 100 la moyenne du revenu algérien individuel,
un habitant du département de Batna, n'aura que 30, celui du département de
Tlemcen 70 celui d'Oran 200, celui d'Alger 275. soit entre Batna et Alger, une
disparité de 1 à
La dépendance de l'économie
algérienne par rapport à l’économie française résulte du pacte colonial.
L'indépendance politique n'entraîne pas ipso facto la disparition de cette
domination, seule une patiente restructuration peut obtenir une indépendance
économique. La dépendance économique apparaît sous diverses formes, elle est
principalement une dépendance commerciale, une dépendance technique, une
dépendance financière et une dépendance humaine.
C'est sans doute dans le domaine commercial que cette
dépendance est la plus évidente : la France absorbait plus de 80 pour cent des
exportations de I'Algérie. A l'inverse,
la part la plus importante des importations algériennes provient du marché
français. Ces échanges se soldaient
dans le passé par un déficit important cru détriment de l'Algérie (ce qui expliquera
en partie la dépendance financière).
Si la structure du commerce extérieur de I'Algérie révèle
sa dépendance économique, l'analyse des conditions de ses échanges conduit à le
souligner encore. Ces exportations,
essentiellement constituées en biens agricoles ou en matières premières, sont
directement concurrencées par celles identiques de pays méditerranéens
voisins. Certaines d'entre elles le vin
en particulier, ne possèdent actuellement aucun autre débouché équivalent
possible en dehors du marché français.
Cette dépendance est rendue plus attrayante par le régime
préférentiel dont bénéficiera l'Algérie en quantité, en valeur, autant
d’obstacles à une diversification géographique rapide du commerce extérieur.
Le second aspect de la
dépendance économique algérienne est souvent négligé, alors qu'il est un des
plus importants. La dépendance
technique résulte du fait que l’équipement actuel de l’Algérie est d'abord un
équipement français, et qu'à moins de désinvestissements importants les pièces
de rechange et les équipements complémentaires seront nécessairement commandés
sur le marché français dans tous les secteurs où l'équipement français est
prédominant.
La dépendance financière de
l'Algérie, s'affirme parallèlement à sa dépendance commerciale, tant dans le
que dans le domaine des finances privées et dans celui des règlements en
devises étrangères domaine des finances publiques.
Si la balance commerciale
connaît actuellement un certain équilibre, celui-ci n'est pas forcément
durable. Tout nouveau solde négatif
important appellerait nécessairement une contre-partie destinée à compenser les
transferts extérieurs qu'il occasionne, ou une réduction du déficit commercial
par une diminution draconienne des importations ou une augmentation des
exportations.
Par ailleurs, les services, les
transferts de bénéfices des exportations et des épargnes des particuliers, la
recherche de la sécurité ont toujours engendré un fort mouvement de capitaux
privés dans le sens Algérie-France qui aboutit à un drainage de l'épargne
algérienne.
Pour faire face à un solde
déficitaire des transferts privés avec la France, l'Algérie a toujours
bénéficié d'un solde excédentaire de transferts publics en provenance de ce
pays, ce qui est a l'origine de la dépendance financière.
Cette dépendance financière a
engendré une dépendance monétaire de caractère institutionnel : la libre
transférabilité des monnaies entre la France et l'Algérie actuellement
contrôlée.
Les compensations privées sont
légales. Les exportateurs algériens
n'étaient pas tenus de rapatrier les produits de leurs exportations sur le
reste de la zone franc, un règlement général des soldes étant assuré par des
conventions passées entre banques centrales ou trésors. Il n'y a pas de marché
monétaire en Algérie.
Les banques et les particuliers
plaçaient leurs disponibilités sur le marché français où ils trouvaient les
moyens de trésorerie dont ils avaient besoin. Cette dépendance et accentuée par
les liens financiers étroits qui relient les établissement bancaires d’Algérie à
ceux de France dont ils sont les filiale.
La dépendance algérienne,
vis-à-vis de la France est enfin caractérisée par une dépendance
humaine. Le manque de cadres nécessaires à l’édification d'un Etat moderne et
d'une économie industrielle pose le problème de l'assistance technique
étrangère.
Si cette dépendance humaine
apparaît également flagrante en ce qui concerne les mouvements migratoires le
marché du travail français fournissant un débouché traditionnel pour La main-d’œuvre non employée on Algérie, elle apparaît plus utile
lorsque l'on examine les comportements des agents économiques publics et
privés.
Même depuis l'indépendance, les
administrations gardent sans doute en vertu d'une vitesse acquise - une
propension à orienter leurs rapports économiques vers l’étranger et souvent
vers la France alors que leur demande pourrait être satisfaite en Algérie. Cette propension sera encore plus grande en
ce qui concerne le secteur privé, même national, surtout si l'on se rapporte à
l 'utilisation de l'épargne.
Une
économie vulnérable
La dépendance de l'économie algérienne a entraîné par
voie de conséquence sa vulnérabilité.
Celle-ci réside dans la structure des échanges extérieurs dans les
relations financières et dans l'héritage d'une administration lourde, non
adaptée et an demeurant vidée de sa substance au lendemain de l'indépendance.
La vulnérabilité économique
extérieure de l’Algérie
Le commerce extérieur de
l'Algérie constitue une cause de vulnérabilité essentielle de son économie
parce qu'il représente une part trop importance du produit intérieur et qu'en
outre il est suffisamment diversifié. Si l'on examine ses exportations elles
comportent un nombre limité de produits dont les marchés sont des marchés
d’acheteurs (ainsi le vin 28 pour cent des exportations-le pétrole 45 pour
cent, les agrumes 14 pour cent et les minerai de fer 3,3 pour cent). La plus
importante de ces produits est expédiée sur le marché français où elle reste
fixée par les surprix importants dont elle bénéficie.
Les importations proviennent
également pour la plus grande part du marché français sur lequel elles
constituent une contre-partie nécessaire à l’écoulement des produits algériens.
De sorte que 80 pour cent du commerce extérieur algérien se réalise avec la
France.
Dans le passé, le déficit de la
balance commerciale de l’Algérie à l’égard de la France, s’appréciait à la fois
sur le plan interne et sur le plan externe.
Sur le plan externe, il se
manifeste par une dépendance financière directement liée à la structure de la
production et des échanges et la liberté des transferts.
En effet, en l’état actuel de
sa production et de ses échanges, l’Algérie exporte très peu hors de la zone
franc. Elle est donc tributaire pour l’instant du fonds commun des devises de
la zone franc où elle ne puisse d’ailleurs que dans la limite du compte droit
de tirage doté et réapprovisionné par la France.
Cette dépendance dans le
domaine des finances extérieures est renforcée par le fait que les avoirs
francs de l’Algérie sont considérés comme les francs internes non convertibles
et que toutes les transactions sur les devises se font sur le marché des
échanges français dont elles suivent la réglementation.
Sur le plan interne, la
vulnérabilité financière de l’économie algérienne n’est pas moins grande, elle
résulte d’une part :
- De l’inadaptation de la
consommation aux besoins pensés due en particulier au poids des infrastructures
des transferts sociaux et du train de vie de l’Etat d’autre part :
- De l’implantation de la
consommation aux besoins d’investissements.
Le système administratif hérité
de la période coloniale pouvait contribuer un peu à l’édification d’une
économie véritablement nationale et indépendante.
D'abord, sur le plan du personnel, la presque totalité de
l'administration était de nature purement coloniale. Ce n'est que poussée par la guerre d'indépendance que la France
fit occuper des postes administratif à des Algériens le plus souvent on rupture
de ban avec la révolution. L'appareil
administratif, prolongement de l'administration française avec tout ce qu'elle
a de lourd et de bureaucratique ne correspondait pas aux réalités algériennes
et encore moins à la nécessaire reconversion de l'ensemble des structures
socio-économiques.
De plus, cet instrument qui a été vidé de sa substance par
le départ massif des fonctionnaires français a été seulement reconstitué. Il
n'est pas encore pourvu de toutes les qualifications et de toute la souplesse
d'intervention, nécessaires. Cependant le vide administratif qui constituait un
grand danger a pu être évité.
La
vulnérabilité de l’économie se présente aussi dans le découpage territorial. Le
cadre départemental algérien a été longtemps caractérisé par un découpage
nord-sud on trois départements, dont les limites séparatives sont
perpendiculaires à la côte. Ce découpage est caractéristique de l’économie de
comptoir. Il favorisait la constitution naturelle d'enclaves économiques
devenant autant de zones d’attraction démographiques, phénomène d'autant plus
grave et néfaste à l'Algérie que celle-ci est soumise à un climat sec et que
toute dépopulation d'une zone ne se traduit pas seulement par un dépeuplement
mais également par la transformation en désert du territoire abandonné.
11-
Problèmes nés de la guerre et de l’indépendance
L'Algérie
est un des rares pays africains ayant accédé à l'indépendance avec d'aussi
profonds bouleversements dans ses structures sociales. La guerre qui a duré 7 ans et demi a
provoqué surtout dans le monde rural, des destructions humaines et matérielles
dont l'ampleur fait poser les problèmes plus que jamais en termes de
reconstruction et de démocratie économique.
Sous l'effet de la violence inouïe de la répression menée par les forces armées colonialistes, les victimes ont atteint un nombre considérable à travers un éclatement du contexte socio-économique du peuple algérien. De sorte que tout on provoquant des flux migratoires sans précédent dans l'histoire de l'Algérie, la guerre a marqué d’une empreinte psychologique nombre d'Algériens qui posent de véritables problèmes de réadaptation. C'est cependant dans ces bouleversements et dans le prix élevé payé pour l'indépendance qu'il faut chercher l'incitation véritable à l'option socialiste. En effet, si l'insurrection du 1er novembre 1954 devait poser le problème politique de l'Algérie et viser surtout à l'indépendance, la durée de la guerre et les sacrifices considérables consentis par le peuple algérien faisaient préciser les aspirations populaires sur le plan économique et social.
L'éclatement
de la guerre d'indépendance a surpris totalement opinion extérieure et
particulièrement l'administration coloniale. Cela explique qu'on on ait méconnu
dans un premier temps le caractère national et profondément populaire et que
les forces colonialistes se soient essentiellement préoccupées de la
destruction des unités combattantes.
Mais à partir du moment où il apparut clairement que
celles-ci étaient difficiles à atteindre du fait de leur extrême mobilité et
aussi du soutien agissant des masses, les colonialistes sont passés à un moyen
qu'ils pensaient être plus radical, celui qui consistait à tenter de séparer
l'organisation politico-militaire de son élément naturel, le peuple.
C'est en effet du peuple que nos combattants tiraient
l'essentiel de leurs moyens : le recrutement, le ravitaillement le
renseignement, le refuge, les moyens financiers, la diffusion du matériel de
propagande, la liaison. Autrement dit
le mouvement insurrectionnel révolutionnaire enfonçait ses racines profondément
parmi l'ensemble des Algériens. Donc,
pour atteindre son objectif, l'armée colonialiste était amenée à porter des
coups sur tout ce qui pouvait être un support de l'Armée de Libération
Nationale.
C'est ainsi que les opérations militaires et policières
provoquèrent des bouleversements de populations que peu de pays ont
connus. Le simple énoncé de ces
bouleversements suffirait à en marquer l'ampleur :
- plus d'un million de chouhada
- 300.000 combattants ayant connu le maquis
- près de 3 millions de regroupés arrachés à leurs foyers
et à leurs villages pour être parqués dans des centres crées spécialement à cet
effet, assimilables à de véritables camps de concentration où en plus de leur
déracinement ils étaient soumis à des conditions de vie atroces.
- 400 000 détenus ou internés.
- 300 000 réfugiés
principalement en Tunisie et au Maroc.
- 700 000 émigrés des campagnes
vers les villes.
Cela
signifie que la guerre a mis en mouvement et frappé l'ensemble du peuple
algérien et que très rares sont de ce fait les familles qui n'ont pas été
atteintes.
Cette constatation explique ce qui est dit plus haut : la
Révolution algérienne est essentiellement populaire. Les conséquences de ces bouleversements sans précédent, celles du
moins que nous pouvons d'ores et déjà tirer posent de redoutables problèmes.
Et d'abord celui des veuves, des orphelins de guerre et
des invalides, c'est-à-dire des centaines de milliers de personnes auxquelles
il faut assurer un minimum vital. Par
ailleurs bon nombre d'anciens djounoud de détenus, de réfugiés et de regroupés
posent des problèmes de réadaptation, de reclassement et de recasement urgents.
De très nombreux jeunes qui ont grandi dans la guerre et
qui ont été soumis à des campagnes d'intoxication ont été besoin d'être
rééduqués. De plus les études ayant été perturbés des retards peuvent être
constatés aujourd'hui à tous les niveaux de notre enseignement.
Enfin le rythme accéléré d'organisation des populations
crée une situation alarmante dont les incidences économiques et sociales sont
extrêmement importantes. On a évalué à 731 000 le nombre de ceux qui sous la
pression de la guerre ont été contraints de quitter les campagnes pour les
villes entre 1954 et 1960 Le mouvement s’est encore aggravé depuis : 800000
personnes entre 1960 et 1963 alors que 45000 seulement émigraient en sens
inverse.
Pour la plupart ces populations sans revenus créent un
sous-prolétariat dans les villes et rendent plus aigu encore le problème du chômage. Elles provoquent un accroissement
des dépenses sociales d'équipement et de distribution au détriment de
l'industrialisation.
De
plus en passant des campagnes aux villes, elles changent de mode de vie, et
provoquent un accroissement des dépenses sociales d'équipement et des besoins
globaux en bien de consommation.
Sur le plan de l’habitat, les
logements abandonnés par les Européens ne suffisent plus, il faudrait prévoir
75000 logements nouveaux par an dans les, villes en plus de 65 000 à prévoir
dans les campagnes.
Il convient de souligner aussi
que la prise de possession des logements vacants a pour conséquence un
important désinvestissement dû à
l'insolvabilité du grand nombre des occupants.
Sur le plan plus général toutes ces populations déplacées
réfugiées, regroupées, internées ont eu à souffrir longtemps de la sous-alimentation
et leur élimination des années durant des circuits économiques et surtout
des activités productives n'a pas été sans rejaillir sur l'ensemble du
développement du pays et d'en provoquer
une baisse du niveau de vie de la grande masse.
C'est par millions que les
Algériens sous-alimentés soumis des années durant, aux bombardements incessants
de villages, de régime concentrationnaire et à la torture, présentent des
déficiences graves. Cette situation a
encore aggravé considérablement l'indice déjà élevé de morbidité. Ceci souligne
le caractère aigu posé par le problème sanitaire surtout dans ces campagnes que
les médecins n’ont pas cessé de déserter.
Sans parler des traumatismes et des déséquilibres mentaux qui a eux
seuls, nécessiteraient une mobilisation de services spécialisés bien plus
importants que ceux que nous possédions.
Les destructions matérielles
D'autres problèmes ont été
crées par les destructions matérielles. On a dénombré 8000 villages qui ont été
rasés complètement, ce qui donne une idée de l'importance que devait revêtir
notre programme de reconstruction.
Sur des
milliers d'hectares, les forêts ont brûlé, alors que notre pays avait déjà
besoin d'être largement reboisé. D'immenses étendues particulièrement dans les
zones montagneuses, ont subi les effets de la «politique de la terre brûlée» et
offre encore le spectacle de la désolation.
Pendant des années des terres ont été laissées en friche
et des arbres fruitiers sans l'entretien indispensable qui devait les protéger
et les empêcher de périr. Ajoutons à
cela que les nécessitées de la guerre révolutionnaire ont conduit à la
destruction d'importantes superficies de cultures arbustives.
Notre cheptel ovin est passé de 7 millions à moins de 3
millions de têtes. Quant au cheptel
bovin il a été pratiquement réduit à néant.
A ce point que le problème de la reconstitution du cheptel est une des
préoccupations majeures des services de l'agriculture.
Des routes ont été détruites ou se sont détériorés faute
d'entretien, ainsi que nombre d'ouvrages d'art. Ces destructions et détériorations ont été si importantes
qu’elles ont nécessité des travaux ayant déjà absorbé la plus grande partie du
budget des Ponts et Chaussées durant l’année 1963.
Enfin sur les frontières, d'immenses zones minées
continuent d'être encore meurtrières.
Et il faudrait sans doute longtemps pour que les travaux de déminage
soient menés à leur terme.
A toutes ces destructions faites dans le cadre des
opérations militaires s'ajoutent celles auxquelles se sont livrés les criminels
de l'OAS dons les villes. En citant ces
actes odieux qui ont été l'incendie de la bibliothèque universitaire et la
destruction de certains blocs opératoires d’Alger, notons simplement que les
plasticages ont endommagé des centaines de bâtiments dont nombre d'écoles.
Le plan de Constantine
Le plan de Constantine, inspiré de l'idée que
l'insurrection armée algérienne n'était que l'expression violente d'aspirations
économiques et sociales et qu'il suffirait d'améliorer les conditions de vie de
la population pour réussir à la détacher du FLN, a visé en fait à créer les
conditions objectives d'un système néo-colonialiste prenant appui d'une part
sur la fraction d'Algériens privilégiés dont il assurait la promotion, d'autre
part sur la minorité française. Il s'agissait de renforcer en Algérie les
structures capitalistes par d'importants investissements, surtout dons la
grosse industrie et même d'encourager l'élargissement du support français en
essayant par exemple de fixer les soldats démobilisés.
Parmi les problèmes posés par ce plan, il en est
d'importants qu'il convient de signaler :
- la création d'un besoin de développement qui n'était
possible qu'au prix d'un déséquilibre extérieur et d'une aide financière
masquant la véritable situation. Le
rythme de développement prévu par ce plan ne pouvait être suivi par une Algérie
indépendante soucieuse de se dégager rapidement de l'aide extérieure.
- Le développement d'une infrastructure très lourde dont
l'entretien nécessite d'importants investissements.
- L'Industrialisation prévue par le Plan de Constantine
conçue de manière à renforcer la dépendance de l'Algérie par rapport à
l'industrie française devait en principe permettre la création de 115000
emplois et constituer ainsi une solution au problème du chômage. Ces prévisions ne sont pas réalisées. D'abord parce que la majeure partie des
demandes concernant des extensions d'entreprises déjà existantes. Ensuite parce qu'on a négligé ou écarté les
industries susceptibles de créer un maximum d'emplois.
-
Enfin
ce plan a accentué la disparité entre les villes et les campagnes et a influé
sur la structure de notre budget d'équipement qui devait en effet en tenir
compte pour éviter un désinvestissement important.
Le départ massif des Européens (9/10 sur 1 million)
provoqué par la victoire du Mouvement de Libération,
s'il a eu d'importants aspects positifs en ce sens qu'il a permis la
concrétisation plus rapide de nos options socialistes et de notre indépendance politique,
a créé cependant du fait de la position dominante de cette minorité dans
l'activité économique et sociale du pays, des problèmes qui n'ont pas tous été
résolus.
1- Le manque
de cadres
La population active européenne en Algérie était évaluée
à 300.000. Sur ces 300.000, on comptait 33.000 chefs d'exploitation 15000
cadres supérieurs et professions libérales, 100000 cadres moyens et employés,
35000 ouvriers qualifiés. soit près de 200000 personnes occupant des positions
ou des emplois nécessitant de la technicité et un niveau d'instruction
supérieur à la moyenne.
Leur départ a posé des problèmes de formation
professionnelle, d'assistance technique et de gestion économique, le personnel
algérien ne pouvant en assurer la relève que de façon incomplète, étant donné
son manque de qualification. Ces lacunes sont particulièrement sensibles dans
la catégorie des cadres supérieurs et moyens et des ouvriers qualifiés.
Le manque de cadres a provoqué une baisse de rentabilité
sur le plan économique. Il a aggravé les problèmes de to santé publique et de
l'enseignement.
Une telle situation imposait l'établissement d'un
programme de formation professionnelle et technique de caractère prioritaire et
un recours à l'assistance étrangère permettant de faire la soudure pendant les
premières années.
Mais cette assistance technique n'était pas sans
limites :
- D'une part la présence de nombreux étrangers à des
postes importants risquait d'avoir pour effet une dénationalisation de la
direction des affaires.
- D'autre part, les hauts salaires versés à ces
techniciens en faisaient une catégorie privilégiée, d’où un écart social
parfois difficilement supporté.
2 -
Perturbation
du marché intérieur
La consommation de la minorité
européenne était estimée à 40% de la production locale et 60% des biens
importés. Le départ de cette minorité a libéré en principe 36% de la production
locale, en particulier dans le secteur des services et 54% des importations de
biens de consommation (industries alimentaires, textiles, produits métallique
et chimiques).
La production locale libérée nécessite une nouvelle
organisation de la commercialisation, mais celle-ci se heurte non seulement à
l'absence de circuits rodés, mais aussi à l'insuffisance du pouvoir d'achat
encore aggravée par le poids des charges fiscales. Jusqu’en 1954, en effet
53,7% des impôts étaient payés pour les Algériens et 46,3% par les
Européens. Aujourd'hui la charge est de
97,9% pour les Algériens dont les revenus, à quelques exceptions près, sont
faibles.
La fuite
des capitaux ayant précédé et accompagné le départ des Européens a amené une
baisse des impôts, (banques et CCP) de l'ordre de 110 milliards auxquels il
faut ajouter la masse des créances impayées qui représente environ 20
milliards. De ce fait les circuits
commerciaux se trouvent bloqués d'une part par les dettes laissées par les
Européens, et d'autre part, par les difficultés que rencontrent les entreprises
algériennes à payer les exportateurs étrangers.
La première conséquence directe de cette fuite de
capitaux est l'étranglement du crédit qui se répercute d'une part sur les prix;
ne pouvant acheter à crédit, entreprises et commerçants sont obligés de vendre
leurs marchandises le plus vite possible et aux prix les plus élevé, et d'autre
part, sur l’équipement et la production : le recours à l'autofinancement étant
limité, les investissements sont faibles et la demande intermédiaire
restreinte.
La deuxième conséquence sur l'économie de la fuite des
capitaux est l'auto alimentation de ce phénomène. En effet, la baisse
d’activité économique qui en est résultée a provoqué un climat de défiance qui
entretient le mouvement de fuite des capitaux.
Enfin la fuite des capitaux privés et sa répercussion sur
la baisse de la masse monétaire oblige le crédit public à prendre le relais du
crédit privé. Or les besoins de
l’économie en investissements indispensables sont importants et estimés
à ;
60 milliards pour l'agriculture ;
40 à 50 milliards pour
l'industrie ;
30 à 35 milliards pour le
commerce ;
20 à 25 milliards pour des
prêts divers.
Ces problèmes sont rendus d'autant plus difficiles à
résoudre que le crédit des établissements publics français a disparu avec
l'indépendance, d’où l'apparition de difficultés pour financer l’équipement et
pour assurer le maintien des échanges extérieurs.
A partir du moment où il
apparaissait clairement que la guerre ne pouvait déboucher que sur
l'indépendance les premiers signes de récession ont été enregistrés. Le mouvement s’accéléra à la fin de l’année
1961 et se poursuivit à un rythme de plus en plus rapide.
Le départ
massif des entrepreneurs français qui ont ainsi abandonné plus de 40% des
terres de la colonisation ainsi que la quasi totalité des petites entreprises
industrielles et artisanales de l'intérieur la disparition de centaines de
milliers de consommateurs à haut niveau de vie et la fuite des capitaux, ont
achevé de paralyser l’économie algérienne au lendemain de l'indépendance.
La première conséquence en fut une baisse générale des
investissements et une diminution des importations en biens d'équipement, d'où
Le rétrécissement de la demande de biens intermédiaires et la limitation de la
distribution de revenus.
La seconde a été un important chômage industriel et des
difficultés pour remettre en marche l'appareil de production vacant.
Au
lendemain de l’indépendance, le pouvoir révolutionnaire a donc hérité d'une
situation dont les traits essentiels étaient :
1- Un sous-développement caractérisé par :
- L'extrême faiblesse de l'industrie;
- La forte population active employée dans l'agriculture;
- Le sous-emploi et le chômage;
-
L'analphabétisme aggravé par les difficultés d'une scolarisation convenable,
difficultés créée par le manque d'enseignants ;
- L'absence de cadres techniques.
2- Une
économie étroitement dépendante de l'ancien colonisateur, désarticulée;
vulnérable et de surcroît désorganisée et paralysée par le départ des chefs
d'entreprises et des techniciens français, une économie aussi sur laquelle
pesait le poids des investissements réalisés dans le cadre de plans
colonialistes et néocolonialistes (cf. Plan de Constantine).
3 - Une aggravation des
problèmes sociaux par la suite :
- Du départ des médecins
français et du sabotage de certaines installations sanitaires :
- de l'augmentation du taux de chômage consécutif à
l'arrêt des entreprises abandonnées et a la récession.
- De l'accroissement du nombre des déshérités auxquels
sont venue s'ajouter les orphelins et le veuves de guerre ainsi que les anciens
moudjahidine invalides.
- De l'accélération de l'exode
rural.
Cette situation devait imposer :
- De réactiver les entreprises
adonnées et de surmonter les difficultés énormes de financement et
d'encadrement ;
- De former rapidement des cadres
algériens et de rechercher on attendant une assistance technique
étrangère ;
- D'éliminer progressivement les disparités régionales
pour ralentir sinon enrayer l'exode rural.
- De diversifier nos échanges
;
- De consacrer une partie importante des ressources
disponibles à améliorer le sort des déshérités ;
- De favoriser dans toute la
mesure du possible les investissements productifs.
Il faudra des
années d’efforts soutenus pour résoudre tous les problèmes nés de la
colonisation et de la guerre.
Les instruments de la réalisation
organisations de masses
1 -
A la veille de l’indépendance de peuple algérien, après
une langue guerre de libération se devait de choisir le système le plus adéquat
à ses caractéristiques pour organiser sa vie sociale, économique et politique.
Le problème du contenu de la lutte libératrice et de la continuité de l’esprit
du 1er novembre 1954 sur le plan économique et social, était au
grand jour.
2 -
Le programme de Tripoli qui sanctionne le choix du partie
unique répand à la volonté profonde des masses laborieuses, soucieuses de
préserver les acquis de guerre de libération et d’assurer la continuité de la
révolution.
En recouvrant l’indépendance, les combattants et peuple
avaient perçu le danger qu’il y avait à se dessaisir de la vigilance de
l’époque de la lutte armée, en laissant le terrain libre aux jeux nétastes du
multipartisme à travers les lesquels forces du capital et de la réaction, les
ennemis du peuple finissent par mettre la main sur le pouvoir économique.
3 -
Le multipartisme n’est pas un critère de la démocratie ni de la
liberté. Il correspond à une certaine étape du développement de la société
divisée en classes opposées et de l’hétérogénéité de chaque classe et constitue
une réponse que cette société invente pour faire à ses contradictions et sans
les résoudre, les atténuer et tenter de les intégrer.
4 -
Le multipartisme dans le cadre d’un régime capitaliste
n’est possible qu’à partir du moment ou les intérêts fondamentaux des classes
dirigeants sont assurés contre tout risque grave. C’est le secret de la
démocratie bourgeoise. Dans ces conditions le multipartisme permet à tous les
intérêts particuliers de s’organiser en différant groupes de pression visant à
faire échec à l’intérêt général, c’est-à-dire à l’intérêt des travailleurs.
Cette dispersion non seulement empêche l’effort collectif, mais encore crée un
terrain favorable à la prolifération de faux problème et aux manœuvres de ceux
qui voient dans la société nouvelle la fin de leurs privilèges.
5 -
Dans les pays engagés dans la voie du développement
socialiste, le multipartisme érigé en principe de démocratie politique peut
avoir pour signification de favoriser les difficultés objectives qui rendent
plus aisés que partout ailleurs les mystifications collectives, la démagogie,
l’entretien de mécontentements artificiellement gonflés et l’irresponsabilité
sociale. Les groupes de pression étrangère voient facilitées leurs possibilités
d’intervention et leurs manœuvres tendant à paralyser les mesures qui vont à
l’encontre de leurs intérêts d’exploiteurs.
L’option pour le parti unique ne suffit pas à engendrer
un pouvoir d’essence révolutionnaire immunisé contre toutes les déformation.
Si le multipartisme dans les conditions de l’exploitation
assure le maintien «démocratique » du pouvoir par le capital, le parti
unique, présente, lui, un danger d’un autre ordre et non moins grand : la
confiscation du pouvoir révolutionnaire au profit d’une caste.
6
–
Le choir du parti unique doit se faire dans
une clarté et uns précision qui éliminent toute équivoque quant a ses
objectifs, ses composantes sociales, et le principe do son fonctionnement.
Faute de quoi, les
risques sont grands de déboucher, tôt ou tard. Soit sur une dictature
petite-bourgeoise soit sur la constitution d'une couche bureaucratique faisant
de l’appareil, l’instrument de ses intérêts particuliers soit enfin sur un
régime de dictature personnalisée faisant du partie simple organe do police
politique.
7 –
Les problèmes de la composition sociale du parti unique
et de sa forme d’organisation ne peuvent être résolus sans qu'il soit tenu
compte des enseignements de l’histoire de notre peuple. L’union de toutes les tendances qui fut
l’instrument irremplaçable de la lutte armée doit être reconsidéré on fonction
des objectifs et des perspectives de la révolution socialiste. Une telle union
a fait son temps. Son maintien s'identifierait à la recherche de la confusion
et du compromis malsain. Les prob1émes nouveaux ont fait surgir des
contradictions internes irréconciliables.
8
-
Ce que nous enseigne l’histoire de notre peuple c'est aussi
l’importance de la démocratie. Toujours
dérogation aucune le parti doit faire confiance aux masses. Un passé encore
récent a montré qu’elle était un gardien bien plus constant et plus assuré des
intérêts du pays que les institutions qui se réclamaient d’elle. Le parti doit
être pensé de telle manière que, expression fidèles. Le peuple, il n'entre
jamais en contradiction avec lui.
9 -
Le caractère du
parti d’avant-garde n’est pas un état qui une toit obtenu, ne se perd plus. Il
exige un perpétuel effort sous peine de dégénérescence. L’aptitude à tirer, à
un moment donné de l’histoire une analyse juste concernant le combat du peuple
et à lui ouvrir les perspectives de son développement ne constituent pas un
brevet définitif de pureté révolutionnaire et d »efficacité politique.
Un parti d’avant grand doit sans cesse saisir la
signification de ce qui naît et se développe, pour en tirer les enseignements
politiques nécessaires. Il doit rester un organisme vivant et non se
transformer en un appareil sclérosé ou
ce qui meurt étouffe ce qui vit.
10 -
L’évolution du FLN depuis novembre 1954 est significative
à cet égard. A la veille de l’indépendance sa direction n’avait pas préparé la
situation nouvelle. De ce tait, elle est devenue un obstacle aux mutations
indispensables.
La reconversion au lendemain de l’indépendance se fit d’une
manière empirique et dans la confusion. Une fois de plus c’est l’intervention
directe des masses et des éléments révolutionnaires les plus avancés qui
contribuèrent à clarifier la situation et à donner une direction irréversible
en Algérie : la direction socialiste. L’apparition de cette revendication
socialiste sur la scène politique algérienne a donné naissance à un clivage prévisible. Les éléments
hostiles à cette transformation se détachant progressivement du parti sous
l’effet de la nouvelle orientation.
11 -
Il faut donc éviter de construire un appareil qui exprimant un
départ l’aspiration des masses se mette ensuite à vive d’une vie indépendante.
Le parti révolutionnaire sera ou la majorité dirigera effectivement au lieu de
se contenter de désigner les dirigeants et ou elle se prononce en connaissance de cause sur des problèmes
qui sont les siens et à sa mesure, au lieu de trancher dans les congrès des
questions dont elle est tenue éloignée le reste du temps.
12 -
Une des conditions fondamentales
de cette perspective démocratique est que l’organisation s’articule sur les
collectivités directement liées à la production et à l’activité économique
essentielle : l’usine, l’entreprise, le terme autogérée. Ainsi est évitée
la coupure entre économie et politique, entre problèmes quotidiens concrets et
problèmes généraux de la société ; ainsi est évitée la dépolitisation,
résultat de l’éloignement des centres de décision.
13 -
Le FLN
ne doit être ni un parti de masse, formule qui présente le danger de la
dilution de la responsabilité, de
l’action négative des représentants petits-bourgeois sur les autres couches de
la population, ni un parti d’élite composé d’intellectuels et de professionnels
politiques coupés du peuple et de la réalité. Il doit être un part d’avant
garde profondément lié aux masses, tirant toute sa force de cette liaison. Mû
par les impératifs de la révolution socialiste et l’intransigeance vis-à-vis de
ses ennemis.
14 -
Un tel parti crée une conception nouvelle démocratie. Il ne s’agit
plus du formalisme Bureautique. Il s’agit d’une démocratie ou la volonté
générale des travailleurs s ‘exprime dans toutes son ampleur parce que la
marche de la société est directement influencée par les décisions prises pour
résoudre les problèmes quotidiens. Cette synthèse d’une démocratie directe
partout ou elle est matériellement possible et d’une centralisation strictement
contrôlée par la base permettra un renouvellement infini de l’organisation une
adaptation aux situations nouvelles et une extrême souplesse.
15 -
Cependant si tous, ces impératifs commandent de veiller,
scrupuleusement à ce que les composantes sociales du parti soient
essentiellement à base de producteurs, d’ouvriers des villes et des compagnes,
la nécessité d’organiser, d’encadrer toutes les couches sociales constitue une
préoccupation de tous les militants.
16 -
Il ne saurait être possible pour
un parti d’avant-garde d’acquérir les capacités de mobiliser, guider et
orienter les masses en se comprimant dans le cloisonnement, en rejetant toutes
les autres couches sociales qui, sans jouer un rôle moteur dans la direction de
la révolution, ne sont pas moins un facteur non négligeable dans la recherche
de l’adhésion du peuple à sa politique.
17 -
Par conséquent il doit veiller au renforcement et au développement
des organisations de masses indispensables au succès de son action. Ces
organisations de masses indispensables au succès de son action. Ces
organisations ont toutes concentration des énergies visant à l’efficacité, et
de l’épanouissement du centralisme démocratique. Dans la société à démocratie formelle les syndicats les
organisations sont l’expression de groupes d’intérêts multiples et
contradictoires. Dans la société à vocation socialiste la diversité des
organismes répond simplement aux particularités propres à chaque catégorie de
la population et à la nécessité de multiplier les possibilités d’action du
parti dans son travail de mobilisation des masse.
18 -
Le syndicalisme est en régime
capitaliste, essentiellement revendicatif, il a, par delà la revendication
économique, une perspective politique.
Dans un régime ou le pouvoir
appartient aux ouvriers et aux paysans, la perspective ne peut être la même, et
la contestation peut prendre une signification contre révolutionnaire
dangereuse. Mais une telle situation ne peut résulter que d’une défaillance du
parti.
Le rôle des syndicats est un rôle
de participation directe à la vie économique. C’est dans le syndicat que surgit
le mieux l’initiative des travailleurs quant à l’organisation de leur
travail : fixation des normes, du rythme, études préparatoires au plan,
etc.…
Les organisations syndicales sont
ainsi appelées à impulser de la base au sommet les solutions que les
travailleurs envisagent tant sur le plan de la gestion de leur unité de
production que sur le plan de la gestion de leur unité de production que sur le
plan de la planification. Elles ont à veiller scrupuleusement à l’intéressement
matériel des producteurs à la production et à leur promotion sociale et
culturelle.
19 -
Les syndicats, s’ils n’ont pas un
objectif revendicatif de classe, ont cependant un rôle très important dans la
lutte contre les formes de bureaucratisation qui pourraient surgir. Croire
qu’une société nouvelle puisse échapper à toutes les conditions est utopique.
Seule la démocratie socialiste empêche ces contradictions de se transformer en antagonismes.
20 -
Dans la période de transition les syndicats ont des tâches essentielles par rapport au secteur
privé. En premier lieu, une tâche de vigilance à l’égard des attaques ouvertes
ou sournoises contre le secteur socialiste. En second lieu, une tâche de
défense des intérêts ouvriers dans ce secteur. En troisième lieu, une tâche de
vigilance à l’égard des attaques ouvertes ou sournoises contre le secteur
socialiste. En second lieu, une tâche de
porta-grande pour
l’élargissement du secteur socialiste.
21 –
La place qu’occupent les fellahs dans la vie de la nation
constitue une obligation pour le parti d’aider à la création rapide d’unions de
fellahs et de leur accorder tout son attention pour en terre un organisme
vivant en rapport avec les besoins de la révolution socialiste dans les
compagnes. Ainsi sera organisée la couche la plus déshéritée, base de la
victoire sur le colonialisme et instrument puissant de la défense du socialisme
et de l’accumulation en vue de l’industrialisation.
L’union des fellahs aidera à l’extension définitive de la
réforme agraire, à l’intégration des petits paysans dans des coopératives qui
leur permettant d’accéder aux méthodes de développement modernes.
22 -
L’existence de plusieurs mouvements de jeunes risque
d’aboutir à des orientations contraires et pas toujours conformes à la ligne du
parti. La jeunesse algérienne brassée pendant la guerre de libération doit
rompre aujourd’hui tout cloisonnement et être organisée dans un rassemblement
national sous une direction unique et sous l’impulsion du parti. Les
organisations de la FLN de l’UNEA et des SMA doivent constituer un seul
mouvement respectant l’apparat de chacune d’elles.
23 –
Les militantes du parti doivent s’atteler à organiser les
femmes et animer l’UNFA dont le rôle est de faire rayonner et triompher la
politique du parti qui tend à la libération effective de la femme en
l’associant à toutes les tâches de construction du pays.
24 -
Les anciens détenus et internés politiques et les anciens
moudjahidine qui ont consenti le plus de sacrifices pour la guerre de
libération, risquent de ne pas jouer pleinement dans le cadre d’organisation
particulière, le rôle qui doit être le leur. C’est ou sein du parti que leurs
adhérents pourront le mieux mener une activité constructive conforme à leurs
droits et à l’intérêt général du pays.
25 -
Le peuple algérien a besoin de forger l’instrument de la
construction et de la défense du socialisme.
Il revendique une organisation
cohérente armée sur le plan idéologique qui puisse assumer une telle tâche.
Pour cela, fidèle à cette vocation démocratique qui a aminé chacune de ses
initiatives, il souhaite un parti qui soit perpétuellement attentif à ses
besoins et à ses aspirations. Un tel parti ne peut être composé qu’avec les
éléments issus directement des secteurs les plus avances de la révolution, et
qui restent liés à ce peuple dont ils sont chargés d’exprimer les aspirations
et les perspectives.
Les militants d’avant-garde
seront les serviteurs des intérêts du peuple. Ils savent qu’être militant n’est
ni un privilège social ni une promotion économique ni un statut de prestige
mais une responsabilité, une fonction toujours soumise au contrôle des masses.
1 –
Le parti a dégagé les grandes lignes de principes qui
sont à la base des institutions étatiques dans la constitution doivent être
considérée comme des références à un texte fondamental du parti.
Les références à cette
constitution doivent être considérées comme des références à un texte
fondamental du parti.
La conception de l’Etat algérien
a été dégagée dans la constitution. L’Etat, instrument de gestion du pays est
animé et contrôlé par le parti qui doit assurer son fonctionnement harmonieux
et efficace. L’option socialiste comporte la nécessité de construire un Etat de
type nouveau, expression des intérêts des paysans et des ouvriers.
2 –
L’état n’est pas la simple
soumission de la minorité à la majorité. C’est un corps qui impose au nom des
intérêts des masses laborieuses sa loi aux privilégiés. Aussi longtemps que
subsisteront des noyaux capitalistes et le désir de l’enrichissement privé un
contrôle organisé doit s’exercer sur les citoyens pour ce que ceux-ci ne
dilapident pas le patrimoine national. Au cours de la période qui s’ouvre,
l’Etat constitue un puissant facteur d’unité et un moyen de lutte efficace
contre les tentatives de porter atteinte, sous une forme ou sous une autre, à
l’intégrité du territoire national.
3
–
Actuellement, la réalisation des objectifs de la
révolution socialiste passe nécessairement par la prise en main réelle, la
transformation profonde et le contrôle effectif de l’appareil de l’Etat tant
dans ses structures, que dans ses hommes, par le parti.
4 -
La tâche d’animation et de contrôle de l’Etat par le
parti a été rendu difficile par le manque de définition des rapports parti-Etat
et l’Etat embryonnaire de la direction et des structures du part. Cette
situation a fait que celui-ci a vu son pouvoir politique passer à l’état,
pouvoir qui a une tendance à se diluer dans l’administration. Une difficulté
supplémentaire et nécessairement déterminante provient du fait qu’il est
impossible pour un parti d’animer et de contrôler un Etat dont les structures
et les composantes sociales et humaines ne correspondant pas pleinement à sa
politique.
5 -
Le pouvoir de l’Etat est côté le reflet de la volonté
populaire exprimé par des élections.
Mais d’un autre côté, ce pouvoir d’Etat s ‘exprime à travers des organes
de gestion bureaucratique sur lesquels s’exercent des contraintes diverses.
C’est dans ce secteur bureaucratique qu’essayeront de se réfugier les intérêts,
habitudes et routines menacés par la révolution.
6 -
Le fonctionnement de l’appareil étatiques, ses tâches
gigantesques de destruction des structure capitalistes et colonialistes et
construction d’une société socialiste exigent la recherche, le développement et
l’encouragement de la technicité par la révolution.
Nous devons nous battre pour
doter la révolution du maximum de techniciens et revaloriser l’apport technique
dans la réalisation des objectifs socialistes. Mais une appréciation saine et
objective de technique ne doit pas entraîner la sous-estimation du politique qui
doit animer, modeler et contrôler la technique.
Les postes-clés de toutes les
branches de l’appareil étatique doivent être dévolus à des militants dont la
formation politique, une haute et vigilante conscience des intérêts de la
révolution constituent des garanties indispensables pour le parti et les masses
laborieuses. Il est impératif que les nominations des cadres de toutes les
branches de l’Etat soient soumises à l’appréciation du parti.
7 -
La révision du statut de la fonction publique doit être accélérée
afin que soient inscrits dans les textes et dans les faits les critères
nouveaux de la révolution et que l’appareil de l’Etat soit aéré par des
conceptions et des hommes exprimant l’Algérie socialiste. Agent de l’Etat, le
fonctionnement doit devenir le serviteur des masses laborieuses. La réforme des
textes doit accompagner d’une réduction politique qui doit faire de l’agent de
l’Etat un lien avec les masses et non pas un pouvoir au-dessus d’elles.
8 -
Le parti trace les grandes lignes de la politique de la
nation et inspire l’action de l’Etat. La réalisation du programme du parti est
garantie dans le cadre de l’Etat par la participation de ses militants aux
institutions étatiques et notamment aux postes d’autorité.
Mais pour ne pas être absorbé par l’Etat le parti doit s’en distinguer physiquement.
A cet égard, la majorité des cadres du
parti au niveau des différentes direction devront être en dehors des organismes
de l’Etat et se consacrer exclusivement aux activités du parti. Ainsi sera
évité le danger d’un étouffement du parti et de sa transformation en auxiliaire
de l’administration et en instrument de coercition.
Ces principes doivent être inscrits dans les faits à
propos de l’Exécutif de l’Etat c’est-à-dire le gouvernement, dont le chef doit
être également à la tête du part.
9 -
Le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire de
ses représentants à l’assemblée nationale qui vote les lis contrôle l’action
gouvernementale.
Le rôle prépondérant du parti au sein de l’assemblée
nationale va du choix des conditions à la députations au contrôle de leur
activité avec possibilité de leur déchéance.
10 –
L’option socialiste le fonctionnement harmonieux de
l’autogestion la nécessité de donner aux collectivités locales des pouvoirs
réels impliquent une refonte administrative radicale dont le but doit être de
faire de la commune la base de l’organisation politique économique et sociale
du pays.
Outre ses fonctions
administratives, sociales et culturelles la commune doit disposer des pouvoirs
lui permettant de procurer les conditions de développement et d’amélioration de
la situation culturelle au sein de la commune d’orienté le développement
économique d’orienter une part du revenu réaliser dans la commune vers la
satisfaction des besoins économiques et sociaux d’adopter les intérêts généraux
de la société et de stimuler enfin le progrès des organisations économiques et
celui de la productivité du travail.
Pour
augmenter son efficacité l’organisation doit prévoir au sein de la représentant
des citoyens une représentation particulière de l’ensemble des producteurs
(autogestionnaires, ces opérateurs etc…)
Le conseil communal doit exprimer
sous l’impulsion du parti et le contrôle de l’Etat les problèmes et les tâches
de construction sur le territoire de la commune dans le cadre de l’option
socialiste.
11 –
La justice doit comme les autres
structures étatiques héritées du colonialisme, subir une profonde refonte dans
ses textes, ses structures et ses composantes sociales et humaines ainsi que
dans ses sources qui doivent être puisées dans notre patrimoine et être
conformes aux exigences de la révolution socialistes.
Elle doit se débarrasser des
procédures lourdes et instances trop nombreuses de l’appareil judiciaire actuel
conçu à l’origine comme instrument au service des privilégiés.
La justice doit être un
instrument de défense des intérêts de
la Révolution et non un instrument au service des privilégiés. Dans son
fonctionnement, elle doit être un outil déduction des masses et non de coercition.
Si l’application de la loi demeure nécessairement du ressort d’argents de
l’état ayant une formation juridique adéquate nous devons recourir au système
des tribunaux populaires, élus, à l’échelle communale.
L’électorat des jurées, voire même des juges d’instances
doivent être institués.
Une refonte de l’organisation
judiciaire et de la procédure doit permettre la liquidation d’une justice lente
et onéreuse.
La loi doit faire place aux juridictions spéciales pour
la défense de la révolution.
La défense, sa garantie et ses
charges doivent être instituées conformément à la justice sociale.
La justice socialiste doit
constituer une garantie supplémentaire pour l’application de la constitution
qui condamne la torture et tout atteinte physique ou morale à l’intégrité de
l’être humaine.
12 -
La sécurité de l’état exige des instruments spécialisés. Les
services doivent être centralisés à l’échelle gouvernementale. Ils doivent agir
dans le cadre de la constitution et de la loi et sous le contrôle du secrétaire
général du parti du secrétaire général du parti.
13 -
L’armée de libération a constitué
un important facteur de la victoire du peuple algérien sur le colonialisme
français.
Composée de militants, l’ALN
s’est manifestée non seulement comme un instrument de combat mais aussi comme
un défenseur des transformations révolutionnaires engendrées par la lutte
armée.
Née de L’ANP est une des
composantes de l’Etat qui ne constitue pas un legs du colonialisme comme les autres instruments étatiques
existants. Ses problèmes et ses difficultés proviennent de son histoire durant
la guerre de libération et de la nécessité de sa reconversion au lendemain de
l’indépendance. Cette reconversion a pour objectif la constitution d’un
instrument adopté à des tâches étatiques, politiques, économiques et sociales,
animé par des mœurs révolutionnaires forgées dans la guerre.
L’ANP est un des instruments de
la défense de la révolution.
Cette dernière ainsi que ses
conquêtes, ne peuvent être défendues si l’on ne dispose pas d’une force capable
de la défendre. L’ANP instrument au service du peuple et aux ordres du
gouvernement est avant toute une école du citoyen et des militants. Le parti
est chargé de l’éducation politique de l’armée.
La
recherche des méthodes de combat, des structures et des technicités nécessaires
à une armée moderne ne doivent en aucun cas se faire indépendamment des
expériences de la guerre de libération comme elle ne doit pas provoquer une
sous-estimation de l’encadrement politique-militaire.
L’ANP
doit contribuer à la production, à la mise en place et de l’entretien des
grandes infrastructures.
Sa vocation sociale doit se
manifester notamment dans les tâches de formation professionnelle et
d’assistance aux populations des régions déshéritées et sous-équipées.
L’ANP doit aider à la formation
militaire des militants et citoyens groupés dans des milices populaires (voir
statuts des milices populaires) pour la défense de la révolution.
La définition de la politique militaire, des impératifs d’implantation et des grands mouvements sont du ressort du gouvernement dans le cadre des directives du parti.
Les statuts
du Parti
Chapitre I
Art. 1 : Le
parti FLN est l’organisation d’avant-garde du peuple algérien sa devise
est : « La révolution par le peuple et pour le peuple ». Issu du
peuple, il est la force qui le dirige et l’oriente. Son but est l’édification
d’une société d’où sera bannie toute forme d’exploitation de l’homme par
l’homme, d’une société socialiste.
Art. 2 : Le parti du FLN titre sa force des masses paysannes et ouvrières, des intellectuels révolutionnaires et il est le guide du peuple dans le combat pour l’indépendance totale, le socialisme, la démocratie et la paix liée à l’exigence de la libération des peuples.
-
Militants
Art.
3 : Peut être militant du FLN tout
Algérien ou Algérienne qui, en vertu des présents statuts, adhère à l’une des
cellules de base du FLN.
Art.
4 : Pour être admis dans le parti
du FLN, il faut :
a)
Etre de nationalité
algérienne et avoir 18 ans révolus.
b)
Avoir participé sans
défaillance à la guerre de libération nationale dans le cadre de l’organisation
FLN ALN.
c)
S’engager à militer
activement et à acquitter régulièrement ses cotisations.
d)
Se conformer à l’orientation
socialiste du parti.
e)
justifier d’une bonne
moralité
Art. 5 :
L’admission a lieur dans les cellules du parti. Elle est soumise à la
ratification du comité de Kasma.
Art.6 : La qualité de militant du FLN est incompatible avec
l’appartenance à une autre organisation politique.
Art. 7 : Tout
militant du FLN a le devoir :
a)
De respecter
scrupuleusement l’art. 4 des présents statuts.
b)
De connaître le programme et l’orientation de FLN.
c)
D’appliquer les décisions du FLN et de se soumettre à la
discipline du part.
d)
De lutter pour le triomphe des objectifs de la révolution
socialiste.
e)
D’approfondir sa connaissance des principes du socialisme et de
son application en Algérie, d’utiliser toutes les possibilités qui s’offrent à
lui pou élever constamment son niveau
politique, idéologique et culturel.
f)
D’assurer les responsabilités qui lui sont confiées et de militer
activement au moins dans une organisation nationale existant dans le pays.
g)
De servir d’exemple par son
patriotisme, son travail, son dévouement et de taire preuve de vigilance.
h)
De pratiquer la critique et
l’autocritique comme méthode d’amélioration constante du travail du part.
i)
D’œuvrer et de veiller
constamment à la cohésion et à l’unité du parti et par là-même à l’unité de toutes
les forces révolutionnaires de la nation.
j)
De combattre le
régionalisme, le sectarisme et le travail fractionnel sous toutes ses formes.
Art. 8 : Tout militant qui a aura pas répondue à ses
obligations statutaires peut faire l’objet de sanctions allant jusqu’à
l’exclusion du parti par l’organisme auquel il appartient. Toutefois,
l’exclusion n’est effective qu’après la décision du conseil de discipline et la
ratification de l’échelon immédiatement supérieur à l’organisme auquel il
appartient.
· Droits du
militant
Art. 9 : Tout militant du FLN a le droit :
a)
D’être élu militant organisme de direction du parti, auxquels il
appartient ;
b)
D’élire les organismes de direction du parti, auxquels il
appartient ;
c)
De critiquer librement, dans le cadre des instances régulières du
parti les erreurs ou insuffisances de tout organisme ou membre du parti quelles
que soient ses responsabilités et ses fonctions.
d)
De contribuer, au sein de l’organisme auquel il appartient à
l’élaboration de la politique du parti et de participer aux discussions et au
voie.
e)
D’adresser tout rapport ou document par voie hiérarchique aux
organismes supérieurs.
f)
De participer à la discussion chaque fois qu’une décision
concernant ses activités doit être prise et d’assurer sa défense personnellement
ou par l’intermédiaire d’autres militants devant les organismes chargés de
juger ses activités ou son comportement.
Art.10 : Tous les militants sont égaux au sein du FLN. Le
responsable quelle que soit sa place dans la hiérarchie, est soumis aux même
devoirs et jouit de même droits que les militants de base.
-
Adhérents
Art. 11 : Est adhérant du FLN tout algérien ou algérienne qui, en
vertu des statuts du FLN s’engage à combattre pour le triomphe des objectifs de
la révolution socialiste et qui est parrainé par deux membres du parti.
Les adhérents sont organisés dans
les cellules d’adhérents doit être un
militant éprouvé.
Les adhérents jugés optent sont
versés sur proposition du responsable de cellule et ratification de l’autorité
immédiatement supérieure dans les cellules de militants.
Les adhérentes ne sont ni électeurs ni éligibles au sein du parti. Ils sont soumis aux même obligation que les militants.
Art. 12 : Le parti du FLN est régi les règles du centralisme
démocratique, principe de fonctionnement qui allie la démocratie réelle pour
chacun de ses membres à la nécessité d’une direction centralisée et à la
discipline. Ses principes sont :
a)
Election des organismes de
direction à tous les échelons du parti par les assemblées générales, les
conseils et le congrès.
b)
La responsabilité des
directions élus démocratiquement devant leurs mandants avec présentations de
comptes rendus régulières.
c)
La discussion libre à tous
les échelons des problèmes posés. Cette discussion se déroule sur la base des
principes librement acceptés lors de leur adhésion. Après la discussion, la
minorité se soumet à la décision de la majorité et doit l’appliquer même si
elle n’est pas encore convaincue.
d)
Les décisions ou
résolutions prises par les organismes supérieurs du parti doivent être
exécutées et appliquées par tous les organismes intérieurs qui le composent
ainsi que par tous les membres, même au cas, ou une partie des membres ou des organismes
ne les approuvent pas.
e)
Le respect de la hiérarchie
est obligatoire.
f)
La critique et
l’autocritique sans considération de personne dans tous les organismes du parti
sont de règle. Elles constituent une méthode d’amélioration du militant, donc
du renforcement du parti. Plus généralement : la reconnaissance des
erreurs et défauts est le signe non de la faiblesse mais de la force et de la
stabilité du parti.
Paragraphe – II –
Structures territoriales
Art. 13 : La
base territoriale naturelle du parti du FLN est le territoire national
algérien.
Sa structure organique
comprend :
§
La cellule organisée sur
une base territoriale et d’entreprises, la cellule d’entreprise ayant un rôle
d’animation et de vigilance.
§
L’adhésion au parti se fait
à partir de la cellule de quartier ou de village.
§
La fédération
§
La Kasma.
Paragraphe – III -
Structures organiques
Art. 14 : Dans le cadre de la ligne du parti, les
organismes du parti ont toute initiative dans les questions locales.
Art.15 : La structure du parti est la suivante :
a)
Pour chaque quartier ou
village l’assemblée de cellule le comité de cellule.
b)
Pour la commune le conseil
fédéral, le comité fédéral.
c)
Pour la région le conseil
fédéral, le comité fédéral.
-
La cellule
Art.16 :
a)
La cellule est l’organisme
de base et le centre d’activité principal. Les nouvelles cellules se
constituent en accord avec le comité de Kasma. Elles sont soumises à la
ratification du comité fédéral.
b)
La cellule doit recruter ses membres essentiellement parmi les
travailleurs de villes et des compagnes. Elle se compose de 20 à 50 membres. Le
rôle de la cellule exige de ses membres des qualités indispensables, qui font
de chacun un bâtisseur de l’édifice socialité. Elle est le lien avec les
masses.
c)
La cellule élit
démocratiquement le comité de cellule. Le comité de cellule dirige le travail
de la cellule, le parti entre ses membres et élit son responsable. Le comité de
cellule est responsable devant la cellule. Il est révocable par la cellule
réunie en assemblée générale, convoquée spécialement à cet effet en présence
d’un membre de l’échelon supérieur.
Art. 17 : Les
devoirs de la cellule sont :
-
L’accomplissement, la
propagation des décisions du parti au sein de la population par une explication
systématique, la diffusion de la presse et les publications du part.
-
La formation et la culture
des membres du parti et des travailleurs de l’entreprise.
-
La mobilisation des masses
dans l’accomplissement des tâches d’édification du pays.
-
L’étude et la défense des
objectifs de la révolution socialiste.
·
La Kasma
Art. 18 : La plus haute instance du parti à l’échelle de la Kasma
est le conseil de Kasma.
Le conseil de Kasma est
constitué par les responsables de
cellules. Il discute de tous les problèmes posés par le parti. Il entend et
ratifie les rapports du comité de Kasma. Il choisit dans son sein le comité de
Kasma.
Art. 19 : Le comité de Kasma exécute les directives des instances
supérieures et les décisions du conseil de Kasma. Il élit le responsable de
Kasma. Il dirige tout le travail du parti sur son territoire. Il réunit le
conseil de Kasma en principe tous les mots.
Art. 20 : En matière d’organisation le comité central et le bureau
politique tiendront compte des particularités de certaines régions.
· La fédération
Art. 21 : La plus haute instance à l’échelle de la région
est le conseil fédéral. Il est composé des responsables de Kasma. Le conseil
fédéral se réunit obligatoirement avant et après chaque session du comité
central. Des conseil fédéraux extraordinaires peuvent être convoqués par le comité
fédéral à la demande de la moitié des Kasmas de la fédération.
Le conseil fédéral élit le comité
fédéral, en présence d’un membre des instances supérieures.
Art.22 : Dans l’intervalle de deux conseils fédéraux, le comité
fédéral est l’organe supérieur du parti à l’échelle d’une ou plusieurs régions.
Il élit, parmi ses membres, le responsable fédéral chargé de la
coordination.
Art. 23 : Le comité fédéral exécute les directives du bureau
politique et les décisions du conseil fédéral. Il dirige le travail du parti
dans la région. Il est responsable devant le conseil fédéral et le bureau
politique.
Paragraphe - IV –
Rôle du Parti au sein de l’ANP
Art. 24 : Le travail politique du parti au sein des unités
de l’ANP se fait par le département politique
de l’armée, directement contrôlé par le bureau politique.
La politisation de l’armée doit
tenir compte de ses conditions spécifique notamment en ce qui concerne la
discipline et l’unicité du commandement.
Art. 25 : le congrès national est l’instance suprême du FLN. Le
congrès national se réunit en session ordinaire tous les 2 ans, en session
extraordinaire à la demande des 3-5 des membres du comité central ou de la
majorité des conseils fédéraux.
La convocation du congrès, son
ordre du jour et le rapport moral seront communiqués à l’organisation au moins
deux mois à l’avance.
Art. 26 : Le monde de représentation est fixé par le comité
central, les déléguées de la base sont élues.
Art. 27 : Le congrès national est souverain.
a)
Il entend et sanctionne les
rapports du comité central ;
b)
Il définit la doctrine, la
politique du parti sur toutes les questions se rapportant à l’édification du
pays.
c)
Il adopte et modifie les
statuts
d)
Il élit le secrétaire
général du parti.
e)
Il élit le comité central
dont il fixe le nombre.
Art. 28 : Toutes les décisions du congrès sont prises à la
majorité absolue, au scrutin public pour les élections et à main levée pour
toutes autres questions.
Art. 29 : Le comité central est l’organe suprême du parti
de FLN dans l’intervalle de deux congrès :
§
Il décide la création des
divers organismes du parti ;
§
Il est responsable de
l’exécution des décisions du congrès ;
§
Il contrôle la gestion des
finances du part.
Art. 30 : Le comité central est composé de 80 membres
titulaires et de 23 membres suppléants élus par le congrès national à la
majorité simple.
Art. 31 : Le comité central se réunit en session ordinaire tous
les quatre mois, en session extraordinaire soit à la demande des 3/5 de ses
membres soit à la demande du bureau politique.
Art. 32 : Il vote son règlement intérieur.
Art.
33 : Il désigne, sur proposition du
bureau politique, des militants appelés à remplir des fonctions, des
responsabilités gouvernementales, parlementaires et aux poste-clefs de l’état.
Art. 34 : Les membres suppléants participent aux travaux du comité
central mais ne prennent pas part au voie.
C - Le bureau politique
Art. 35 : Le bureau politique :
a)
Exécute et applique les
décisions prises par le comité central devant lequel il est responsable.
b)
Dirige le parti du FLN dans
les intervalles des sessions du comité central.
Art. 36 : Le secrétaire général est élu par le congrès. Il propose
au comité central les membres du bureau politique. Il dirige, coordonne et
contrôle l’activité du bureau politique.
Art. 37 : Les ressources financières du parti proviennent des
cotisations et d’autres versements
Art. 38 : Le respect de la discipline prévue dans le règlement
intérieur du parti est une obligation pour tous ses membres. Les décisions en
son sein.
Art.
39 : Tout acte d’indiscipline
entraîne des sanctions conformément au règlement intérieur.
Art. 40 : Le congrès est seul habilité pour réviser ou modifier
les présents statuts.
Du Secrétaire Général du parti
Chers
frères chères sœurs,
Le
congrès tant attendu est enfin réuni. Depuis l’annonce de sa tenue, les
militants, comme l’ensemble de notre peuple, ont retrouvé enthousiasme et
espoir.
S’il
sentaient la nécessité d’un congrès. Ils sentait également que le choix du
moment signifiait la possibilité, la certitude de surmonter les contradictions
du passé.
Jusqu’à
ce jour nous avons vécu surtout sur la
lancée révolutionnaire de nos masses, sur leur spontanéité. Nos structures
étaient dictées par des préoccupations de circonstance et non élaborées d’une
manière rationnelle. En ce sens, le présent congrès constitue un point de
départ.
L’heure de la confrontation tant souhaitée est donc arrivée. Ce
congrès est premier débat large auquel participent un aussi grand nombre de
responsables et de militants. Bien mieux, par le moyen des réunions publiques
organisées à travers le territoire national, c’est l’ensemble du peuple qui y
été associé. C’est là un fait unique dans l’histoire de la vie politique
algérienne et rare dans l’histoire du mouvement révolutionnaire universel.
Le débats précédents sont restés tributaires des
conditions particulières dans lesquelles se déroulait la lutte. La guerre et la clandestinité faisaient que
seul un groupe restreint de cadres pouvait y participer. il on a été ainsi du
Congrès de la Soummam on 1956. comme du dernier Conseil National de la
Révolution qui s'est tenu é Tripoli au cour de l'été 1962. Si je cite de
Congrès de Soummam et to CNRA de
Tripoli, c'est dessein Tout au long de la guerre de libération, ce sont les
deux moments ou on a essayé le plus de codifier la Révolution, de lui tracer un
cadre d’évolution.
Ce Congrès est un Congrès constitutif dont
I'objet principal est de moraliser une situation. Se serait manquez de bon sens, de réalisme que d’en attendre la
solution de tous les problèmes du pays. C'est I'effort qui suivra ce Congrès
qui décidera de tout. Aujourd’hui il s'agit de réamorcer le processus de
relance de la révolution de jeter les jalons d'une marche constante, organisée,
pensée vers le socialisme.
Le
fractionnement et le cloisonnement qui ont existé dans le passé entre les
différents secteurs de la révolution, l'absence d’un cadre organique homogène
faisant participer les militants à la direction des affaires politiques ne
permettaient pas que dans sa composition ce congrès traduise les aspirations
des militants à une démocratie total et intégrale. Les assises actuelles
constituent cependant un préalable à l’existence et à l’épanouissement d’une vie démocratique au sein d’un parti
porteur de l’idéal socialiste.
Il
y a un
an à peine ce Congrès ne pouvait se tenir il tallait d'abord résorber les
contradictions accumulées prendre des mesures révolutionnaires pour permettre
aux militants authentiques par delà malentendus passagers, de se
retrouver. Dans une atmosphère infestée
par les faux problèmes on ne peut se retrouver pour, construire. Accepter une confrontation dans la confusion
c’était accepter de sacrifier les intérêts du peuple, prendre le risque de voir
proliférer sous le couvert do slogans attrayants, des tendances contradictoires
inspirées par des intérêts de groupes nationaux ou d'agents de I'étranger.
Ainsi que par des ambitions personnelles.
Aujourd'hui il on va autrement. Dans I'action révolutionnaire, les militants
authentique se sont retrouvée comme I'attestent la composition de la commission
de préparation du congrès et le résultat de ses travaux. Aux bout de quatre
mois, des militants ayant vécu des situations et des expériences différentes
ont commencé à parler un langage commun.
C'est un fait qui est important. Car dans La lutte contre les ennemis du
socialisme, contre ceux qui veulent prendre la place des rentiers, je veux
parler des gens qui font La contrebande des idées, les militants se sont une fois
de plus reconnus contre I'attente, le vœu et les manœuvres des ennemis de la
révolution.
La conviction
socialiste qui reste leur dénominateur commun et l'intérêt des masses de notre
pays se sont affirmés avec vigueur. A
ceux qui ont su se hisser an niveau des exigences nationales, refuser
d'emprunter les chemins faciles de l'individualisme, il nous faut rendre un
fervent hommage car ils ont tenu par-dessus tout demeurer des révolutionnaires au service du peuple.
Ils ont
pu élaborer un programme dont nous pouvons légitimement être fiers et qui est
déjà considéré on Afrique et dans Le monde comme une contribution positive au
développement de la pensée socialiste.
Notre Congrès doit, pour rester fidèle à I'esprit constructif qui
anime notre peuple, être serein. Il ne
peut être question d'ouvrir tous les dossiers de la révolution. Le subjectivisme, les réactions
sentimentales et les passions sont de mauvais conseillers. surtout quand il
s'agit de questions engageant Le présent et I'avenir do tout un peuple. Nous nous devons de comprendre qu'il taut
des perspectives dans La critique comme dans I'activité créatrice. Encore une fois. je le répète. il s'agit
avant tout de moraliser une situation de créer par I'enrichissement du Programme de Tripoli La mise on place de
structures démocratiques et l'élection des responsables à tous le niveaux, les
conditions do surmonter les antagonismes du passé.
Le sens de notre action
Le Congrès a
lieu dans un contexte politique particulier car il marque les succès et La
justesse d'une orientation politique qu'aucune ombre au tableau ne peut masquer
ou dissimuler. Mesurons. pour nous on
rendre compte. Le chemin parcouru depuis les accords d'Evian. Souvenons-nous que ces accords avaient
codifié les rapports de dépendance, lié les transformations fondamentales, des
structures du pays particulièrement les structures agraires, à l’accord du
colonisateur d'hier. Grâce à la
politique du gouvernement, à sa décision d'aller dans le sens des perspectives
générales tracées par le Programme de Tripoli, notre dégagement à l'égard de
l'impérialisme est aujourd’hui plus accentué.
L'appareil administratif du pays a été remis en marche. Tout cela ne
s'est pas accompli sans heurts, sans erreurs et sans tâtonnements, j'aurai
d'ailleurs I'occasion d'en reparler tout à I'heure on abordant les conditions
dans lesquelles se construisent notre société socialiste, I'Etat et Ie Parti.
je voudrais cependant souligner la continuité et l'esprit de suite qui ont
animé le pouvoir révolutionnaire depuis la prise on main du pays.
Il est temps de mettre un terme aux divagations do ceux qui assimilent
chaque pas ou avant de la révolution a de I'Improvisation. C'est là une critique non fondée, inspirés par
les organes de presse hostiles à notre peuple et à notre expérience et
véhiculée en Algérie par les éléments contre révolutionnaires ou
confusionniste. L'empirisme qui a caractérisé nos initiatives n'a jamais
impliqué l'absence de principes ou d'une ligne de conduite fermement
révolutionnaire. Les mesures qui ont
été prises ont été dictées d'une manière générale, par la situation réelle dans
laquelle se trouvait notre pays.
Cet empirisme orienté n'a pas entraîné l'abandon du socialisme mais au
contraire a tendu vers lui on rendant les étapes moins douloureuses et pourtant
rapides.
Qu'on on juge.
Le rappel succinct do nos principales
actions démontre que notre politique a obéi à des principes directeurs comme
elle s'est nourrie de I'expérience des autres pays.
Entre le décret du 23 octobre 1962 annulant
l'achat, la vente ou la location des biens vacants et le décret du 18 mars 1963
consacrant le retour au patrimoine national des terres abandonnées par les
colons, il y a une unité profonde.
Examinons d'abord ces deux initiatives
apparemment indépendantes l'une de l'autre.
La première
mesure empêchait le transfert des biens abandonnés, par les Français aux gros
propriétaires fonciers algériens, à la bourgeoisie nationale et aux profiteurs
de guerre. Elle empêchait cette couche
de privilégiés de s'enrichir davantage, d'élargir sa base économique et par
conséquent d'accroître sa puissance politique. Elle Permettait ainsi d’inverser
le rapport des forces en faveur des couches laborieuse, contrairement au
phénomène enregistré dans l’autre pays ou l’indépendance nationale a permis aux
plus riches de s’enrichire d’avantage, de corrompre des hommes politique ou des fonctionnaires et d’accaparer le pouvoir.
La seconde
mesure détruisait en parie l’un des piliers de l’impérialisme et du
néo-colonialisme. Elle ouvrait la voie a la consécration de l’initiative des
travailleurs occupant les fermes ou les usines de leurs anciens maîtres et
assurant la continuité du travail et la production.
L’autogestion se trouvait ainsi inscrit dans
les faits les décrets des 22 et 28 mars allaient lui donner une base légale et
juridique et assurer l’émergence d’un secteur socialiste dans une économie
jusqu'alors entièrement fondée sur l’appropriation privé des moyens de
production.
Toute notre politique a été dominée par le souci constant de créer les
conditions favorables à l’édification socialiste, sans provoquer un
effondrement de notre économie, générateur de troubles sociaux. Ainsi, dans le
domaine agraire, la compagne labours et la compagne-moisson qui ont mis en
valeur l’aide technique et financière de l’état aux petit paysans individuels,
les compagnes de reforestation sont des faits sans précédant dans l’histoire de
note pays. Les nationalisations des grands domaines puis la reprise en main des
dernières terres des colons en octobre 1963, sont autant d’initiatives se
complétant les unes les autres et tendant toutes à restructurer sur les bases
nouvelles l’agriculture algérienne et à faire de nos paysans, des producteurs
libérés des entraves de la nature et de l’exploitation des hommes. Dans les
autres secteurs de notre économie, les nationalisations ont été également
importantes. Citons pour mémoire les compagnies de transport, les tabacs et
allumettes, Acilor et les verreries d’Oran, les lièges et l’alfa et aujourd’hui
encore, les minoteries et fabriques de pâtes alimentaires.
Dans cette orientation, le peuple
algérien et particulièrement les masses laborieuses ont su tout de suite
discerner un souffle nouveau, une manière de résoudre progressivement leur
problèmes.
Le facteur humain a été ignoré ou
sous-estimé tant par les techniciens français restés en Algérie que par les
espères que nous avons consultés. Leurs pronostics prétendument scientifiques
étaient sombres. On nous affirmait qu’il était impossible de labourer un
million d’hectares, de conserver le conserver le vignoble, d’agrumes, enfin
d’éviter la famine. On est allé jusqu'à nous recommander, pour freiner la
dégradation inévitable de notre agriculture, de maintenir en place les colons
français et de retenir à tout prix les Borgeaud, de calan et autres Germain, en
las associant à l’état dans le cadre de sociétés mixtes agricoles, comparables
à celles du secteur industriel.
Contrairement à ces prévisions
pessimistes, nous avons labouré trois millions d'hectares au lieu d’un
million. Notre production loin d'avoir
baissé de 30 à 40 % comme les experts Ie président, a augmenté, grâce à une bonne pluviosité sans doute, mais aussi
au dynamisme et à la conscience des
masses laborieuses et des petits fellahs.
De même, Ie départ des colons n'a ni tué Ie vignoble ni empêché la
vinification de se faire convenablement.
Notre première année
d'indépendance a été une année, non de misère, mais de prospérité. Ce magnifique résultat a été rendu possible
par I'effort de tous, et soulignons-le, I'aide désintéressée apportée aux
travailleurs agricoles par les volontaires des villes : les mécaniciens
qui ont remis en état les installations, les comptables, etc....
La solidarité entre les hommes sur cette
terre encore fraîchement arrosée du sang des martyrs s'est manifestée d'une
manière éclatante. Elle exprime et la fois I'adhésion des masses populaires à
la politique du FLN et leur active participation et I'édification socialiste du
pays.
Le succès triomphal de la compagne pour le
Fonds national de solidarité qui a permis. de venir on aide aux sinistrés du
Sud et de mener une action sociale on faveur des déshérité des régions
économiquement retardataires, des cireurs, dos mendiants et de ceux qu'un leg,
encore lourd hélas, condamnait à être des hommes diminués, on fait foi. Notre
but est de faire disparaître les lézardes de nos murs. Nous, ne serons pas
totalement fibres tant qu'il y aura dans notre pays des hommes encore
agenouillés.
C'est pourquoi, notre effort sur le plan social a été
considérable. Nous sommes I'un des
rares pays à consacrer le onzième du budget à la santé publique. Notre action on faveur de I'enfance
déshéritée a permis d'obtenir des résultats que peu de pays ont atteint après
plusieurs années d'effort. Les enfants
de nos chouhada comme ces petits cireurs qui avant I'indépendance faisaient
partie du décor algérien pour la grande satisfaction des touristes ont trouvé
aujourd’hui dans des centres confortables des moyens d'existence et de
formation qui leur donnent toutes les chances d'être parmi les meilleurs
bâtisseurs de la société nouvelle.
Ce que nous voulons pour nous, nous le voulons également pour les
autres. Nous I'avons démontré par nos actes Notre appui indéfectible à Cuba,
quel qu'en fut le prix, notre aide financière et matérielle à l'Angola, au
Mozambique, à la Guinée dite « portugaise, et à I'Afrique du Sud que
notre soutien constant à tous les mouvements de libération, expriment notre
fidélité au principe intangible du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et
notre intransigeance à I'égard de I'impérialisme et du colonialisme.
La libération des pays encore dépendants en Afrique, est une condition
de la Liberté, de l’unité et de la promotion du continent africain. C'est ce que nous avons contribué à faire
valoir à Addis-Abeba. La nécessité de
I'unité africaine a été inscrite dans la charte de I'OUA à laquelle nous avons
su demeurer fidèles même lorsqu'il s'est agi du conflit qui nous a opposé au
Maroc.
C’est que notre option en faveur de I'unité
africaine est une option fondamentale.
Car nous sommes convaincus que notre indépendance et notre développement
sont étroitement liés l'indépendance et
au développement de tout le continent africain. De même que tous les pays
africains sont directement concernés par le succès, de notre révolution. Cette
communauté d'intérêts, source d'enrichissement mutuel, vient renforcer les
affinités déjà existantes.
Notre ligne politique qui tendait
avant tout l’élimination des ingérences étrangères et de I'impérialisme, nous a conduit également à jouer un rôle
positif à la réunion du sommet arabe ou nous avons aidé au rapprochement entre
pays frères engagés dans une même lutte contre la menace sioniste.
Cette lutte contre Israël nous avons contribué à la redéfinition
.non comme une lutte à caractère racial, mais comme un combat légitime des
Palestiniens contre les envahisseurs étrangers qui les ont chassés de leurs
foyers. La création d'Israël est une
entreprise de même nature que la tentative des racistes français de réaliser
Algérie une sorte d'Union Sud-africaine, ou une minorité d'Européens domine et
exploite tout un peuple. Comme on Union Sud-africaine le racisme est virulent
on Israël, non seulement à l'égard des Arabes musulmans ou chrétiens mais également
à l'égard des juifs non-européens.
L’état d’Israël que certains s’évertuent à présenter comme un pays progressiste. est
également un agent actif de pénétration impérialiste, surtout on Afrique. En faisant valoir I'idée que le combat
contre Israël était un combat do type colonial contre I'impérialisme et le
racisme, nous avons contribué a susciter des prises de conscience et une
évolution des esprits dans le monde et à gagner de nouveaux soutiens a la juste
cause de nos frères palestiniens.
On a été d'autant plus enclins à nous écouter que la révolution
algérienne exclut tout racisme. Ce n’est pas chez nous qu’on empêche les
Chrétiens et les juifs de pratiquer leur culte. Notre Constitution fixe comme
l'un des objectifs; fondamentaux à la lutte contre toute discrimination,
notamment celle fondée sur la race et la religion « Ainsi, notre
révolution engagée dans la voie du socialisme, demeure fidèle au hadith du
prophète
« Il n y a aucune supériorité d
l'Arabe sur le non-arabe, ni du Blanc sur le Noir, sinon par la piété ».
Alors qu'il on
va tout autrement dans certains pays qui prétendent nous donner des leçons.
Notre
proposition d'élargir le groupe afro-asiatique aux pays latino-américain est
une autre illustration de notre effort créateur. Cette dimension nouvelle permettra d'accroître les forces de
progrès et de paix dans le monde.
Ces forces conjuguées joueront un rôle décisif dans la politique
mondiale et notamment dans la recherche de la paix qui ne saurait demeurer la
seule affaire des grandes puissances.
Mais tout on étant sincèrement désireux d'apporter tout notre concours
à la consolidation de la paix mondiale et a I'instauration de la coexistence
pacifique, nous n'acceptons pas que des problèmes essentiels soient escamotés.
C'est pourquoi, on saluant I'accord de Moscou comme un premier pas
dans cette voie nous affirmons que loin d'être incompatible avec la lutte pour
la paix mondiale, le combat libérateur des peuples contre le colonialisme et le
fascisme, on est un élément essentiel.
Le péril atomique doit être écarté car il signifie la destruction de
I'humanité. Cependant il n'a pas supprimé la différenciation entre guerres
justes et injustes.
Notre action sur le plan diplomatique
s’inscrivait donc dans le cadre d'une politique dynamique, indépendante et
désintéressée Et cela nous a valu une plus grande audience.
Chers frères, chères
sœurs.
Dans le feu de I'action se sont forgées les conditions
d’une reconstruction doctrinale qui redonnera, nous on sommes sûrs, un visage
nouveau à notre pays. Grâce à cette action, les problèmes sont devenus plus
clairs, les choix plus simples.
Aujourd’hui, il est possible d'envisager le FLN comme un parti homogène
tirant sa force d'une base essentiellement paysanne et ouvrière, et de mettre
on place des structures appropriées à notre option socialiste. C’est là I'objet
du nouveau programme.
Pourquoi un nouveau programme ?.
Le programme de Tripoli qui était notre Charte a eu le mérite
essentiel de situer clairement et pour la première fois, les forces sociales
qui déterminaient le caractère de notre révolution. Il nous et permis aussi
d'approfondir sur le plan idéologique notre connaissance de la révolution et de
délimiter les forces d’inertie qui s'opposaient à notre marche on avant. II a
servi de cadre de référence à notre approche des problèmes nationaux et
internationaux. Mais depuis son
élaboration et sa mise on pratique, des données nouvelles sont apparues; des
pas réels on avant ont été enregistrés.
Ainsi I'autogestion, fruit de l'initiative Populaire, est devenue
une réalité vivante, un fait de la vie quotidienne.
L'appareil d’état est entre nos mains; nous I'avons expérimenté, nous
avons apprécié son apport et ses limites. il nous fait donc enrichir le
Programme de Tripoli et donner une formulation concrète a nos aspirations.
Le nouveau Programme fixe les buts de I'action consciente des
militants et ces masses laborieuses de notre pays. Il fixe en même temps les
voies et les moyens de leur réalisation : ceux qui chercheraient à y trouver une
réponse à tous les problèmes philosophiques n’ont pas une conception juste de
ce qu’est un programme. Ce n'est ni un
traité de philosophie, d’économie ou d’histoire, ni un code de recettes
pratiques pour la solution de tous les petits problèmes.
Un programme trace un cadre d'action. Ce qui est
essentiel, ce n'est pas chaque affirmation prise en soi mais la ligne générale
qu'il développe. Cette ligne doit être
claire pour tous. Elle se résume en ceci :
-
Une économie nouvelle,
-
Un Etat nouveau,
-
Un Parti nouveau.
Un programme n’est pas un dogme. une
chose figée donnée une fois pour toutes cuir la pratique peut permettre de
l'enrichir de le rectifier. Mais cet
enrichissement, ces rectifications doivent toujours aller dans le sens
d'un progrès, dans le sens de la consolidation des mesures prises on faveur des
masses laborieuses. Dans le Programme
de Tripoli, nous portions de la planification de l'Economie avec la
participation des travailleurs à sa gestion.
Nous ne pensions pas alors déboucher aussi rapidement sur l'autogestion
qui à été, dans d'autres pays, le fruit d'une lente évolution s’étalant sur de
nombreuses années.
C'est que l'initiative populaire et les
conditions particulières de notre accession à l'indépendance ont constitué des
facteurs d'accélération et précipité le choix d'un système qui répond en même
temps qu'à la réalité, à l'aspiration des masses laborieuses.
Le programme qui vous est présenté est
celui d'un parts au pouvoir. il ne contient pas seulement ce que le parti veut
réalisé mais ce qu'il a déjà réalisé en partie. C’est à travers son étude qu'on pourra connaître nos succès et
nos erreurs. ce qui est appelé dans notre pays à grandir et d s'affermir et ce
qui est appelé à disparaître à mourir. Ce qui mourra, c'est l'exploitation de
I'homme par l'homme et toutes les mentalités rétrogrades qu’elle charrie avec
elle : le vol, le pillage, la recherche des privilèges et du profit il
licite, il faut donc connaître les thèses et l'esprit qui les animent. La
condition essentielle d'une révolution est d'être faite non seulement par le
peuple mais également pour le peuple.
C'est une vérité de base en. Algérie. Quiconque s'en écartera connaîtra
nécessairement la désaffection populaire.
La participation la plus large et la plus profonde des masses
algériennes a assuré la marche de la révolution et l’empêché de s'enliser dans
les ornières de la compromission. Elle seule peut assurer son avenir. Notre devoir est de lui apporter I'unité et
la clarté que symbolise un parti révolutionnaire.
Le destin de notre peuple ne doit pas se
décider à travers des luttes et des discussions sur la meilleure façon de
diriger le peuple. Notre mot d'ordre central est le suivant : « Pas de
révolution par procuration. Tout par le peuple, tout pour le
peuple »
A ce sujet, j’aimerais faire une mise au
point sur le problème qui n'a que trop faussé nos débats et qui exprime beaucoup plus une
mentalité féodale et une tendance à se mettre au-dessus du peuple qu’autre
chose. II n'y a pas d'historiques. Les seuls historiques se sont Ceux-1à qui ont versé généreusement leur
sang pour la libération . Didouche, Ben M'Hidi, Ben Boulaid, Zabana.
Lotfi. El Haoues, Bouguerra,
Amirouche et tant d'autres noms glorieux.
Les seuls historiques sont ceux-1à qui aujourd'hui à la sueur de leur
front et dans I'anonymat, travaillent patiemment reconstruire le pays Pour
reprendre une expression que des hommes induits en erreur ont utilisée contre
moi, je dirai : « II n'y a qu ‘un seul héros, le peuple ».
Tant il est vrai que le plus grand des héros ne peut rien sans le peuple. Ce ne sont pas la pour nous des mots vides
de sens, Nous l'avons démontré concrètement en confiant aux paysans et aux
ouvriers la gestion des moyens de production, en permettant aux producteurs
lors du congrès du secteur autogéré
agricole et du congrès autogéré industriel de débattre eux-mêmes de leurs
problèmes et d'y apporter les solutions adéquates ...
Mais si la participation des masses est une condition
nécessaire à leur prise de conscience, celle-ci trouve dans la lutte sous toute
sa forme l’instrument privilégié de leur épanouissement. Ne pas montrer au peuple son ennemie en dénonçant leurs
manœuvres ne pas de mobiliser contre eux, c’est rendre plus difficile I'exercice
du rôle dirigeant des forces socialistes, la prise de conscience des masses
grâce à la butte idéologique contre les conceptions erronées est 1'élément sans
lequel les dirigeants les plus clairvoyants et les plus révolutionnaires ne
peuvent rien entreprendre de positif.
Si la lutte contre les idéologies réactionnaires n'est pas menée d’une
manière impitoyable, les masses les plus radicales restent impuissantes.
En Algérie, le caractère nécessairement populaire de
notre socialisme déroule de l’histoire même du mouvement national. L'échec des
compromis qui tendaient à stabiliser les rapports sociaux au profit des couches
privilégiées témoigne de la puissance et la vigilance de nos masses. Chaque
fois qu’une direction s'embourgeoisait et abandonnait la défense des intérêts
du peuple, elle croulait sous la pression des militants les plus avancés et les
plus liés au peuple, même quand ces militants représentaient une minorité.
La maturité politique de nos masses,
leur soif de justice et d'égalité, leur haine de l'oppression appellent une
démocratie authentiquement, populaire c'est-à-dire fondée en premier lieu sur
la suppression de I'exploitation de I'homme par l'homme.
Le FLN à ses débuts, a exprimé toutes les
caractéristiques du peuple algérien. II a été I'héritier et le continuateur des
pionniers de la lutte anti-impérialiste, d’Abd El Kader à l'étoile
Nord-Africaine et au Parti du Peuple Algérien dont les militants tels que Kahal
Arezki, Asselah, Cherafa Brahim, Laimeche, Belouizdad ont ouvert par leur
dévouement et leurs sacrifices la voie à l'insurrection du Premier Novembre
1954.
Notre révolution a été dès sa
naissance démocratique et populaire au sens le plus large du mot. En occupant les terres et les usines
vacantes, les paysans et les ouvriers de notre pays ont créé les bases
objectives d'un socialisme en Algérie dans la logique de l'esprit qui a animé
les premiers résistants. Une fois
encore, le peuple a esquissé lui-même la voie qui permettait de dépasser les faux
problèmes et les fausses querelles. En donnant une forme consciente à
l'initiative populaire par les décrets de mars, le pouvoir s'est identifié à la
révolution et s'est dressé résolument sur le chemin de ceux qui rêvaient de se
partager le gâteau.
Grâce à l’action des masses, nous avons
compris la nature des erreurs et des déviations des directions qui ont présidé
jusqu'alors aux destinées du peuple algérien.
Et c'est pour cette raison que nous avons analysé notre histoire en
fonction de notre option socialistes. Aujourd'hui il est nécessaire de
continuer dans la perspective ouverte par des masses laborieuses pour aboutir à
une société fondée sur les principes socialistes. c'est-à-dire impliquant
La répartition juste des richesses,
- La répartition égale de la culture,
- Le pouvoir aux producteurs.
Ces principes dont I'application est liée au
développement et aux progrès du pays ne sont pas à rejeter aux calendes
grecques, mais doivent exister- à l'état embryonnaire dans chacune des mesures
que nous serons amenés à prendre. Toute
mesure partielle doit nous mener de l'avant car nous ne devons pas oublier une
vérité élémentaire : le succès d'une mesure n'est pas indépendant des forces
sociales en présence. II n'est pas
indépendant du rapport de forces sur le terrain entre les partisans du socialisme
d'une part, les partisans ouverts ou déguisés du capitalisme d'autre part. La lutte pour le triomphe du socialisme sera
longue et difficile. Il n'y a que les bavards et les irresponsables pour croire
qu’on peut passer par un coup de baguette magique, d'une économie déficiente,
encore fortement marquée par les conséquences du régime colonialiste, d’une
économie socialiste. Tout pas nouveau en avant a pour point de départ les
conditions économiques, sociales et culturelles héritées du passé. Ignorer ces conditions, c'est verser dans
I'irresponsabilité politique et sociale et se condamner à une vaine
agitation. Quelles sont donc ces
conditions ? Le rapport additif au programme qui traite de la situation économique
et sociale au lendemain de l'indépendance est suffisamment éloquente à ce
sujet, je me limiterai donc à un certain nombre d'observations que j'aurai
d'ailleurs l'occasion de reprendre en examinant les problèmes de I'Etat et du
Parti.
Au moment de la formation du premier gouvernement de la
République Algérienne Démocratique et Populaire, le pays se dégageait à peine
du chaos. L'activité économique du pays
était encore paralysée : des usines fermées ou sabotées; le trafic maritime
arrêté ; les circuits de distribution coupés, etc. ..., Avec l'afflux des
ruraux et des regroupés vers les villes, le chômage s'aggravait. La chute
brutale de l'encadrement technique agissait d'une manière négative sur la
productivité comme sur le maintien du potentiel de production. L'exportation de capitaux battait son plein,
les entrepreneurs mettaient - à profit la situation politique encore confuse
pour désinvestir, ne pas renouveler leurs stocks et transférer la contre-partie
de leurs biens en France. Sur le plan
monétaire il y avait une véritable crise de
liquidité aggravée par le fait qu'il y a eu des cessations de paiement de
la part des Européens. Le volume de la monnaie circulant dons les
banques qui assuraient la plus grande partie des échanges entre entreprises,
était de 60 pour cent du chiffre
de décembre 1961. En plus de tout cela
l'Etat ne percevait plus ses droits et voyait ses ressources s'amenuiser. Par ailleurs, des cadres politiques se sont retirés
de l'activité militante pour se
consacrer à leurs propres affaires. Un état d'esprit caractérisé par la
recherche du gain et de la jouissance
matérielle se taisait jour. La marche de I'administration était freinée par des
règles complexes, le cloisonnement entre les administrations et les rivalités
entre les services. Tous ces phénomènes négatifs avaient pour toile de fond une
base économique faible, sous-développée dépendante de la France, un pouvoir
politique assaillit par les clans mais décidé à assurer le redémarrage des
activités de production dans l'industrie et dans l'agriculture à remettre en
marche l'administration, à créer les conditions politiques de le
non-intervention étrangère et à clarifier la situation intérieure pour relancer
la révolution.
Dans les taches que nous nous sommes
assignées, nous pouvons dire que nous avons réussi.
Nos difficultés et nos limites ont des bases
objectives. Nos erreurs sont celles
d’hommes qui avancent et qui rectifient en cours de route. Nous marchons au
rythme de nos paysans et de nos
ouvriers qui dons les moments tragiques de I'histoire de notre pays ont su
demeurer les gardiens vigilants de son patrimoine. Nous n'avons jamais prétendu être des faiseurs de miracles.
Ce rose ne nous sied guère, il revient de droit aux professionnels de
la mystification.
La contradiction entre les besoins et les possibilités
matérielles ne s'atténuera que lorsque notre économie atteindra un haut niveau
de développement, à l'heure actuelle, l'existence de forces hostiles au
socialisme est inévitable. Ces forces ne peuvent être supprimées d'une manière
autoritaire ou par des mesures administratives. Tant que, nous n'avons pas
extirpé définitivement les racines du capitalisme, l'ennemi intérieur gardera
une base d'appui. Nous devons donc nous appuyer fermement sur les paysans et
les ouvriers, consolider leur alliance, renforcer leurs positions sociales et
combattre sans merci le contre-révolution représentée par des groupes tels que
le FFS, le PRS et autres, ainsi que le libéralisme abstrait véhicu1é par les
couches moyennes et certains intellectuels.
C'est là le rôle de I'Etat et du Parti.
Avant d'aborder la question de l'Etat, de sa nature et de
l'importance de son rôle dans la destruction des structures capitalistes et
l'affermissement de structures socialistes, il nous faut faire un certain
nombre de constatations qui rendront nos appréciations ultérieures plus
objectives.
Nous n'avons pas de traditions étatiques. Cette situation est une conséquence de la
forme de domination qu'à connue notre pays. En Tunisie et au Maroc, le
colonialisme a, lors de sa pénétration, conservé I'Etat national. Il s'est
contenté seulement de doubler chaque département Tunisien ou marocain d'un
département français correspondant.
De ce fait, de nombreux cadres tunisiens et
marocains ont acquis une expérience du pouvoir. Il faut ajouter d'ailleurs que
le mouvement national, dans les deux pays frères, a trouvé un appui important
chez les fonctionnaires et les cadres supérieurs de I'Etat. Au lendemain de
I'indépendance de ces deux pays, le problème de la relève s'est posé en termes
relativement simples. Les militants étaient déjà, en partie, au volant de la
machine de I'Etat et l'élimination des éléments compromis avec le colonialisme
s'est faite sans grand tapage. II n'en a pas été de même en Algérie ou le
mouvement national a faiblement marqué le milieu des fonctionnaires algériens
Ceux-ci étaient d'ailleurs limités à quelques exceptions près dans des tâches
mineures.
Au cours de le guerre de libération. les
efforts déployés en matière de formation de cadres n'étaient pas orienté d'une
manière systématique en fonction de I'indépendance du pays.
Troisièmement.
L'assistance technique étrangère occupe une place importante dans la
vie de I'Etat, particulièrement au sein des catégories A et B des
fonctionnaires.
Certaines régions du pays sont totalement
sous-administrées.
Ce sont la des données de base pour
comprendre que le problème de l'épuration de l'administration qui doit être
considéré en termes strictement politiques ne peut être pensé d'une manière
simpliste. Pendant toute une période le problème essentiel est celui du
contrôle politique de l'administration et de sa refonte à la lumière de nos
options. C'est dans le feu des batailles que 1'Etat nouveau mûrira et se
perfectionnera. C'est dans la défense des intérêts des ouvriers et des paysans,
dans la lutte contre les privilégiés qu'il se forgera. A cet égard, il faut
combattre sans répit la tendance de ceux qui affirment que la construction de
1'Etat est un préalable à la révolution. Une telle vole est fausse. Elle
aboutirait, si on la prenait, à remettre le pouvoir entre les mains de ceux qui
actuellement possèdent la culture et l'expérience politique, c’est-à-dire en
gros, aux éléments liés à la bourgeoisie. Il faut donc dénoncer la théorie de
la construction préalable de I'Etat, démontrer aux masses que c'est la théorie
des confiscateurs.
Notre Etat appartient aux travailleurs et à tous ceux qui se
prononcent pour le socialisme. C'est
grâce à son rôle et à la mobilisation des masses que seront écrasés les ennemis
du socialisme.
Dans notre tache de construction de 1'Etat, notre but
essentiel doit être de diminuer au maximum la distance entre les gouvernants et
les gouvernés, d'associer au maximum les citoyens et particulièrement les
producteurs aux taches de direction et de conception. L'autogestion agit
d'ailleurs dans ce sens. Il faut également réduire et simplifier les rouages de
I'Etat, réagir vigoureusement contre le formalisme bureaucratique des administrations
centrales à 1'égard des administrations locales, et des administrations en
général à 1'égard des administrés. Le
formalisme fait des ravages.
Quand quelqu'un se rend dans un bureau, on s'adresse souvent à lui
comme à un expert. Peu d'Algériens moyens,
par exemple. savent comment remplir leur fiche d'impôts ou de sécurité sociale.
Dans de nombreuses localités, le receveur des contributions est seul pouvoir le faire. Dans un pays ou le niveau culturel est bas. le formalisme des
administrations est le meilleur moyen de faire proliférer les écrivains publics
et autres professions parasitaires.
Par ailleurs, il est temps de régler d’une
manière judicieuse la répartition du travail entre les organes centraux et les
communes en tirant toutes les conséquences de l'application de I'autogestion.
Cependant notre volonté de diminuer la distance entre
gouvernants et gouvernés ne doit pas nous faire sous-estimer le rôle de I'Etat.
Le nouveau programme n'est pas très explicite à ce sujet. L'Etat n'est pas la simple soumission de la
minorité à la majorité. C’est un corps
qui impose au nom des intérêts des masses laborieuses sa loi aux privilégiés.
Aussi longtemps que subsisteront des noyaux capitalistes et le désir de
l'enrichissement privé, une contrainte organisée doit s'exercer les citoyens
pour que ceux-ci ne dilapident pas le patrimoine national et ne s'approprient
pas une part démesurée du fonds de consommation. Sur le plan de l'Etat nous avons trois tâches urgentes :
1) Entamer une première réorganisation
des communes par I'intégration des comités d'animation socialiste aux conseils
populaires communaux et faire procéder aussitôt aux élections communales,
2) Exercer un contrôle rigoureux à 1'égard des organismes
de I'Etat;
3) Installer au niveau du Bureau politique un service
dont le rôle serait de recueillir toute suggestion ou critique émanant des
militants ou du peuple, ce qui permettrait de réparer les erreurs, de mettre
fin aux abus de pouvoir, aux sabotages et à l'ostracisme dont sont parfois victimes
des militants authentiquement sociales.
Du Parti
Je passe
maintenant à la question du Parti C'est
le point plus important de nos
travaux. Au sortir de la guerre de
libération. Le FLN était constitué de courants disparates mus par des orientations
différentes. L'absence d'un cadre
organique régulier avait réduit en fait sa vie intérieure à celle des
organismes dirigeants. Aujourd'hui, il
se présente, grâce aux mesures révolutionnaires prises par le pouvoir, sous un
jour nouveau. Sa refonte et sa
transformation se sont fait au travers des batailles politiques successives.
Elles ne se sont pas accomplies sans convulsions. L'intervention des masses et des militants à chaque foie, permis
de surmonter les difficultés.
Aujourd’hui, il
n'est pas question pour nous de ressusciter la forme passée du FLN mais de
construire à partir de ce qui existe un outil apte à détendre et à promouvoir
d'une manière conséquente, le socialisme. Certes, aucune recette ne peut donner
le socialisme si l'Algérie ne le porte pas en elle. il n’en demeure pas moins
vrai cependant que notre société a besoin d’un moteur. Ce moteur, c'est te Parti unique, un parti
conscient des intérêts des masses laborieuses, un Parti décidé et qui donne sa
signification réelle à toutes les initiatives populaires. Pour renforcer sa liaison avec les masses
laborieuses, le Parti doit avoir une appréciation juste de ses rapports avec
elles. Nos militants doivent éviter
d'apparaître comme des conseillers car ils incarnent la partie la plus consciente
du peuple, ils ne doivent pas se substituer de lui mais s'instruire auprès de
lui et tendre toujours à le faire agir aussi directement que possible. L'autoritarisme et I'esprit de suffisance
sont é combattre avec la dernière énergie car ils affaiblissent le rôle du
Parti et facilitent les agissements des forces hostiles au socialisme.
C'est ici le lieu de dire que si
I'unicité du Parti est une condition essentielle du succès, elle ne va pas sans
dangers. Il faut que nous soyons
particulièrement vigilants à ce sujet et que nous empêchions le Parti de
devenir un instrument docile, bon pour la claque, un gouvernement de
béni-oui-oui, ou un monstre qui asservirait le peuple. Pour éviter de tels
dangers, il faut que s'imposent dans les faits les méthodes démocratiques qui
garantiront d'une part la liberté de discussion et de critique au sein des
organisations du Parti et d'autre part un dialogue permanent avec les masses.
Dans le combat pour I'application du
socialisme, une ligne juste ne suffit pas. Il
n'y a pas de succès spontané.
Tout se réalise dans une lutte acharnée pour l'application de la ligne
du Parti. Le refus de tenir compte des conditions subjectives et objectives, de
se livrer à un travail lent et patient de persuasion débouche inexorablement
sur I'isolement du Parti. Ceux qui se réclament en permanence de leur passé
pour se mettre au-dessus des masses, donnent une fausse idée du Parti,
détruisent les bases de son discipline et limitent son audience. Notre devoir
est de les aider à corriger leurs erreurs, de leur montrer que militer est une
servitude et non un privilège. Main
pour rompre avec les méthodes du passé, développer l'esprit de responsabilité
chez les militants et les cadres, I'organisation démocratique du Parti sur la
base de nouveaux statuts revêt une importance primordiale.
Le principe d'organisation du Parti est le
centralisme démocratique. Cela signifie
que :
1.
Tous les organismes de direction aux différents échelons du Parti sont élus;
2.
Les organismes de direction aux différents échelons du Parti doivent recueillir
l’opinion des organisations inférieures;
3.
Les organisations inférieures rendent compte de leurs activités aux
organisations supérieures,
4.
Le principe de la direction collective régit les organismes dirigeants. Mais ce principe reste lié à la
responsabilité individuelle;
5. les membres du Parti,
doivent se soumettre aux organismes du Parti, la minorité à la majorité, les
organismes inférieurs organismes supérieurs: tous les organismes du Parti doivent
soumettre au congrès national et au Comité central.
D'autres questions relatives aux statuts
doivent retenir notre attention d'une manière particulière. Il s'agit de
1'élargissement de la cellule, de la composition sociale du Parti, du
rôle des cellules d'entreprises, de la cohésion du Parti.
Jusqu'alors notre vision du Parti
d'avant-garde était restée limitée. L'importance de la cellule comme noyau décisif de la liaison entre le Parti et
les masses nous échappait. C’est pourquoi I'organisation du Parti s'identifiait
à celle qui existait dans la clandestinité : cellules comportant un nombre
restreint de membres, foisonnement des hiérarchies entre la base et le sommet.
Cette situation constituait incontestablement un frein sur l’initiative de la
base, donnait la prépondérance aux appareils. Il en va autrement désormais.
Les organisations de base seront les
chevilles ouvrières du Parti.
La composition sociale du Parti soulève des
questions de principe. Le projet de
statuts exige qu'un membre du Parti n’exploite pas le travail d'autrui. Avec
les progrès de 1'édification réalistes, l’exploitation du travail d'autrui
refluera Mais il existe encore chez nous des exploiteurs et I'esprit
d'exploitation. Notre Parti ne peut tolérer sans risquer la dégénérescence et
I'embourgeoisement que les exploiteurs pénètrent ses rangs.
Le projet de statuts stipule également que
le Parti dot tirer sa force des paysans et des ouvriers. Cela va de soi. Le vandalisme vise d'abord à
la libération de ces forces sociales. C'est leur organisation démocratique,
leur action au sein du Parti qui feront sa force.
An cours de cette année, 11 faut avoir pour règle
générale de n'accepter au Parti que les adhésions de paysans pauvres et
d'ouvriers pour renforcer le travail du
Parti au niveau de la production. Dans
ce cadre, les cellules d'entreprises auront un grand rôle. à jouer. Mais pour éviter que les membres du Parti à
I'usine ne se substituent aux syndicats et ne les transforment en simples
courroies de transmission, nous leur avons assigné des tâches d'animation et de
vigilance, l’action sur les plans économique et social restant du ressort du
syndicat.
Dans la mesure où les membres du Parti à
l'entreprise assument exclusivement des tâches politiques, ils doivent surtout
militer dans le quartier et aider au développement des activités du Parti. Les militants doivent donner l'exemple
par leur dévouement et leur abnégation
à 1'égard du peuple.
La cohésion du Parti, son unité sont
nécessaires à son rayonnement. Le Parti ne se développe pas indépendamment de
son entourage, car il ne vit pas en vase clos.
Les aspirations des diverses couches sociales, les tendances
bureaucratiques cherchent donc inévitablement à trouver une expression politique
en son sein.
De ce fait, 1'élaboration de I’opinion du
Parti ne doit pas exclure la discussion. Mais l'application des décisions du
Parti et la préservation de son unité dépendent également de 1'éducation de ses
membres, II nous faut étudier pour mieux diriger, accentuer le travail idéologique
à tous les échelons, mettre à nu et combattre les courants hostiles au
socialisme. Le bureaucratisme et
I'absence d'éducation, voilà les principaux ennemis de la cohésion du Parti. Il
y a aussi le carriérisme et l'opportunisme. Il faut prendre des mesures rapides
pour chasser de nos rangs les carriéristes et les opportunistes, ceux qui
utilisent le Parti à des fins personnelles.
Les militants du
Parti doivent remplir certaines conditions pour être dignes du peuple qu’ils
veulent servir. Ces conditions nous ramènent à la constatation qu'une
révolution réellement au service du peuple, ne peut être dirigée fidèlement et
jusqu'au bout que par des hommes qui s'intègrent à lui et vivent sa vie.
Une de nos principales tâches est de fixer
un maximum de traitement pour les militants et les cadres du Parti dans notre
organisation comme dans 1'Etat. nous faut répondre aussi aux exigences de tous
les militants en prenant la décision de demander aux cadres du Parti une
déclaration sur les biens possédés ou acquis depuis novembre 1954. Cette décision devra s’étendre à tous les
responsables de I'Etat, et quelque échelon que ce soit. Le succès de notre
révolution dépend aussi de la valeur des cadres du Parti. Il est donc indispensable que nos cadres soient
les meilleurs militants, forgés dans la lutte et ayant atteint un haut degré de
lucidité et de conscience révolutionnaire.
Les organisations
de masses
Il nous reste, avant de passer en revue
certains problèmes importants contenus dans le programme, à examiner la question
des organisations de masses et de 1'Etat dans leurs rapports avec le Parti.
II nous faut d'abord noter le rôle
primordial des syndicats paysans et ouvriers dans la construction du
socialisme.
Jusqu'ici présent,
nous n'avons pas accordé une attention suffisante à leurs problèmes. Mieux,
dans beaucoup de milieux, on les a assimilés purement et simplement au reste
des organismes de masses.
C'est là une conception fausse. D'ores et
déjà nous devons mobiliser tous les travailleurs membres du Parti, leur
expliquer 1'importance des syndicats et la nécessité d'y adhérer. La valeur du
travail accompli par les syndicats dépend de la défense des intérêts
économiques et culturels des travailleurs et aussi de leur aptitude à favoriser
I'augmentation de la production et de la productivité.
Les organismes du Parti doivent demander
l'avis des membres du Parti qui militent aux syndicats chaque fois qu'ils
auront à examiner des problèmes concernant les masses ouvrires. Le rayonnement
de la politique du Parti dans les syndicats est étroitement lié à la capacité
de nos militants de résoudre les problèmes concrets posés par les
ouvriers. Ce n'est pas le prestige du
Parti que donnera une audience à nos militants dans les syndicats, c'est leur
travail qui doit accroître le prestige du Parti. Il faut en finir avec les méthodes que consistent à s'imposer d'en
haut et de faire des syndicats line simple courroie de transmission. Il faut conquérir la place par une lutte
patiente et obstinée, une explication constante de la justesse de la politique
du Parti. Le Parti doit choisir ses responsables syndicaux parmi les éléments
qui travaillent. Eux seuls peuvent trouver un contact rapide avec les larges
masses ouvrières, à l'heure actuelle, la tâche principale des syndicats est d'aider
à la consolidation du secteur autogéré et de s'occuper en priorité des ouvriers
saisonniers.
En plus des syndicats qui
expriment les besoins des ouvriers, la jeunesse du FLN et I'Union Nationale des
Femmes Algériennes représentent un potentiel révolutionnaire qu'il serait vain
de sous-estimer.
Par son importance
numérique et son dynamisme, la Jeunesse est la force vive du pays. La JFLN se doit de I'impulser, de l'entraîner dans les tâches d'édification à
travers le volontariat. Elle constitue pour notre Parti le meilleur moyen de
transmission des traditions révolutionnaires de notre pays et de notre peuple.
Si la tendance à opposer
les jeunes aux vieux n'est pas juste, la tendance à écraser les jeunes sous le
poids des arguments d'autorité est également de rejeter. Si nous travaillons
trop de précipitation, si nous cherchons des comprendre I'origine des aspects
défectueux de la jeunesse pour y porter remède, avec elle et non en dehors
d'elle, nous aurons dans quelques années une génération de militants d'un genre
nouveau la génération des bâtisseurs du socialisme.
Il
en va de même pour l'Union des femmes. La libération de la femme n'est pas un
aspect secondaire qui se rajoute à nos autres objectifs. Elle est un problème
dont la solution est un préalable à toute espèce de socialisme. La situation de
la femme fait d'elle une farce révolutionnaire inépuisable. La guerre l'a suffisamment démontré. Il ne s'agit pas pour nous de mettre seulement
la femme sur un pied d'égalité avec I'homme sur le plan du droit, il faut aussi
et surtout la faire participer pleinement tous les aspects de la vie. Notre
Parti ne doit pas accepter que la société algérienne soit amputée de
moitié. Dans le cadre des valeurs
morales de notre peuple, l’UNFA doit rassembler les femmes, progresser et se
soustraire I'influence des salonards et des dames-patronnesses. Elle doit devenir
une force vivante, animée par des militantes jeunes, des travailleuses de la
campagne et de la ville rompue à la
lutte systématique contre les préjugés sociaux qui tendent à faire de la femme
un être mineur.
entre
I'Etat et le Parti
Examinons pour en finir
avec les instruments de la réalisation du socialisme, la question des rapports
entre le Parti et I'Etat. C'est un domaine ou la confusion fait des ravages. Si
une clarification sérieuse sur ce sujet n'est pas entreprise à temps, on
aboutira sans doute à la destruction de I'autorité de I'Etat et du Parti tout
cela évidemment au nom de la Révolution, des mérites passés, etc. .
Les
militants sont groupés différemment dans I'appareil de l’Etat et dans le parti.
Dans I'appareil de I'Etat,
ils sont disposés hiérarchiquement les uns par rapport aux autres, les
militants aux non-militants. Par exemple, un non-militant peut être dans le
cadre de I'Etat le supérieur d'un militant; comme un responsable de cellule
peut être le supérieur d'un membre du Comité Fédéral.
Dans le Parti, il sont
tous égaux et participent à l'élaboration de l'orientation politique.
L'avantage du Parti sur I'Etat est de pouvoir réunir I'expérience de tous ses
militants et à travers eux celle des plus larges masses, d'en dégager les
résultats et de s'orienter en conséquence.
Notre Parti est au pouvoir, il occupe de ce fait une position
dirigeante dans I'Etat. Ce n'est pas une
raison pour transformer son rôle d’impulsion politique en lui faisant gérer
directement tous les organismes d'Etat et on le faisant intervenir dans toutes
les questions administratives.
Conçu ainsi, le Parti deviendrait un
simple appareil bureaucratique et non un instrument domination politique. Comment alors régler les rapports entre le
Parti et l'Etat ?
II faut d'abord que tous les membres du
Parti ayant des responsabilités dans le cadre de I'Etat se soumettent à la
direction du Parti.
II faut ensuite que le
Parti ouvre périodiquement en son sein des discussions sur les questions
politiques et sur les problèmes d'organisation de l’Etat.
Il faut enfin que le
Parti connaisse les conditions de travail dans les administrations afin qu'il
puisse agir et exercer sur elles un contrôle politique réel.
Cette manière de voir les rapports entre le Parti et
I'Etat nous éloigne singulièrement de ces interventions quotidiennes dans la
vie de l'administration contre lesquelles nous devons mener une campagne systématique.
C'est au Parti et non chacun de ses membres ou chacune de ses organisations
prise isolément, de rectifier les erreurs de l'administration, les défauts dans
les travailles comportements nuisibles à de saines relations avec le peuple.
Cependant toutes les questions que nous avons énumérées ne suffisent pas à éviter la confusion entre le Parti et I'Etat, il faut les compléter. La majorité des membres du Parti au niveau des organismes dirigeants doivent être en dehors de l'Etat. Si la majorité des membres du Bureau Politique ou du Comité central assumaient des, responsabilités étatiques, la confusion entre le Parti et l'Etat entre l'impulsion politique et la gestion directe s'établirait à nouveau.
Quelques remarques
sur le nouveau programme
L'avant-projet de programme qui nous est
soumis a dégagé des perspectives, fixé les moyens d'y parvenir. II comporte cependant quelques
insuffisances. II nous faudra les
pallier.
Par exemple, la partie historique du programme commence
au XVI siècle. Je sais, pour avoir participé aux travaux de la commission,
qu'il s'agissait avant tout dans cette partie de faire un historique du
mouvement national à partir des conditions de l'Algérie de 1830. Mais
je pense qu'on aurait pu et qu'on aurait dû aller plus avant dans
l’histoire.
L'Algérie n'est pas venue à la vie en
1830. Elle est venue à la vie bien
avant l'avènement de la civilisation arabo-islamique. Notre terre à produit des
hommes valeureux, pour qui l'amour du sol natal s’identifiait à la lutte pour
la vie, contre l'oppression.
Comment évoquer l'Algérie sans parler de
Massinissa, de Yougourtha. Notre
richesse, c'est la diversité dans I'unité. Que nous importe que les théoriciens
du colonialisme ou des ambitieux assoiffés de pouvoir se réclament de cette diversité
pour tenter de nous diviser. Ils n’ont
pas réussi à le faire dans le passé.
Encore une fois, ils échoueront. Il
suffit que nous agissions pour libérer les hommes do notre pays, pour
décider arbitrairement et à leur place du costume qu’ils doivent porter.
Cependant, je voudrais souligner ici avec
force que nous sommes restés et que nous resterons les héritiers de cette
civilisation arabo-islamique, qui a été une source d'enrichissement et un
facteur de promotion humaine.
En Algérie, l'islam n'a pas été seulement
une religion tolérante mais un ferment social libérateur n’a rendu la terre aux
anciens serfs des colons romains, et ouvert largement la voie à la science et
au programme.
Il y a des journalistes, des hommes
politiques et des pseudo-savants à la solde du colonialisme qui ont voulu
inculquer à des générations entières d'Algériens que l'Islam était un obstacle
au programmes.
Notre Révolution démontre depuis un an et
demi que 1'Islam a sur cette terre malgré les réactionnaires et les éléments
rétrogrades soucieux de maintenir leurs privilèges, porté à leur plus haut
niveau les principes de la solidarité humaine et de la justice sociale.
Nous irons de I'avant et, dans le respect
de nos traditions arabo-islamiques, nous construirons le socialisme. Que ceux qui veulent ,souiller 1'Islam en
essayant de I'utiliser dans un sens hostile au progrès sachent qu'il ne
pourront pas continuer indéfiniment à agir de la sorte, car ils n'ont pu le
faire jusqu'à présent qu'en profitant d'une tolérance excessive de notre part
et d'une certaine confusion qu'ils contribuent d'ailleurs largement à maintenir
: I'Islam. loin d'autre contraire de notre option s'identifie dans l'esprit des
masses 1'égalité et va donc dans le sens du socialisme.
L'en arrive à un autre problème, à la fois
politique et économique. Il s'agit de
l'autogestion. Il faut que chacun
comprenne que cette forme de gestion a été conquise de haute lutte par les travailleurs
et qu'elle a davantage fait pour le rayonnement de l'Algérie que toutes les
déclarations et les discours sur la révolution et le socialisme.
Indépendamment de toutes les critiques
qu'on peut faire, et il en est de justifiées, les usines remises en marche
malgré l'absence d'une aide financière, technique et autre de la part de
l'administration qui était alors totalement désorganisée. C'est pour cette
raison que l'autogestion est et demeurera pour nous une option fondamentale. La
réduire, comme le veulent certains, à un simple droit des travailleurs d'être
consultés de temps à autre, c'est en faire un simple contrôle ouvrier et
ravaler les travailleurs, dans les faits, au rôle de simples salariés de
l'Etat.
Mais l'autogestion n'a pas seulement des
adversaires en dehors de l'entreprise, elle en a aussi au-dedans. Il nous faut lutter contre les comités de
gestion ou les présidents de comité de gestion qui se mettent au-dessus des
travailleurs et agissent comme de nouveaux patrons, adoptent leur style de
travail et refusent le contrôle do l'Assemblée ou du Conseil des travailleurs.
Je voudrais cependant mettre-on garde les
militants contre une déformation fâcheuse. Notre choix en faveur de
l'autogestion ne doit pas nous faire oublier que dans certains cas, compte tenu
des conditions économiques et sociales, le développement par le moyen de
1'étatisation peut s'avérer nécessaire. Nous savons que c'est là une voie qui
comporte des dangers. Le devoir du Parti est d'être conscient de ces dangers et
de les pallier en trouvant les formules qui permettent aux travailleurs de se
préparer à la prise en charge des responsabilités de direction.
Il faut parler maintenant de la réforme
agraire ou du moins de la seconde réforme agraire, car nous avons déjà connu le
première, celle que le départ massif des colons nous a permis de réaliser et que
nous avons complété par les nationalisations de mars et d'octobre.
Cette seconde réforme agraire, donc, nous devons la
concevoir comme le moyen d'intégrer plus étroitement les petits paysans et les
paysans sans terre à la vie économique et politique du pays. II s'agit d'une
étape qui permettra non seulement d'assurer une répartition plus équitable du
revenu national et de développer La production, mais aussi d'accentuer le
clivage entre les forces révolutionnaires et ce qu'on a nommé les forces
obscures. De cette obscurité, d'ailleurs, nous faisons notre affaire.
Nous trouverons le moyen d'enlever les voiles et
d'éclairer tout ce qui doit être éclairer. La réforme agraire est justement un
de ces moyens.
IL existe encore en
Algérie 8.500 exploitations privées disposant chacune de plus de 100 hectares
et 15.000 explorations de plus de 50 hectares.
Ces 23.000 exploitations ouvrent près de 4 millions et demi d’hectares
alors que les 7 millions d'hectares restants sont répartis entre plus de
800.000 exploitations. Deux millions de fellahs sont réduits au chômage ou à un
sous-emploi ressemblant fort a un chômage total alors que la plupart des grands
propriétaires ne visitent leurs domaines que pour voir si la récolte a été
bonne au pour encaisser les redevances des fermiers.
L'Algérie
révolutionnaire ne peut pas ne pas répondre à cette situation qui débouche sur
une sous-exploitation des grands domaines et sur une exploitation des terres
dont disposent les petits paysans, qui débouche sur la non-utilisation des
riches richesses du pays qui débouche enfin sur le contrôle d'une importante
partie du revenu national par une poignée de privilégiés.
Faire la révolution,
c'est ne pas hésiter à s'attaquer aux positions privilégiées quels que soient ceux qui les détiennent.
Ainsi notre projet de réforme agraire prévoit la limitation de la propriété et
ne touchera que les gros propriétaires et certains propriétaires moyens.
Mais si
la réforme agraire est indispensable, il ne faut pas s'imaginer que nous allons
trouver là une solution à tous nos problèmes. En fait, je vais vous dire la
solution à tous nos problèmes, elle tient en un mot et ce mot est « production ».
Chaque Algérien, chaque Algérienne doit
avoir constamment à l’esprit cette pensée : il faut produire, produire toujours
davantage, dans tous les domaines et avec tous les moyens dont nous disposons. On parle d'industrialisation, et
on a raison. Mais avec quoi paierons-nous ces usines si nous ne commençons pas
attirer le maximum de bénéfice des outils qui sont déjà notre disposition ?
L'aide étrangère ? Nous I'accueillons bien sûr avec reconnaissance, d'ou
qu’elle vienne, mais qui peut croire que cette aide suffira ? Qui peut croire
que ce n'est pas d'abord dans notre travail, dans nos richesses accumulées que
nous trouverons les moyens de résorber le chômage, d'augmenter le niveau de
vie, bref de produire davantage et mieux ?
A ce sujet, il existe quelques vérités qu'il faut dire.
Et tout d'abord ceci : parmi tous les éléments du lourd héritage que nous a
légué la colonisation. Il en est un sur
lequel la lutte pour la décolonisation n'a peut-être pas été menée avec
suffisamment de vigueur. Je veux parler de l'excessive importance qu'a prise
chez nous ce que les techniciens de 1'économie nomment le secteur tertiaire, ou
I'ensemble des services, et que nous appellerons plus simplement : l'ensemble
des travailleurs non directement productifs. IL faut, c'est évident, des
administrateurs, des fonctionnaires, des transporteurs, des commerçants. Il faut des agents de ville, des postiers, des
dactylos, des vendeurs dans les magasins. Tous ces hommes et toutes ces femmes
sont indispensables au bon déroulement de la vie publique. Mais ce qu'il ne faut pas, c'est que tous
les Algériens, à partir du moment où ils disposent de leur certificat d'études,
ne rêvent plus que de devenir agents de ville ou postiers, que toutes les
Algériennes s'imaginent quelles ne pourront vivre honorablement que derrière
une machine à écrire. Une telle
tendance peut s'avérer d'autant plus grave que nous approchons du jour où les
jeunes Algériens, toutes les jeunes Algériennes disposeront au moins de leur
certificat d'études. Il ne faut d'ailleurs pas davantage que les médecins ou
les ingénieurs ou d'autres qui ont eu la chance d'accéder aux études
supérieures souhaitent, par dessus tout, entrer dans un ministère.
Cela
je le répète, c’est une tare que nous a légué la colonisation. Pendant trop longtemps, dans ce pays où les
usines étaient absentes, où les ateliers restaient rudimentaires, où
1'éducation professionnelle était inexistante, le seul moyen de sortir de la
misère fut d'entrer dans ce secteur tertiaire créé pour servir les besoins des
colons. Ces colons sont partis, mais la mentalité est restée. Nous devons nous en débarrasser. Nous devons
rendre au travail productif la place qui est la sienne : la première. Dans ce pays, les hommes qui
occupent les premières places ne doivent plus être les fonctionnaires ou les
intermédiaires de toutes sortes, mais les paysans et les ouvriers. Tous les autres sont à leur service car ils
vivent de leur travail.
A ce sujet, parlons un peu des commerçants ou plutôt de l'ensemble des
activités qui débouchent sur le commerce de détail. Il s’agit là d'un secteur très important de
1'économie du pays puisqu'il permet de mettre les marchandises de toutes sortes
à la disposition de ceux qui on ont besoin.
Or, c'est justement à cause de cette importance que l'ensemble de ce
secteur doit s'intégrer étroitement à l'ensemble de la vie du pays et non pas
représenter un frein, un obstacle ou même un danger pour 1'édification
socialiste. Si tous ceux qui
participant à la collecte, au transport, au stockage et à la diffusion des
marchandises veulent jouer le rôle auquel ils ont droit, ils doivent le jouer
on fonction de la place réelle qu’ils occupent et non on fonction d'un
quelconque désir de domination La fonction commerçante au sens large du terme,
appelle une juste rémunération qu'on nomme ici bénéfice, mais qui ne peut on
aucun cas prendre la forme d'une accumulation des richesses entre les mains des
seuls distributeurs. Or, c'est a cela
qu'on parviendrait si nous n'y prenions garde, dans ce pays où la fonction de
production a été jusqu'ici injustement dévalorisée du fait même de son faible
ampleur.
Nous
ne sommes pas contre une certaine liberté dans l'exercice des professions qui
supposent une large part d'initiatives individuelles.
Nous sommes contre l'utilisation de cette liberté a des
fins spéculatives. Nul n'est dispensé du devoir de civisme et c'est gravement
manquer à ce devoir que de profiter des situations que les hasards de
1'éducation ou de la fortune ont accordé pour tenter de s'approprier indûment
une fraction du travail des producteurs.
Une telle remarque s'adresse d'ailleurs à
toutes les catégories de citoyens, quelque soit le poste qu’ils occupent et
particulièrement aux citoyens qui se trouvent investis de la confiance
publique.
Ce
qui est chez d'autres, faute condamnable, devient ici crime impardonnable. Nous avons déjà sévi contre des crimes de ce
genre. Nous poursuivrons notre action contre la corruption. II est impossible de tolérer que certains
considèrent le pouvoir qui leur est confier comme un moyen parmi d'autres de
s'établir à leur compte.
Il en va de même pour la fiscalité. Là aussi, l’esprit
civique est de rigueur. On ne peut admette qu’un certain nombre de transactions
d’effectuent dans une clandestinité que plus rien ne justifie aujourd’hui. La
bonne marche des institutions et le développement du pays exigent que les circuits
parallèles, échappant à tout contrôle et à tout prélèvement fiscal qui ont eu
tendance à se développer de ci et de là, s’intègrent sans tarder à la vie
économique normale du pays.
A ce prix, mais à ce prix seulement, pourront être
maintenus des rapports harmonieux entre les différentes activités qu’exercent
les uns et les autres.
Ainsi l’opération monétaire que nous venons de réaliser a
montré déjà que l’épargne algérienne n’était pas tout à fait négligeable. Il
nous faut convaincre tout le monde que l’argent n’est pas fait pour être
accumulé dans des coffres mais pour circuler. La thésaurisation nuit à
l’intérêt du pays et tout doit être fait pour que l’épargne nationale soit
investie et serve au développement de notre économie.
Mais revenons un instant au problème particulier des
commerçants, et c’est ici aux petits commerçants que je m’adresse. Nous le
savons, leur sort n’est souvent pas beaucoup plus enviable que celui d’un bon
nombre d’autres Algériens. Tous ces réseaux complexes qui débouchent sur la
distribution, ce n’est pas eux qui les contrôlent. Ce n’est pas eux qui
profitent du financement des banques, ou des complaisances de quelques
fonctionnaires. Quand il y a spéculation, ils en sont plus souvent victimes que
profiteurs. En réalité, ils sont étroitement liés à ceux qui les fournissent et
qui les transforment en agents souvent inconscients de leurs manœuvres. Et
pourtant, soit par crainte, soit par ignorance, ces victimes se sont souvent
complices de ceux-là même qui les tiennent en main, peut être pace qu’elles
nourrissent l’illusoire espoir de parvenir un jour à tirer à leur tour les
ficelles.
A ceux qui raisonnent ainsi, nous devons dire qu’ils
doivent renoncer à de semblables perspectives. Le temps est révolu où il
existait des ficelles à tirer. Leur chance, leur seule chance d’avenir est de
s’intégrer à la société nouvelle que nous construisons. Nous le répétons :
ils y ont leur place. A eux de savoir la prendre. Il est un autre aspect du
commerce dont nous devons aussi nous entretenir : le commerce extérieur.
Vous le savez, pendant toute la période coloniale, presque tout ce que vendait
l’Algérie et tout ce qu’elle achetait allait vers la France ou en venait.
L’indépendance acquise, le problème s’est posé pour nous de nous libérer de cette
trop étroite sujétion économique qui aurait pu prendre rapidement la force
d’une sujétion politique. Mais sur qui pouvions nous nous appuyer pour réaliser
cette transformation ? Rarement sur les importateurs et exportateurs
professionnels. Rien ne les incitait à engager des efforts et des frais pour
chercher ailleurs des débouchés, et donc les sources de profit, alors qu’ils
disposaient sans fatigue de leur marché traditionnel.
Certes, il était possible au gouvernement de conclure
avec tel ou tel pays étranger des accords commerciaux, et nous nous sommes
efforcés de le faire. Mais la valeur de ces accords reste limitée si la
réalisation des ventes ou des échanges est laissée au bon ou au mauvais vouloir
de groupes professionnels et ne sert, dans la meilleure hypothèse, qu’à
renforcer la puissance de ces groupes.
C’est pourquoi, il est indispensable que nous prenions
rapidement en main l’ensemble de notre commerce extérieur, tant pour hâter la
diversification de nos marchés que pour mettre un terme à un certain nombre de
spéculations qui n’ont pour conséquence que d’appauvrir notre peuple et de
ruiner partiellement nos efforts.
Et puis, toujours au sujet de ce commerce extérieur, il
faut se garder d’un certain nombre d’illusions. Développer les exportations est
une tâche importante, mais qui ne s’avère pas toujours aisée. Pour y parvenir,
il faut non seulement trouver les marchés extérieurs capables d’absorber nos
produits mais encore développer suffisamment la production nationale pour que
ce supplément d’exportation ne pèse pas dangereusement sur une consommation
intérieure déjà trop réduite.
Il est cependant une autre manière d’aborder le
problème : celle qui consiste à envisager tout autant la diminution des
importations de biens de consommation, que le développement des
exportations ; ne fût-ce que pour éviter d’alimenter en devises les
compagnies maritimes et les compagnies d’assurances qui transportent ou
couvrent dans les deux sens l’ensemble de nos marchandises.
Mais là comme ailleurs, nous retombons sur le même
impératif : celui d’une production accrue et particulièrement dans les
domaines susceptibles de couvrir les besoins vitaux du pays. Un tel but est
possible à atteindre. C’est justement dans ces domaines que nous sommes le
mieux armés, que nous possédons la plus grande somme d’expérience que l’effort
de tous peut s’avère le plus fructueux.
Mais cet effort ne peut être accompli dans l’anarchie qui
naît obligatoirement de la simple juxtaposition des individuels, si louables
soient-elles. Si certains pays veulent ou peuvent se payer le luxe du
gaspillage que développe la non-coordination des activités, libre à eux. Cela
ne nous concerne pas. Ce qui nous concerne, par, contre, c’est l’Algérie et
dans ce domaine, nous savons que nous ne pouvons accepter aucune déperdition
d’énergie, si minime soit-elle. Il nous faut donc une planification.
Parler de planification, implique la nécessité de mettre
à nu ce qui risquerait de la freiner. Personne ne la remet sérieusement en
cause ou du moins personne ne la remet publiquement en cause.
On se contente de poser le problème en termes tels
qu’aucune solution n’apparaît plus possible. L’argument le plus couramment
utilisé, je vous le livre. On déclare : établir un plan est une œuvre
scientifique. Pour y parvenir il faut disposer de ces statistiques, de ces
rapports, de ces documents, bref de toutes ces « informations
économiques » qui rendent possible le travail des spécialistes. Mais il
faut aussi disposer de ces spécialistes, il faut donc les former ou faire appel
à une armée de techniciens étrangers qui devront avant de commencer leur
travail, apprendre à connaître le pays, à découvrir les structures de sa
société et les habitudes
des hommes, toutes choses dont il est nécessaire de tenir compte. Eh bien, je vous
le dis, ceux qui raisonnent ainsi me font penser à ceux qui affirmaient le 30
octobre 1954 qu’il fallait, pour entreprendre la guerre de libération, attendre
d’avoir des chars d’assaut et des avions, et des troupes entraînées pour
conduire et servir cet armement moderne.
Nous ne nous laisserons pas fourvoyer dans cette impasse.
Nous ferons un plan intérimaire avec les moyens dont nous disposons, avec les
connaissances que nous avons. Nous n’avons pas besoin d’apprendre notre pays,
nous le savons déjà. Ce n’est pas un mince avantage.
Ce plan intérimaire, il couvrira deux ou trois ans, peu
importe, mais il sera calculé en fonction des buts essentiels que nous voulions
atteindre. Il nous permettra également de réunir les moyens nécessaires à la
mise au point d’un vaste plan de développement.
Et cette mise au point sera faite avec le concours du
peuple tout entier, des comités de gestion agricoles et industriels comme des
bénéficiaires de la réforme agraire. Car il ne saurait être question de créer
un divorce néfaste entre les producteurs chargés de la réalisation du plan et
un pouvoir abstrait de conception et de contrôle.
Sur cette base, nous livrerons la bataille du plan comme
nous avons déjà livré d’autres batailles ; ni mieux ni plus mal armés, mais
sur des armes que nous avons possédons et qui ne sont peut être pas médiocres
que certains veulent bien le dire. Nous en avons déjà apporté la preuve.
Ce plan intérimaire, il devra en premier lieu tenir
compte de l’obligation absolue de faire un effort considérable dans le domaine
de la formation des cadres, autrement dit de l’investissement intellectuel.
Et ce n’est pas tellement en envoyant des étudiants en
tous genres apprendre à l’étranger leur métier que nous réussirons sur ce
point. C’est ici même, face aux problèmes concrets qui se posent à nous, que
ces étudiants auront le plus de possibilité d’acquérir une formation efficace.
Nous savons trop à quel point des mois ou des années
d’existence à l’étranger, dans des mondes différents du nôtre, peuvent causer à
des jeunes gens de graves difficultés lorsqu’il s’agit pour eux de s’adapter à
nouveau à la vie de leur peuple, et d’adapter leur savoir aux conditions
particulières dans lesquelles ils devront en faire usage.
La politique, la culture, la technique, tout plaide en
faveur de la formation sur place des cadres dont nous avons besoin. Il s’agit
là d’un capital trop précieux pour que nous risquions de le trouver diminué au
moment où nous penserons être en mesure de l’utiliser.
Je voudrais, enfin, pour finir, répondre à ceux qui
souhaitent voir l’Etat servir d’arbitre entre les différentes tendances, les
différentes forces qui peuvent exister dans notre pays, à ceux qui souhaitent
que le gouvernement joue le jeu curieux de l’équilibre, en particulier entre le
courant révolutionnaire et les nostalgiques de l’ordre bourgeois.
Il faut qu’il soit bien entendu qu’au aucun cas une telle situation ne pourra se produire. La politique du gouvernement est définie par le Parti et le Parti doit être le lieu de rassemblement de tous les véritables militants révolutionnaires. S’il devait donc y avoir arbitrage, qu’on sache que cet arbitrage s’effectuera toujours en faveur du courant révolutionnaire. Qu’on ne nous parle donc pas d’un équilibre trompeur : ici rien ni personne ne pourra jamais prétendre faire contrepoids à l’ensemble du peuple.
Si donc nous voulons récapituler, préciser et compléter,
il nous faut avant tout nous pencher sur certains points qui réclament notre
attention dans l’immédiat, sans préjuger de l’ensemble des tâches que les
résolutions auront à définir.
Il va de soi que la réforme agraire sera pour nous une
action de base, un premier pas vers l’industrialisation. Son application est au
moins aussi importante que sa conception. Comme nous l’avons dit et répété,
c’est d’une véritable révolution agraire qu’il doit s’agir, d’une révolution
dans les rapports de notre paysannerie avec la nature et dans les rapports
sociaux à la campagne. Libération des forces productives agricoles d’une part,
promotion du paysan -notamment celui des régions déshéritées- et humanisation
de ces conditions de vie d’autre part : voilà les grands aspects de la
question.
Si nous insistons sur la révolution agraire, ce n’est
nullement par négligence des autres tâches économiques et sociales qui tournent
tout autour de la question de l’élévation du niveau de vie des travailleurs, et
auxquelles a été accordée et sera de plus en plus accordée toute l’attention
nécessaire. C’est bien plutôt pour confirmer que notre socialisme, qui est le
socialisme des pauvres, ne néglige pas ceux-ci, ne néglige pas ceux qui sont
vraiment les souffre-douleur sur cette terre.
C’est pourquoi nous ne manquerons pas d’attacher toute
l’importance nécessaire à un problème particulier en Algérie, celui des
orphelins. En ce qui les concerne, une campagne d’adoption doit se développer
sans tarder pour débarrasser ces jeunes enfants de la détresse où les a plongés
le colonialisme criminel. Chaque Algérien, surtout ceux qui en ont les moyens,
doit se sentir tenu de faire de l’Algérie une grande famille, accueillante à
l’égard de ces victimes des bourreaux du colonialisme qui ont tenté d’enraciner
dans cette terre d’Algérie la tristesse et le malheur. Les cadres du Parti
doivent donner l’exemple. Jurons de faire reparaître sur ces jeunes visages le
sourire de l’Algérie reconquise. Il y va de l’avenir de 30.000 de nos fils et
de nos filles.
N’oublions pas non plus les impératifs de la reconstruction du pays,
de son infrastructure, de son capital immobilier, etc. Les problèmes de
l’entretien de ce que nous possédons dans tous les domaines sont également à
mettre au premier plan de nos préoccupations.
A ce propos, la question du reboisement mérite une
attention spéciale : la campagne que nous avons commencé avec succès doit
être poursuivie sans relâche, aboutissant tout d’abord à ce que toutes les
routes, principales et secondaires, soient bordées d’arbres.
Tous ces objets seront évidemment atteints grâce à la
mobilisation des masses dans le travail. A côté de la mobilisation sur les
chantiers et dans le cadre des diverses campagnes d’alphabétisation, qui
doivent reprendre, il faut organiser sérieusement un service civil se
traduisant par la mise sur pied d’une véritable armée de travailleurs dont les
bras seraient au service de l’édification socialiste.
Dans ce cadre, l’ANP a un grand rôle à jouer. Héritière
de l’ALN elle a drainé au cours de la guerre de libération nationale ce qu’il y
avait de plus dynamique et de plus radical dans notre société, et rassemblé les
véritables élites. Elle garde vivace en elle cet esprit de sacrifice qui est à
l’opposé de la recherche du profit. L’origine sociale de ses djounoud en
majorité paysans pauvres la sensibilise particulièrement au mouvement des masses
et aux objectifs socialistes du Parti.
Dans toutes les batailles engagées pour l’affirmation
d’une orientation socialiste, elle a été aux premières lignes.
Les tâches gigantesques qui nous attendent ne peuvent
être menées à bien sans sa participation active. Si sur le front de la lutte
contre les ennemis du socialisme, elle donne chaque jour le meilleur
d’elle-même, sur le front de la
reconstruction, elle agira d’une manière identique. Que le fusil et la
pioche soient le symbole de notre armée au service du peuple.
Ce sera également dans le contexte de la mobilisation
populaire qu’il faudra appliquer aussi bien les décisions des deux Congrès de
l’autogestion que celles du Parti. Insistons ici sur l’importance des campagnes
d’information de l’opinion populaire et sur la nécessité de susciter la
participation active des masses, car l’application de nos décisions n’est pas
affaire de bureaucrates, pas plus que nos divers Congrès ne sont des séances de
bavardages sans implications pratiques. Il faut comprendre que nous sommes
engagés dans une entreprise de transformation de fond en comble de notre
société.
De même que les Congrès de l’autogestion ont permis à
certaines catégories de s’exprimer et de décider de leur sort, de même d’autres
aboutiront à offrir la même possibilité à diverses couches engagées dans le
processus révolutionnaire. Les petits paysans devront avoir l’occasion de
confronter leurs problèmes et de s’organiser à l’échelle nationale. Leur
congrès devra se tenir avant la fin de l’année 1964.
Les femmes devront aussi avoir un congrès qui soit le point de départ
d’un mouvement révolutionnaire et émancipateur, intégrant totalement la femme
dans l’ensemble des tâches de construction du socialisme. Les jeunes, de leur
côté, devront aussi avoir leur congrès et se donner l’organisation la plus apte
à leur permettre de tenir dans la révolution le rôle qui correspond à leur
importance dans la nation et au dynamisme que celle-ci attend d’eux.
Cette place des jeunes dans notre marche au socialisme apparaît
centrale si l’on songe au rôle que doit tenir le volontariat dans un socialisme
comme le nôtre, un socialisme qui est fait par le peuple et pour le peuple.
Dans toutes les campagnes qui viennent d’être évoquées, dans toutes les
entreprises d’envergure nationale, il faut faire principalement appel à ces
volontaires qui, par des miracles d’abnégation et d’enthousiasme, non seulement
bâtissent et reboisent, mais aussi et surtout donnent un exemple dont la
contagion bienfaisante est susceptible de galvaniser toutes les énergies.
Bien qu’il s’agisse là de tâches immédiates dont
certaines ne constituent que de petits jalons dans notre longue marche au
socialisme, il ne faut pas croire qu’on peut s’en acquitter sans que soient
tout de suite remplies certaines conditions relatives aux instruments de
réalisation, c’est à dire à l’Etat et au Parti.
Pour ce qui est de l’Etat, nous pouvons l’assainir à la base en
organisant de la façon la plus démocratique, sous l’impulsion du Parti, des
élections municipales visant à remettre réellement au peuple les rênes du
pouvoir communal. Mais, plus encore, il faut sans tarder nous attaquer à cet
impératif vital qu’est
l’algérianisation de l’appareil d’Etat ; le principe à adopter doit
consister à ne plus confier aucun poste de caractère même indirectement
politique à des étrangers, en réservant par-dessus tout l’accès des postes-clés
à des militants éprouvés. Il faut voir que, dans cette question de
l’algérianisation de l’administration et de la politisation des postes de
directions et de contrôle, il y va de l’indépendance du pays.
Il faut nous défaire du complexe de la technicité qui aboutit à mettre
purement et simplement notre avenir à la merci de ce qu’on appelle l’assistance
technique, et les techniciens étrangers dont nous avons besoin ne peuvent nous
être utiles que s’ils sont totalement soumis à la direction de cadres algériens
patriotes et socialistes.
Quant au Parti, il doit lui aussi commencer dès maintenant à se donner
le contenu social et humain qui seul lui permettre de mener à bien sa mission.
Répétons qu’il lui faut avant tout être ombilicalement lié aux masses et à
leurs intérêts, et ce par le train de vie même de ses membres et non seulement
par leurs professions de foi abstraites.
Il lui faut aussi une démocratie intérieure réelle,
conformément aux statuts, de façon à ce que s’épanouisse la discussion libre
qui seul permet la recherche sérieuse des solutions adéquates aux problèmes
concrets du socialisme. En tout premier lieu, après avoir procédé à l’élargissement
de la base révolutionnaire en réintégrant tous les militants qui remplissent
les conditions exigées par les statuts, il faut renouveler par voie élective
tous les organismes dirigeants de la cellule à la fédération.
Le Parti doit enfin veiller à la formation et au
perfectionnement continuel de ses militants, ce qui impose, pour commencer, une
école de cadres organisée avec tout le soin nécessaire. Nos travaux terminés,
notre premier soin sera de populariser les conclusions du congrès dans le cadre
d’une première semaine et faire entendre la voix du Parti dans les coins les
plus reculés du pays.
Mais que tout cela ne nous fasse pas oublier que le Parti
aura besoin essentiellement, pour se former, de l’épreuve de la lutte pour
l’application de notre programme socialiste. Ses structures ne sortiront
raffermies et ses membres aguerris que du combat qu’ils livreront à la nature
et aux ennemis du peuple algérien.
Soyons donc attentifs à cet aspect de la question, afin
de savoir combien il importe de prendre des décisions pratiques et de lancer le
Parti dans les batailles que nécessite leur mise en œuvre.
Tous ces pas qu’il nous faut faire sur la voie du
socialisme rejoignent d’autres pas qui sont faits en dehors de nos frontières.
Notre expérience a lieu, en effet, dans un certain
contexte international qu’il ne faut jamais perdre de vue. C’est une règle
générale de nos jours, qu’il n’existe plus de lutte isolée, et que c’est pur
anachronisme que de ne pas avoir présenté à l’esprit les interactions qui lient
notre sort à un monde qui nous influence et à l’évolution duquel nous
contribuons à notre tour.
Il existe désormais peu de gens qui nient la primauté
absolue du problème de la lutte contre le sous-développement. Quel que soit
l’angle sous lequel on envisage la phase historique actuelle force est de
reconnaître que l’extirpation de la misère et de l’oppression et de leur
cortège de malheurs de toutes sortes passe avant tout autre impératif.
Et la gigantesque prise de conscience que nous
constatons, cette prise de conscience des intéressés eux-même, est la preuve
que le problème du sous-développement est bel et bien posé dans les faits, et
dans les termes les plus corrects, c’est à dire en termes de lutte.
Partout en effet se lèvent les colonisés et les
semi-colonisés pour affirmer leurs droits. Si l’on fait le bilan des grands
changements historiques intervenus ces dernières années, on remarque qu’il ne
s’agit de rien d’autre que de la libération de ces damnés de la terre dont on a
pu dire que leur rôle spécifique sera de recommencer une histoire
authentiquement humaine.
Un Nouveau 1er
Il y a de nombreux jalons qui en disent long sur le
processus en cours. Trois continents en effervescence, cette Asie, cette Afrique
et cette Amérique Latine qui se dressent contre l’injustice. Voilà pour notre
révolution et pour toute révolution un cadre et une famille dont la solidarité
et la combativité grandissante sont les meilleurs encouragements. C’est à la
lumière de ces encouragements qu’il faut envisager des faits tels que les
nationalisations birmanes, cingalaises, les guérillas du Sud-est asiatique ou
d’Amérique latine, les luttes arabes ou africaines, etc. Le vent de liberté qui
souffle sur le monde et qui vient du Sud déshérité est en train de poser au
Nord de la planète, à ce nord nanti, le grand problème des temps
modernes : celui de l’égalité concrète de tous les êtres humains.
Si nous jetons un regard moins lointain, nous voyons autour de nous le
monde arabe dont nous faisons intimement partie et dans lequel toute expérience
est une espèce de bien indivis pour l’ensemble des peuples arabes. C’est
pourquoi nous profitons de cette occasion pour rendre à la République Arabe
Unie et aux réalisations de sa grande révolution, l’hommage le plus fraternel.
Et c’est pourquoi nous espérons voir l’ensemble des autres pays arabes frères
obtenir des résultats dans la lutte contre l’impérialisme afin que soient
finalement remportés les succès auxquels nous aspirons contre le sionisme, la
balkanisation et toutes les formes d’exploitation de l’homme par l’homme.
D’un autre côté, l’Afrique est là qui affirme à très haute voix sa
ferme volonté de mettre fin au colonialisme. Ce continent contre lequel les
oppresseurs se sont particulièrement acharnés démontre tous les jours la force
de la poussée émancipatrice qui balaie le monde.
Dans leur lutte, les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine
ont trouvé dans les pays socialistes d’Europe des alliés auxquels il faut
également rendre l’hommage qui se doit. C’est là une alliance précieuse pour
les uns et pour les autres, l’impérialisme étant l’ennemi commun.
Voilà par conséquent les conditions internationales qui prévalent
actuellement, à l’heure où l’Algérie, attelée à sa tâche à l’intérieur et
solidaire de ses frères de lutte à l’extérieur, se prépare à franchir de
nouveaux pas décisifs sur la voie qu’elle a choisie.
Que ce congrès soit donc avec l’assurance que permet la
situation, avec le courage et le sérieux qu’elle exige, le signal de quelque
chose de digne et de grand, la brise annonciatrice d’un de ces printemps dont
le peuple algérien a le secret : que cela soit un nouveau Premier
novembre : celui du SOCIALISME.
Dans le rapport que je vous ai présenté, il existe une
lacune que je tiens à combler. J’aurai dû parler de ceux de nos frères et de
nos sœurs qui travaillent en France.
Pendant toute la période de la lutte armée, l’émigration algérienne en
France, groupée au sein de la Fédération de France du F.L.N., s’est trouvée, dans les conditions qui étaient les
siennes, à la pointe du combat. Les morts, les emprisonnés, les internés, le
nombre de ceux qu’on renvoya, comme on disait alors, dans leur douar d’origine,
toutes ces victimes de la guerre attestent de la violence du combat qui fut
mené.
Aujourd’hui, plusieurs centaines de milliers de nos compatriotes
vivent et travaillent encore en France dans des conditions souvent difficiles,
et d’autant plus difficiles qu’ils se heurtent à une campagne extrêmement
violente dirigée contre eux. Les mobiles de ceux qui animent cette campagne,
nous les connaissons : ils se nomment racisme et haine de notre
révolution. On pourrait même dire peur de notre révolution car une révolution
authentique fait toujours peur aux détenteurs de privilèges, où qu’ils se
trouvent. L’histoire fourmille d’exemples de ce genre.
Que certains, en France ou ailleurs, n’aient pas voulu encore tirer
les enseignements de notre victoire, que certains nous contestent encore le droit
de mener nos affaires à notre guise, c’est à dire dans le seul intérêt de notre
peuple, c’est là un phénomène auquel nous pouvions nous attendre. Je me
contenterai simplement d’opposer à cette hargne impuissante la sérénité dont a
su faire preuve le peuple algérien.
Ce peuple, qui avait déjà forcé l’admiration du monde entier en
refusant de répondre aux sanglantes provocations de l’O.A.S. a su, dès le
premier jour de son indépendance, dépasser de légitimes rancunes et traiter en
amis les Français qui se trouvaient sur son sol. Ces Français peuvent en
témoigner, ils en témoignent d’ailleurs souvent, jamais ils ne furent victimes
de manœuvres discriminatoires. Comment
aurait-il pu en être autrement ? Notre peuple ignore le racisme et
tous les Algériens ont toujours su faire la distinction entre le colonialisme
et le peuple français.
C’est pourquoi nous étions en droit d’espérer que nos compatriotes
travaillant en France bénéficieraient d’une semblable compréhension, pour ne
pas parler de la plus élémentaire fraternité humaine.
Mais nos ennemis savent bien que l’émigration algérienne en France
constitue un puissant ferment à notre action révolutionnaire. Et, on doit le
dire, les forces
contre-révolutionnaires en Algérie même le savent aussi. Je me dois de
dénoncer ici la collusion dont nos frères travaillant en France se trouvent les
victimes.
Certains, nous le savons, s’imaginent qu’en humiliant un en
pourchassant nos frères émigrés ils pourront exercer une pression sur notre
Parti et sur notre gouvernement. Après nous avoir privés des moyens d’assurer
du travail à tous les Algériens à l’intérieur de leur propre pays, ils
voudraient utiliser les problèmes que pose une émigration douloureuse pour nous
replacer à leur merci. Nous ne pourrons jamais accepter une pareille forme de
chantage. Si trouver du travail à l’étranger permet à de nombreux algériens
d’assurer leur subsistance et celle de leur famille, il faut bien voir qu’en
échange de ces moyens, ces travailleurs procurent aux pays qui les accueillent
d’appréciables avantages. Dans les usines françaises, les Algériens participent
au développement de la France. Ce simple fait devrait leur mériter le respect.
Nous souhaitons du fond du cœur que ces campagnes s’apaisent, que les
vexations disparaissent, qu’on nous donne enfin la possibilité totale de
construire, entre le peuple français et nous, cette amitié fondée sur des bases
nouvelles que nous appelons de tous nos vœux. Mais si cet apaisement ne
survenait pas, nous serions contraints de ré envisager la situation. Aucun
problème, si grave soit-il, n’a jamais comporté une solution unique. Celui que pose l’existence d’une
importante émigration algérienne ne fait pas exception à cette règle.
S’il le faut, nous saurons lui trouver des solutions nouvelles. Et ce
sera tant pis pour ceux qui nous auront contraints d’adopter cette attitude.
1- Résolution de politique générale
Le premier congrès du Front de Libération Nationale,
réunit à Alger du 16 au 21 avril 1964, après étude, discussion et amendement du
projet de programme et du rapport présenté par le Secrétaire général et annexé
à ce projet.
§ Approuve l’orientation de ces deux documents, expression
de la volonté du peuple algérien et de son parti de placer la politique du pays,
tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, sous le double signe du socialisme et de
l’attachement à notre personnalité arabo-islamique.
§ Se félicitent des initiatives prises jusqu’à présent par
le pouvoir qui ont permis le regroupement des forces révolutionnaires et
stigmatise les efforts que fait la contre-révolution, en accord conscient ou
inconscient avec des forces étrangères, pour barrer la route au socialisme.
-
Rend hommage aux héros et
aux martyres de la lutte nationale, en honorant leur mémoire par la sauvegarde
de l’unité de notre peuple dans la défense de notre intégrité territoriale, et
en jurant de tout faire au profit des veuves et des orphelins.
-
Salue tous ceux qui à travers le monde ont œuvré au triomphe de la
révolution algérienne et particulièrement les démocrates français encore
détenus pour leur contribution à la libération de l’Algérie.
-
Réaffirme la nécessité de
compléter notre indépendance sur tous les plans :
a) En veillant à
l’évacuation rapide des forces militaires étrangères cantonnées sur notre
sol ;
b) En
poursuivant l’algérianisation totale de l’administration ;
c)
En nous orientant, pour l’assistance technique qui nous est
nécessaire vers les pays qui la rendent plus formative et moins coûteuse ;
d)
En diversifiant à tout prix notre commerce extérieur ;
e)
En entreprenant la prise en main de nos richesses nationales.
-
Insiste sur l’urgence qu’il
y a à accentuer l’arabisation de l’Algérie :
a)
Par l’accélération de
l’arabisation de l’enseignement ;
b)
Par le renforcement des
liens, notamment culturels avec le monde arabe, ce qui signifie en particulier
une augmentation substantielle des moyens mis à la disposition des organismes
chargés de promouvoir de tels liens ;
c)
Par un élargissement
considérable de la sphère des études arabes au sein de l’université.
-
Exige la confirmation dans
les faits de notre option socialiste :
a)
En prenant systématiquement
le parti du secteur socialiste pour le consolider face au secteur privé.
b)
En intégrant au secteur
socialiste toutes les unités économiques nécessaires à son bon
fonctionnement ;
c)
En élargissant ce secteur
par de nouvelles mises en autogestion ou des nationalisations ;
d)
En appliquant l’ensemble
des décisions des congrès de l’autogestion agricole et industrielle :
e)
En veillant au succès de la
réforme agraire par une campagne d’explication systématique de ses buts et par
la participation consciente des paysans à sa réalisation ;
f)
En comptant essentiellement
pour la réalisation de ces tâches sur la mobilisation des masses qui doit
aboutir, dans l’immédiat à faire de l’année 1964, l’année du volontariat.
-
Décide, en ce qui concerne
le parti, les principes suivants :
a)
Le parti doit être le
moteur principal de la vie du pays. Ses membres doivent se plier à la règle du
maximum socialiste qui veut qu’aucun militant, quel qu’il soit, n’ait un double
salaire, ni un salaire l’éloignant par son niveau de vie des masses
laborieuses.
b)
Ils doivent également, dans les plus brefs délais, faire une
déclaration soumise à l’appréciation de la commission de contrôle du parti sur
les biens qu’ils possèdent ou ont acquis depuis novembre 1954.
c)
Une des tâches principales
pour donner de nouvelles forces au parti et renforcer sa liaison avec les
masses est améliorer sa composition sociale par le recrutement prioritaire
d’ouvriers et de paysans pauvres et l’intégration de militants révolutionnaires
conséquents demeurés en dehors de ses rangs.
d)Dans
l’immédiat, le parti doit veiller à l’instauration d’une véritable démocratie
intérieure par l’élection, sur la base des statuts, des responsables à tous les
niveaux, par une campagne d’explication permanente et systématique du programme et de son contenu
et l’accentuation de son travail politique et d’éducation dans les
organisations de masse et spécialement dans les syndicats.
e)
Il
doit également accorder une attention spéciale aux organisations nationales et
particulièrement à la JFLN et à l’UNFA.
-
Demande que la politique du
parti en matière de construction de l’Etat vise à consolider son autorité pour
mener à bien la lutte contre les ennemis du socialisme :
a)
En simplifiant les rouages
existants par une réforme administrative ;
b)
En réorganisant les
communes sur une base décentralisée pour mettre fin à la sous-administration
des régions déshéritées, spécialement les régions montagneuses et
sahariennes ;
c)
En instaurant une austérité
rigoureuse et sans cesse croissante ;
d)
En prévenant et en
éliminant le gaspillage, le bureaucratisme, la corruption et toutes les
déformations qui peuvent aboutir au relâchement des liens avec les masses et
favoriser les menées contre-révolutionnaires.
Déclare que la pierre angulaire de notre politique
extérieure doit tendre à faire de la Révolution algérienne un pôle de
rayonnement révolutionnaire dans le Maghreb, dans le monde arabe et en Afrique
et qu’elle se doit :
a)
De mener une lutte ferme et
résolue contre l’impérialisme et le sionisme et persévérer dans la voie de
l’initiative tendant à la formation d’une vaste alliance anti-impérialiste de
l’ensemble des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine.
b)
D’appliquer une politique
de non-alignement ;
c)
De renforcer la coopération
avec les pays qui peuvent nous aider à surmonter les difficultés du
sous-développement et accentuer notre dégagement à l’égard de l’impérialisme.
d)
De continuer à apporter son
aide aux mouvements de libération en favorisant le renforcement de leur unité
et de poursuivre une lutte opiniâtre contre toutes les formes de racisme et
particulièrement contre celle qui se manifeste sous la forme de l’apartheid.
e)
D’assurer de notre soutien
tous ceux qui souffrent pour avoir lutté pour la liberté et le progrès ;
f)
De veiller à l’application
intégrale des décisions de la conférence d’Addis-Abeba, des décisions de la
conférence au sommet arabe relatives à la Palestine et à la lutte contre le
sionisme ;
g)
D’œuvrer sans relâche au
rapprochement entre les peuples seul moyen de fonder la paix mondiale sur une
base juste et de mettre un terme aux essais nucléaires pour parvenir ensuite à
la destruction totale des armes atomiques.
2- Résolution
économique et sociale
Le premier congrès du Front de Libération Nationale,
réuni du 16 au 21 avril 1964, en faisant siennes les thèses du rapport et du
programme en matière politique, économique et sociale, décide :
1)
Que soit rapidement mise en
chantier une planification socialiste démocratique dans son élaboration et
impérative dans son exécution, fixant des objectifs chiffrés et précisant les
moyens de les atteindre.
2)
Que soit consolidé le
secteur socialiste autogéré par l’application stricte des décisions des deux
congrès de l’autogestion agricole et industrielle et un renforcement sérieux du
contrôle de la gestion, conformément aux décrets de mars 1963.
3)
Que la réforme agraire soit
appliquée intégralement et de façon à préparer la généralisation de
l’autogestion agricole.
4)
Que soient mises en
autogestion les autres entreprises nécessaires à la bonne marche du secteur
socialiste.
5)
Que soit préparée et mise
en pratique dès que possible la nationalisation du commerce extérieur, des
banques et des transports.
6)
Que soit protégée la
production algérienne face à la concurrence étrangère.
7)
Que soit donnée la priorité
aux investissements créateurs d’emplois, afin de lutter contre le chômage et
l’hémorragie de main-d’œuvre, et afin de provoquer le retour de notre
émigration.
8)
Qu’une action soit
entreprise en vue d’améliorer les conditions sociales de l’émigration
algérienne en France et en Europe et de hâter le retour en Algérie des ouvriers
qualifiés et des techniciens en préparant les structures d’accueil nécessaires.
9)
Que soit mise en œuvre une
conception révolutionnaire de l’investissement intellectuel par :
a)
La scolarisation totale des
garçons et des filles de six ans avant trois ans.
b)
L’institution d’un système
d’éducation permanente des analphabètes.
c) La généralisation de la formation professionnelle dans le
métier.
d)L’attribution
d’une place prépondérante à l’enseignement technique dans les programmes
scolaires généraux, et non le cantonnement de cet enseignement dans des
sections spéciales.
10) Que soit créée une commission nationale chargée de préconiser les
mesures propres à accélérer l’élaboration d’un programme d’arabisation tendant
à la sauvegarde et au développement de nos valeurs culturelles et spirituelles.
11)
Que soient recherchées et
mises à profil les possibilités d’élévation du niveau de vie des couches les
plus défavorisées et que soit entreprise une action sur les prix.
12)
Que soit établi un plan de
développement des régions déshéritées dans le cadre duquel le volontariat
devrait être largement utilisé.
13)
Que soient donné au
communes la liberté et les moyens de multiplier les chantiers locaux de
conservation et de mise en valeur de nos ressources.
14)
Que soit créée une
commission nationale chargée d’enquêter sur tous les biens mal acquis ou dont
l’origine n’est pas justifie, depuis le début de la révolution.
15)
Que soit interdit le cumul
de revenus professionnels.
16)
Que soient accélérés les
travaux des commissions instituées pour examiner les recours de certains petits
commerçants touchés abusivement par les nationalisations.
17)
Que soit commencée
l’application des thèses du programme concernant la santé publique, l’habitat
et la reconstruction ainsi que le reclassement des anciens moudjahidine.
18)
Que dans les zones rurales,
la reconstruction tienne compte de la nécessité d’adapter le logement aux
conditions du milieu.
19)
Qu’une solution soit
apportée au problème du logement et de la conservation du patrimoine immobilier
en commençant par définir le statut juridique de ce patrimoine dans le sens de
sa nationalisation.
20)
Que dans le cadre d’un
office national du logement et afin de régler en partie ce problème tant du
point de vue de la conservation que du point de vue financier, soit appliquée
la formule de la location-vente permettant l’acquisition du logement pour les
besoins familiaux ou personnels et qu’en outre un effort considérable de
civisme soit déployé pour l’entretien de ce patrimoine.
21)
Que soit mis sur pied aussi
rapidement que possible un code de la famille conforme à nos traditions et à
notre option socialiste.
22)
Enfin que nos étudiants
soient, dans le cadre du volontariat, orientés vers les tâches suivantes
particulièrement dans les régions défavorisées :
23)
La formation
d’alphabétiseurs ;
24)
L’animation dans les
différents secteurs de la production ;
25)
Le service administratif.